vendredi 18 décembre 2009

"Je n'ai pas toujours pratiqué la censure, cette merde"


Les plus lettrés d'entre vous, c'est à dire la quasi-totalité j'imagine, auront reconnu dans le titre de ce message la reprise de la fameuse phrase de Céline, Louis-Ferdinand pour les intimes, qui débute le troisième paragraphe de la première page de son autre chef d'oeuvre, "Mort à Crédit" : "Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde."

Il se trouve, en effet que, parmi les nombreuses tares qui me caractérisent, celle de mon tropisme pour l'œuvre littéraire de Céline n'est pas la moindre. Le flash eut lieu avec la lecture du "Voyage au bout de la nuit" il y a quelques années, après qu'un médecin et néanmoins confrère m'eut dit que m'ont état de révolte permanente lui faisait penser à Céline. Céline ? Késako ? Encore un pédé, pensé-je in petto, un mec qui a un nom de gonzesse.

Mais un jour profitant d'une des nombreuses plages de vacuité que me laissait une activité médicale réduite par une sélection drastique des patients fondée sur des critères stricts de maladie, ce qui, chacun le reconnaîtra permettrait de régler de façon définitive la question de la pénurie médicale, car si on ne soignait que ceux qui ont besoin de l'être, des vrais malades, cela fait longtemps que toutes les considérations sur la raréfaction des médecins ou le déficit de la sécu seraient derrière nous - mais je me suis déjà exprimé sur ce point - , je me plongeai dans la lecture du "Voyage" et, je peux vous le dire à vous que, pour moi aussi, ça a débuté comme ça.

Le "Voyage" est le seul livre que j'ai relu pour le plaisir de la délectation du style. Et même après être allé écouter Fabrice Luchini en déclamer des extraits, j'avais encore envie de le relire. C'est pour dire. Je relisais des phrases juste pour en siroter la musique.

Si j'avais été écrivain j'aurais voulu être Céline.

Et en tant que médecin qui a exercé, comme Bardamu, dans des zones banlieusardes dont personne ne veut, plus longtemps que le maintien d'une intégrité physique et psychique le recommande, je n'ai jamais lu une définition aussi nette de ce que j'avais ressenti au bout de 15 années d'exercice libéral de la médecine générale :
"Larbin pour les riches, voleur pour les pauvres."
Oui. C'était exactement à ça que me condamnait la médecine à l'acte.

Alors je me suis intéressé à l'homme. Oh, petitement, je n'en ai pas fait ma thèse. Couvert d'éloges ou couvert d'opprobre, il a exercé la médecine générale jusqu'à sa mort, en 1961. "J'avais du goût pour ça", dit il.

J'ai lu sa thèse de médecine. Vous l'avez lue sa thèse de médecine à Céline ? L'histoire d'un mec qui est mort d'avoir eu raison avant les autres. Ignace-Philippe Semmelweis, le premier médecin qui s'est lavé les mains. "Mon modèle" écrivait-il dans une lettre vers la fin de sa vie. Je n'ai pas le temps de vous en causer d'Ignace-Philippe, mais Ignace-Philippe raconté par Louis-Ferdinand ça vaut le détour. Faites vous plaisir pour Noël, car vous le valez bien comme dit Liliane Bettencourt à son petit photographiste, offrez vous la thèse du Docteur Louis-Ferdinand Destouches : "Semmelweis".

Quand on lit "Semmelweis" on sait que le Docteur Destouches au départ n'était pas mauvais. Ca rend sa déchéance humaine d'autant plus mystérieuse, étonnante, attirante presque. Comment en est-il arrivé là ? On a envie de comprendre.

J'ai en effet entendu et lu ce qu'on a dit de lui : son antisémitisme, son racisme, sa chute, sa dérive. Déjà dans le "Voyage" il y a quelques passages nauséabonds. On se sent un peu honteux à les excuser presque devant le chef d'œuvre que constitue le reste du livre. "Ce n'est pas pécher Seigneur, ce ne sont que quelques immondices", s'étonne-t-on à penser façon Don Camillo accent du Midi.

Mais vous me connaissez. Rien de tel que se faire une idée par soi-même.
Etait-ce immonde à ce point là ? Impossible de trouver et de lire "Bagatelles pour un massacre", ni même des extraits. Ce bouquin est interdit. Si ce type a été l'ordure qu'on décrit, alors il est absolument nécessaire que je le constate moi-même. Toute pensée établie, toute faite, injonction prédigérée, unique, totalisante et totalitaire, empêche la pensée autonome, la musèle, la censure. Elle m'est odieuse.

Suis je à ce point considéré irresponsable et incompétent qu'il faille encore me dire ce qui est et ce qu'il faut penser, sans me permettre de le vérifier par moi même ? L'attitude nauséabonde du directeur général de la santé vis-à-vis des médecins s'infiltre alors dans mon esprit.

Voltaire a raison. Orwell a raison. Chomski a raison. Toute pensée, même la plus immonde doit être connue, pour permettre à son rejet de s'enraciner au plus profond de notre être. Sinon, c'est de l'apparence, du vent. On changera d'avis au fil de l'autorité suivante qui nous dira qu'il faut maintenant penser autrement. Eichmann n'est plus loin. Il frappe à la porte de la DGS et on est en train de lui ouvrir. Hannah Arendt reviens !

Censurer, c'est comme raser Auschwitz.

C'est alors que je découvre l'article du Monde des Livres du 18 décembre qui annonce la publication dans la Pléiade de la correspondance de Céline. Présentation chronologique, et lettres de sa période "noire" permettent de commencer à comprendre comment Céline est devenu Céline. C'est le choix assumé de l'éditeur.

Voilà enfin l'occasion de m'offrir pour Noël mon premier livre de la Pléiade.
Quand le premier livre de la Pléiade est arrivé chez mes parents, ils devaient avoir 50 ans, les Essais de Montaigne je crois. Séguela et sa Rolex d'un côté, Céline et la Pléiade de l'autre, tant qu'à montrer qu'on a réussi sa vie, autant exhiber la Pléiade. J'aurais fait mieux que mes parents : je n'ai pas encore 50 ans. Je peux garder ma Kelton.

Je pars donc gaiement cliquer sur Amazon.fr . Dans ma campagne, le premier marchand de journaux est à 10 km, le premier libraire digne de ce nom à 75. Le temps de commander... Pff...

Et là, surprise, le livre est introuvable. Je rentre dans tous les ordres possible les occurrences "lettre" avec ou sans s, "céline" avec ou sans accent et majuscule, "pléiade" avec ou sans accent et majuscule. Absent. Zéro. Rien. Nib. Que dalle.

On découvre certes un autre recueil de lettres, intitulé "Devenir Céline", mais de 1912 à 1919, donc avant qu'il soit Céline, d'ailleurs édité aussi par Gallimard. Tiens, tiens... La version soft ?
Amazon se vante d'avoir une Boutique la Pléiade. A la rubrique Céline de la Boutique Pléiade d'Amazon pas plus de Lettres de Céline que de neurone actif chez un téléspectateur de TF1.

Mais que se passe-t-il ?

Je tape sur Google pour trouver ailleurs où acheter ce livre. Une page, deux pages défilent. Des commentaires et des présentations du livre, mais pas de librairie où l'acheter. Sur Fnac.com, je finis par le découvrir. Au jour où je tape la recherche, il n'est pas disponible, 4 à 8 jours pour le recevoir. Aujourd'hui 20 décembre il est en rayon. Bon.

Alors, ruse de sioux, je tape sur Amazon le numéro ISBN du livre : 2070116042 . Et là, miracle il apparaît ! Mais c'est sous le faux titre de "Correspondance" sans mention de l'auteur, et uniquement vendu par des vendeurs extérieurs...

Je n'ai pas suivi ces affaires de près, mais il me semble bien que ce n'est pas la première fois qu'Amazon est suspecté d'être un vendeur sélectif. Voir et . Evidemment on ne pourra parler de censure, puisque le livre est présent, caché dans un placard, sous une pile de couverture, fermé à clé. Mais le fait d'y rajouter l'hypocrisie est-il une excuse ?

J'ai fini par me les commander, les Lettres de Céline, à la Pléiade. Je vous dirai pas où. Et comptez pas sur moi pour vous dire non plus si Céline est vraiment Céline. Rien de tel que de se faire une idée par soi-même.

Je pense donc je suis. Non mais.

mardi 15 décembre 2009

La pétition du Formindep


Encore une fois ce que les syndicats et ordres professionnels ne font pas, le Formindep le fait.

Il vient de mettre en ligne une lettre ouverte au Directeur Général de la Santé, Didier Houssin, pour lui demander d'apporter les preuves qui lui font demander aux médecins de prescrire sans discernement le Tamiflu pour tout syndrome grippal. Et par la même occasion de révéler qui sont les experts auquel il se réfère.

Cette lettre peut être signée et ainsi les médecins signataires affichent publiquement le choix de leur responsabilité professionnelle pour ne pas nuire.

Démission de Didier Houssin !
Démission de la Ministre de la santé !
Démission des pseudo-experts de la grippe !

Pas besoin de davantage de preuves scientifiques pour exiger ces évidences, tant leur incompétence, malhonnêteté, mauvaise foi, soumission aux intérêts marchands, conflits d'intérêts, saute aux yeux.

Camarades, il est temps de rentrer en résistance, et le Formindep nous y aide. Merci à eux !


PS : Et je n'ai pas eu le temps de parler de leur recours contre la HAS au Conseil d'Etat. Mais comment font ils ?

vendredi 27 novembre 2009

Vaccins : le nouvel âge d'or des labos

Vous avez entendu parler du 11ème Congrès Mondial du Vaccin ?

Non ?

Pourtant il a bien eu lieu, et pas plus tard qu'au mois d'octobre 2009, et pas si loin de nous puisqu'il s'est déroulé à Lyon. En présence du gratin de la vaccinologie mondiale, si on en croit le programme.

Mais il faut s'accrocher pour trouver l'information même sur Internet et sur Google. Quelques pages en anglais, et le congrès de l'année 2009 semble étrangement passé sous silence alors que ceux des années précédentes sont plus présents.

D'ailleurs à peine achevé celui de 2009 dont on ne retrouve aucune trace réelle, le programme du congrès de 2010 s'affiche par l'organisateur : "80 conférenciers du plus haut niveau et des ministres" proclame l'invitation. Le congrès de 2009 a-t-il atteint le même niveau d'expertise ? Notre ministre de la santé et des sports y était elle présente ? On ne sait pas. En tout cas, inscrivez vous vite pour 2010, ça promet d'être chaud.

Pourquoi autant de discrétion sur l'existence de ce congrès, alors qu'en pleine pandémie dramatique de grippe A, l'industrie et le gouvernement réunis sont en train de nous protéger par ces vaccins salvifiques.

C'est peut-être dans le numéro de novembre 2009 de la revue Pharmaceutiques qu'il faut trouver des éléments pour répondre. La revue Pharmaceutiques, "l'information de référence du secteur Pharmaceutiques", annonce-t-elle sur son site. C'est en effet la publication mensuelle, chère, sur papier glacée, des cadres et dirigeants de l'industrie pharmaceutique.

Or dans le numéro de novembre de Pharmaceutiques, à la page 82, on lit avec intérêt un compte-rendu absolument enthousiaste de ce congrès mondial, qui s'enflamme pour le développement du marché du vaccin dans le monde. Intitulé : "Vaccins : vers un nouvel âge d'or", on y lit que "l'engouement actuel pour les vaccins et un optimisme partagé ont animé le 11ème congrès mondial du vaccin". "Très, très optimiste ! L'ensemble des participants (...) a partagé l'enthousiasme du vice président corporate development de Sanofi-Pasteur." Et dans l'encadré : "La grippe, le cancer et les allergies sont citées (sic) dans cet ordre comme étant les catgéories de vaccin dont le potentiel de croissance est le plus prometteur."

Un véritable orgasme vaccinatoire et industriel...


Mais c'est pas tout !

Vous y étiez, vous, à la soirée HEC santé du 22 septembre dernier ?
Moi, non plus. Et c'est dommage, car si on en croit le programme et le gratin invité, ça devait être foutrement intéressant dans le contexte actuel : "les vaccins : relais de croissance pour l'industrie pharmaceutique ?", c'était le titre.

Mais voilà c'est réservé à pas tout le monde, la soirée HEC santé. Seulement aux anciens élèves d'HEC, versés dans le monde de la santé, ou plutôt dans le monde du commerce de la santé.

C'est eux qui ont droit à la pensée de Claude Le Pen et autres éminentologues pharmacoéconomiques.

Mais dans le contexte actuel des firmes pharmaceutiques, qui ne découvrent plus rien de pertinent pour la santé des populations depuis une vingtaine d'années, qui vont voir, pour certaines d'entre elles (toujours selon la revue Pharmaceutiques), près de la moitié de leur panier de molécules passer dans le domaine public en 2012, la perspective vaccinale représente pour elles une sacrée bouffée d'oxygène, apparemment. La bulle de survie.

On ne saura pas si, lors de ces éminentes réunions, la communication gouvernementale et des leaders d'opinions pour écouler 94 millions de dose de vaccins mal évalués pour une maladie sans gravité, a été évoquée. On espère juste que ces colloques ne sont pas les lieux de rédaction des communiqués et articles de presse de Roselyne et de ses flu-boys, Flahault, Delfraissy, Floret, Lina et autres leaders d'opinions dont les liens d'intérêts avec les firmes doivent être révélés au forceps, alors que l'obligation légale s'impose pourtant.

Y a ceux qui nous piquent, et ceux qui nous niquent. Pique-nique. Le problème pour notre santé, c'est qu'on dirait bien que c'est les mêmes. On se demande.

Signé : Julien Bezolles, médecin non membre d'une secte anti-vaccinaliste, contrairement à ce que profère Hélène Cardin, journaliste santé de France Inter apparemment sans aucun lien d'intérêt avec une information indépendante.

mardi 13 octobre 2009

La barbuda

Consultation authentique pas plus tard qu'hier.

Elle a 20 ans et vient pour la première fois au cabinet médical.

"Vous acceptez de nouveaux clients ? qu'elle me demande.
- Non, pas des clients, mais des patients... ici c'est un cabinet médical", que j'y rétorque.
- Oui, je voulais dire client.
- Alors qu'est ce qu'il vous arrive ?
- Ben voilà, j'ai mal à la gorge et j'ai le nez pris.
- Bon vous avez un rhume, quoi.
- Oui, c'est ça.
- Et puis surtout je n'arrive pas à être enceinte. Je suis restée deux ans sans règles, et puis j'en ai eu une fois et puis après rien pendant 6 mois. Ca fait trois ans que j' essaye. Pourtant j'ai déjà été enceinte à 15 ans, mais j'ai perdu le bébé dans un accident."

Aux étudiants on explique que ça, c'est le motif principal de la consultation. Le rhume, c'est le secondaire.

Elle pèse 88 kilos pour 1 mètre 63.
"Oh, mon dieu !, qu'elle s'exclame.
- Vous pensiez que vous pesiez combien ? que j'y demande.
- Je sais pas, 75 kilos peut-être, qu'elle me répond.
- Ca fait longtemps que vous ne vous êtes pas pesé ? que j'y redemande.
- Oui, qu'elle me rerépond."

Je vous épargne l'examen du rhume, mais pas ses favoris qui descendent jusqu'en bas des joues, qu'elle se rase apparemment, sa moustache itou, ses poils au menton idem.

Bon.

Pour ceux d'entre vous qui prétendent pratiquer la médecine, j'imagine que, tout comme moi, vous avez pas mis longtemps à ce que le nom vous vienne à l'esprit : "syndrome des ovaires polykystiques", ou je ne sais trop quel autre nom vous lui donnez, mais je sais que vous avez eu le déclic : obésité, hirsutisme, troubles des règles, stérilité...

"Bon, je vais vous soigner votre rhume, mais j'ai une idée sur la raison pour laquelle vous ne pouvez pas être enceinte, et j'ai une bonne nouvelle : ça se soigne", que j'y dis pas peu fier de mon coup. Mais il faut qu'on se revoit plus longuement pour en parler. Vous n'avez jamais consulté pour ça ?
-
Non.
- Et pour vos poils sur le visage, vous n'en avez jamais parlé non plus à un médecin ?
- Ah, pour ça oui, j'y en avais parlé ! Mais mon médecin il m'a dit que c'est parce que je suis d'origine espagnole. Alors..."

J'espère que tout comme moi vous êtes absolument outré par cette réponse lamentable de ce confrère. Car tout le monde sait que ce sont les Portugaises qui se rasent chaque matin.

Olé.

jeudi 24 septembre 2009

Securitate Sociale - Organiser la résistance

Plus de doute.

Depuis sa nouvelle gouvernance en 2004, la sécurité sociale a changé de bord.

Contrairement à La Poste ou à France Télecom, il n'y a pas eu besoin de changer de statut pour basculer du côté de l'économie de marché. C'est à dire l'univers où l'argent et le profit sont premiers et l'être humain devenu objet, variable d'ajustement comme disent les économistes.

Certains en doutent encore et ne veulent pas le croire. La souffrance est trop grande. Il ne s'agirait pas seulement d'un changement de bord, mais d'une trahison. Comment y croire ?

Pourtant les faits sont là. Petit à petit insidieusement, la culture du résultat, la priorité accordée aux chiffres avancent au détriment de l'intérêt des patients, de la santé publique...

Le dernier avatar de ce glissement dramatique est le CAPI, qui récompense médecins généralistes et médecins conseils en fonction de leur performance à prescrire selon des données non validée par la science, comme le dépistage du cancer du sein, ou à partir de référentiels dictés sous l'influence de l'industrie, comme l'a démontré le Formindep avec les recommandations sur le diabète.

Mais la dynamique totalitaire s'insinue subrepticement, comme un filet d'eau nauséabonde qui petit à petit élargit les failles dans le barrage de protection sanitaire que constituait la sécurité sociale, à l'époque où elle méritait son nom. Puis, un jour les fissures seront devenues trop grandes, et la construction va exploser, et le déferlement du système marchand sur les soins va pouvoir se faire.

Exemple de cette pourriture lente qui désagrège l'édifice, avec la complicité des médecins conseils de surcroît, cette lettre que vient de recevoir un ami généraliste (si, si, j'en ai encore !) de la part d'un de ces medcons.













La résistance, émouvante, que constitue sa réponse, suffira-t-elle ? Certes non, si une résistance globale et structurée ne s'organise, associant patients et les prolétaires de la médecine que sont devenus les généralistes. Mais cette résistance n'existe pas, les représentants syndicaux des prolétaires en question préférant continuer à lorgner du côté de ceux qui les maltraitent, dans l'espoir de ramasser les miettes qui tombent de la table ultra-libérale.

Au moins, ceux d'entre nous qui aurons résisté, pourrons nous dire, quand tout sera accompli, et que AXA, Sanofi et la Générale de santé auront fini de se partager le gâteau : "je n'en étais pas."

Une avancée importante pour la médecine générale et son enseignement

Pour la première fois en France, 10 professeurs des universités de médecine générale ont été nommés. Jusqu'à présent n'étaient nommés que des professeurs "associés", pour une durée provisoire de 6 ans, au statut précaire, sans véritable reconnaissance universitaire.

Depuis des années le Collège National des Généralistes Enseignants se bat pour faire rentrer et reconnaître la médecine générale à l'Université. Après avoir sans succès tenté d'imposer le regard spécifique de la médecine générale au milieu de la caste hospitalo-universitaire, et n'avoir reçu en retour que mépris et arrogance, ils ont décidé de changer de stratégie en rentrant dans le moule, en faisant profil bas, certains m'ont dit (les médisants !) en baissant leur froc. Mais vous savez que ce n'est pas le genre de propos que Julien Bezolles aime à utiliser.

Quoiqu'il en soit les résultats sont là, et c'est ça le plus important.

Preuve supplémentaire, voire officialisation, de cette réussite et de cette reconnaissance tant méritées, le communiqué du Leem ici présenté, qui s'associe naturellement à la liesse généraliste. Certains m'ont assuré qu'il s'agit d'un canular provenant d'un malveillant frustré. Et effectivement, je ne l'ai pas retrouvé sur le site du Leem.

C'est donc sous toutes réserves que je le soumets à votre sagacité.

Pour ma part je n'y trouve rien à redire.

samedi 12 septembre 2009

Il faut bien vivre...




Nature et environnement






Sport




Beauté





Amour





Enfance





Médecine
(Lire l'article Lâchez nous la grippe !)


vendredi 11 septembre 2009

LACHEZ-NOUS LA GRIPPE !

Extrait du Journal de l'Ile de la Réunion du 28 août 2009
Philippe de Chazournes avait raison. Ce médecin généraliste réunionnais réclame la démission de la ministre de la santé (voir ci-contre). Il explique que dans la situation actuelle, n'importe quel généraliste un peu cérébré ferait mieux à sa place; et il postule pour la remplacer.

Moi aussi, à mon tour, je fais acte de candidature pour remplacer la ministre. Vu la situation, ne rien faire serait déjà faire mieux. Et je postule aussi pour remplacer tous les experts, spécialistes, virologues, épidémiologues, grippologues, pharmacovigilantologues, complotologues, informatologues, qui nous les cassent depuis deux mois, dans cette épidémie d'informations, de rumeurs, de bruits, de paniques, de mensonges. Casse-couillologues, voilà la spécialité commune à tous ces professionnels de la profession.


Extrait du Canard Enchaîné du 2 septembre 2009
Vous avez compté le nombre de généralistes présents dans le comité ministériel de lutte contre la grippe ? AUCUN ! Ainsi, les seuls ou presque qui vont lutter tous les jours contre la grippe, sont absents du comité du même nom. Par contre tous les autres sont là, les chefs, les directeurs d'administration et ceux qui savent, parmi lesquels :
― trois médecins infectiologues ;
― un médecin interniste ;
― un pédiatre ;
― un médecin de santé publique ;
― un immunologiste ;
― un médecin urgentiste.
― un pneumologue

Tout ceux là plus contaminés les uns les autres de liens avec les labos qu'une truie mexicaine au H1N1, ainsi que le révèle le Canard Enchaîné (voir article ci-contre) vont expliquer, voire ordonner, aux larbins de la médecine comment soigner les grippes. Mettons fin à ce cabinet noir d'éminences grises de la grippe, dont on ne sait rien mais qui fait la loi sanitaire.

Qui parmi tous ces gugusses qui nous tiennent sévèrement par la grippe, a déclaré ses liens d'intérêts avec l'industrie, conformément à la loi ?
Seulement quelques uns des rares généralistes à qui on a bien voulu tendre un micro condescendant : Philippe de Chazournes, déjà cité, Philippe Grunberg, généraliste de Seine-Saint-Denis sur I-Télé face à Debré (Bernard) et Pelloux (Patrick), et sur France Inter.
Et puis c'est tout.
Ah ! j'oubliais Marc Girard, dans l'émission d'Arrêt sur Images du 4 septembre (mais qui est vraiment Marc Girard ? le doute subsiste selon la présentation de l'émission ) qui donne l'occasion à un important bactériologiste hospitalier et au si sympathique Michel Cymès d'affirmer sans honte : "Nous n'avons aucun lien avec l'industrie ! ".

Excusez moi, je suis en train de raccrocher mon dentier, tellement j'ai rigolé.

Pour tous les autres, je dis bien tous les autres, silence radio sur leurs liens avec les labos. La loi sur la transparence de l'information médicale ? connais pas ! Devant ce mutisme général, jusqu'à preuve du contraire, on est en droit de penser qu'ils ne sont que les porte-parole plus ou moins conscients des intérêts privés des fabricants de médicaments et de vaccins. Rappelons et méditons la citation de Richard Smith, ancien rédacteur en chef du BMJ dans son éditorial de 2004 : « Ce qui n’est pas transparent est considéré comme biaisé, incompétent ou corrompu, jusqu’à preuve du contraire. »

Une caricature ?

Prenez l'éminent Professeur Antoine FLAHAULT, directeur de l'Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique, excusez du peu, grippologue de référence mondiale à ses yeux, qui se répand dans les médias plus vite que le H1N1 dans les organismes débilités. Lui, nous apprend le Canard Enchaîné de cette semaine, entretient des liens quasi matrimoniaux avec le LEEM, puisque son épouse en est directeur médical à la Direction des Affaires Scientifiques. Et il veut nous faire croire quoi, le conjoint de Mme La Directrice médicale des affaires scientifiques du Leem ?

Extrait de la une du Monde du 27 août 2009
Sa dernière interview à la une dans le Monde daté du 27 août, où il nous expliquait par un titre pourtant peu racoleur et inquiétant (voir photo) que le virus tuait "directement" (nuance) 100 fois plus que le virus saisonnier, se concluait par un vibrant appel à prendre de l'oseltamivir, alias Tamiflu° :

"On entend qu’il devrait être réservé aux cas graves ou compliqués, ce qui m’étonne un peu, car les seuls essais cliniques disponibles n’ont jamais porté sur la prévention des complications ou de la mortalité. Son utilisation a surtout une visée collective, car il est efficace pour faire baisser la charge virale, la durée des symptômes et donc la circulation du virus dans la population. Le Tamiflu est aussi efficace en traitement préventif. Il y a encore peu de résistances, c’est donc le moment de l’utiliser,car après il risque d’être durablement inutile."

Un tel tissu d'âneries peut-il être proféré sous influences industrielles ? Non, bien sûr, pour les autres peut être, mais sûrement pas pour lui, car il fait partie de la race des médecins, des mutants insensibles à toutes influences qui savent spontanément faire la part des choses et sont toujours indépendants.

C'est pas parce qu'on est grippés qu'on est obligatoirement devenus cons.

Le Tamiflu°, parlons en justement.

Extrait de la revue Prescrire d'avril 2007
Vous prendriez, vous, un médicament pour soigner une maladie bénigne qui, dans plus de 99,9 % des cas, guérit toute seule et sans séquelle, alors qu'il n'a même pas été testé une seule fois in-vivo pour cette maladie ? Un médicament qui n'a pas été testé, mais dont les effets indésirables, eux sont connus, en particulier en utilisation de masse, comme on s'apprête à le faire. Ainsi, au Japon, où ce médicament est utilisé massivement en raison d'influences commerciales, un certain nombre d'adolescents se sont défenestrés après la prise de ce produit. Au point que cet avertissement a été rajouté sur les boîtes de ce produit aux Etats-Unis. Voir ci-contre l'article de la revue Prescrire.

Vous ne le prendriez pas ce médicament, hein ? Même si on vous l'offrait en vous le demandant gentiment ? Eh bien moi non plus.

Eh ben, les poteaux, c'est bien du Tamiflu° que je vous cause !
Accrochez vous à vos masques FFP2 : on n'a à ce jour aucune information fiable et scientifique sur l'efficacité réelle du Tamiflu° sur le virus cochon ! Il a été teste in vitro, en éprouvette, nous disent les dealers d'opinion virale. Et alors ? Est ce que j'ai une gueule d'éprouvette ?



Extrait du BMJ du 1er août 2009
Début août dans le British Medical Journal (voir article ci-contre), des médecins indépendants des labos lançaient un appel pour que des essais cliniques soient enfin lancés pour tester l'efficacité du Tamiflu sur la grippe cochonne. On attend toujours, pourtant c'est pas les cas qui manquent maintenant...

Tous les avis autorisés, les incitations, les conseils à prendre ce médicament ne proviennent que d'extrapolations, d'opinions, d'hypothèses, à partir de ce qu'on sait de son efficacité sur le virus saisonnier. C'est à dire, faiblement efficace en curatif, un jour de grippe en moins en moyenne, et peu efficace en préventif.

Question : qui a intérêt à nous balancer ce genre de salades, si ce n'est le commercial du fabriquant ? Mais ces représentants de commerce là avancent masqués, cachés par leur non respect de la loi sur la transparence, complaisamment cautionné par les médias. Faut bien vendre. Au contraire des masques anti-grippe, ces masques là, ceux des dealers d'opinion industrielle, servent à disséminer la désinformation.


Alors cette grippe, on en sait quoi exactement ? Grippe à la mortalité "directe" cent fois plus importante que la grippe saisonnière, comme le déclare le Professeur Flahault, ou "grippette" du Professeur Bernard Debré ?

Actuellement aucune information fiable ne permet d'affirmer que la grippe A/H1N1 serait plus mortelle que la grippe saisonnière. Au contraire. Près de 50 000 cas à la Réunion, et pour l'instant deux morts recensés.
Des chiffres fiables ? Par exemple, ceux du Center for Disease Control aux Etats-Unis. Organisme de référence s'il en est.
Le CDC estime le nombre de personnes victimes de la grippe A depuis le début de l'épidémie en avril 2009 à 1 million de personnes. Plus de 550 morts et 8 800 hospitalisations liées à cette grippe ont été recensées.
Une rapide opération arithmétique donne 0,55 décès pour 1000 personnes en moyenne depuis le début de l'épidémie aux USA, alors que le taux de mortalité lié à la grippe saisonnière est estimé à 1 à 3 pour 1000.

A la lumière des informations fiables et indépendantes actuelles, il semble que la mortalité de la grippe H1N1 est probablement inférieure à celle de la grippe saisonnière, et sûrement pas supérieure. Bien sûr des personnes ayant un profil différent que pour la grippe saisonnière sont peut-être susceptibles d'être plus sensibles à la grippe A, mais compte tenu du risque absolu, cela reste marginal et principalement intéressant pour les spécialistes, mais franchement peu pertinent sur le terrain et en clinique.

Extrait de : Le tour du Chat en 365 jours
Par Ph. Geluck - Ed Playbac

Il y aura probablement plus de cas de grippe cochonne que de grippe saisonnière, du fait que l'immunité contre ce virus n'est pas développée. Le nombre total absolu de décès dus à la grippe A risquera donc d'être plus élevé que pour la grippe saisonnière, mais ce n'est pas certain.

Le problème est le développement urgent d'un vaccin dont les périodes d'observation des effets indésirables vont être obligatoirement réduites, voire supprimées, pour répondre à l'exigence d'urgence.
Or la vaccination de masse prévue, puisque il y a de quoi vacciner près de 47 millions de personnes (94 millions de doses sont d'ores et déjà réservées) risque de rendre significatif l'apparition d'effets indésirables rares mais graves. Comme le syndrome de Guillain-Barré qui est un effet indésirable grave mais rare décrit pour le vaccin de la grippe saisonnière, environ 1 cas pour 100 000 selon le dernier éditorial du New England Journal of Medicine.

Donc dans le cadre de cette grippe d'apparence moins grave que la grippe saisonnière, la vaccination de masse risque de voir l'apparition significative d'effets indésirables graves, dont la probabilité est actuellement inconnue, et qui rend la balance bénéfice-risque de ce futur vaccin pour le moins incertaine.

On cherche dans les avis récents émis du Haut conseil de la santé publique, des appels à précaution concernant la mise en place de cette vaccination de masse. Cherchez bien. L'information importante réside dans le chapitre 7 sur le caractère obligatoire de la vaccination, du document du HCSP intitulé :
Pandémie grippale.
Pertinence de l’utilisation d’un vaccin pandémique dirigé contre le virus grippal A(H1N1) v [v pour variant]
22 juin 2009
Réponse à une saisine du Directeur général de la santé en date du 11 juin 2009
Pertinence de l’utilisation d’un vaccin monovalent, sans adjuvant, dirigé contre le virus grippal A(H1N1) v [v pour variant]
8 juillet 2009
Réponse à une saisine du Directeur général de la santé en date du 29 juin 2009
On appréciera comment la réalité se dévoile enfin au coin d'une phrase en fin de texte :
" Enfin, l'évaluation en matière de tolérance sera nécessairement minimale lorsque leur utilisation sera décidée."
Brrrr !...

Bref.

Quand la communication dérape et sort de la route de la connaissance et des faits, il faut chercher la cause des coups de volants qui provoque de telles sorties de route. Les causes classiques sont connues :

- en premier l'ego et la soif de reconnaissance, le "vu à la télé" ou "lu dans le journal" reste une cause majeure de dérapage, y compris et surtout quand on aspire au statut envié de dealer d'opinion (médicale, politique, etc.). Nul n'y échappe sauf les bonzes tibétains, à l'exception notable de Matthieu Ricard, et peut-être les ermites, type Chartreux.

- ensuite la dissimulation d'autres incompétences, erreurs, fautes. Quand on attire l'attention sur un sujet, cela aide à ne pas voir les autres événements plus importants. Comme ceci, extrait d'une publicité britannique de prévention routière :


- enfin les intérêts commerciaux, industriels et financiers.

Lâchez-nous un peu la grippe, et laissez bosser ceux qui font !

vendredi 3 juillet 2009

La haine du pauvre




Les gens n'aiment pas les pauvres. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils le sont, pauvres, et qu'ils le restent. Parce que la société les déteste. Quand un pauvre devient aimable, un "bon" pauvre, alors c'est qu'il est sur le chemin de la rédemption, qu'il a appris comment se comporter pour attirer la condescendance des gens. Il est pas loin de « s’en sortir », comme on dit. Un bon pauvre est un pauvre suffisamment intelligent ou hypocrite ou les deux pour savoir ce qu'il faut faire pour ne plus le rester. Un bon pauvre a perdu suffisamment de sa dignité pour faire ce qu’on attend de lui. Un bon pauvre est un larbin.

Les vrais pauvres, ceux qui le restent, sont des mauvais pauvres, par définition. Un vrai pauvre sent mauvais, ne respecte pas les horaires du rendez-vous, ne prend pas son traitement, ne s'exprime pas correctement, est ingrat, agressif, revendicatif, chiant et con. Le vrai pauvre vous dégueule sa honte et son humiliation perpétuelles. Un vrai pauvre sait que sa misère empêchera de toute façon que les choses se passent bien et alors il prend les devants pour que tout rate. C’est ça la dignité qui lui reste.

Le vrai pauvre sait qu'il restera dans la merde que la société prétende l'aider ou non, mais qu'après l'aide de la société, il aura l'humiliation en plus, car elle prétendra avoir des droits sur lui et lui reprochera de n'avoir pas fait ce qu'il fallait.

Le vrai pauvre n'est pas aimable. Non pas par choix ou par militance. Si le vrai pauvre est désagréable, ce n'est pas par une misanthropie délibérée face à une société injuste qui le rejette. Le mythe du pauvre façon Michel Simon dans "Boudu sauvé des eaux" est une imposture d'intello, un fantasme de bo-bo. Si le vrai pauvre est infréquentable, c'est simplement parce qu'il est pauvre, et que sa condition de réprouvé de la société, de génération en génération, en fait un étranger sur sa propre terre, exclu de tous les comportements et les règles sociales qui permettent de différencier ceux qui sont dans la société et ceux qui n'en sont pas.

Entendons nous bien, quand je parle de ces pauvres-là, ceux dont personne ne veut, ni dans des écoles, ni dans des logements, et bien sûr pas davantage dans les cabinets médicaux ou les hôpitaux, mais seulement dans les asiles et dans les prisons, je ne parle pas des pauvres provisoires, des pauvres de transition, ceux "tombés dans la misère", les "nouveaux pauvres" décrits par les sociologues de télévision. Non cette pauvreté-là, et je parle pour en avoir tâté, est une pauvreté aimable, propre sur elle, bien de sa personne. Car cette pauvreté-là, ma brave dame, on la connaît, on la touche du doigt, elle nous émeut même parfois, car on peut s'y identifier. Tout est là. Ca pourrait être nous, ou quelqu'un qu'on connaît. C'est celle de Jugnot dans "Une époque formidable".

Non, le pauvre haï, le vrai pauvre, c'est celui qui vit un vie tellement invivable qu’on ne peut pas s’y identifier. La vie du miséreux est inimaginable, repousse les limites du pensable. La vie de Selma, jouée par Björk dans le film Dancer in the Dark de Lars von Trier , où on se dit en sortant que là ça va vraiment trop loin, est largement en dessous de la réalité de la vie du miséreux. Alors, pour ne pas devenir fou soi-même, on n'a pas d'autre explication pour rendre supportable cette vision insupportable de la misère incarnée que de dire que c'est de sa faute, sa responsabilité : la paresse, l'alcoolisme, le manque de volonté de s'en sortir, le gaspillage de la générosité publique, etc. Le vrai pauvre a une grosse télé, un téléphone portable, continue à fumer, achète des bonbons pour ses enfants, profite et abuse, au lieu d'économiser, de chercher du travail, de suivre les conseils de l'assistante sociale, de la puéricultrice, de la dame d'oeuvre du Recours Catholique, du médecin.

Bref, tout est bon pour nous permettre d'oublier, de nier, que ceux qui sont dans la misère, ceux dont l'espérance de vie est celle du Mali alors qu'ils sont français de France au 21ème siècle, s'ils en sont là, on est nous, ceux de la société, directement et uniquement responsables, et que, prendre conscience de ça, c'est tout bonnement inacceptable pour tout être humain normalement constitué dont je me vante de faire partie. Le vrai pauvre, celui de la misère, celle qui dure, celle qui se transmet, celle qui s’aggrave, ne peut qu'en être l'acteur, le coupable, le responsable, le fautif. Le seul.

Dès que vous vous mettez à être ému par la situation sociale de quelqu'un, que par ce mouvement tellement égocentrique, tellement naturel, tellement humain, vous vous dites que ce qu'il vit, cet artiste, ce chômeur, ce précaire, ça pourrait être moi, ou un de mon milieu, un jour ou l'autre, alors vous pouvez vous dire que vous êtes devant un bon pauvre, un pauvre aimable, et que ce n'est pas le bon. Et vous allez pouvoir vous intéresser à lui, si vous avez un peu de temps bien sûr. Mais ce qui vous émeut, dans cette pauvreté à visage humain, ce n'est pas la souffrance de l'autre, c'est la votre propre, celle qui pourrait vous arriver un jour peut être et puisque tout ce que vous avez construit dans la vie, ce n'est pas pour vivre, c'est à dire prendre des risques, c'est pour se protéger, par peur de tout. C'est comme pour le Téléthon. C'est pas la souffrance de l'autre qui nous émeut et nous fait donner; c'est que ça pourrait être nous. Le Téléthon, c'est la lâcheté, l'égoïsme et l'individualisme érigés en valeurs humaines. Le véritable engagement c'est celui pour l'autre souffrant, quand sa souffrance est telle qu'elle lui a fait perdre toute figure humaine, qu'il n'y a plus aucune chance que nous nous identifions à lui, mais que malgré tout il reste un homme, intégralement. Hors de celui-là, tout engagement est pipé, biaisé, suspect.

Le vrai pauvre suscite la haine, l'incompréhension, le rejet, la peur. C'est celui là qui nous intéresse. Le vrai racisme, celui du quotidien, qui n'a pas besoin d'idéologie et de penseur, c'est celui de la classe sociale. Ce qui fait peur aux beaufs que nous sommes, ce n'est pas qu'il est noir, arabe, jaune, vert ou blanc, celui qui nous dérange, c'est surtout qu'il est pauvre. Vous avez déjà eu peur d'un fils d'ambassadeur africain du Vésinet vous ? Rama Yade, elle vous stresse ? Alors vous voyez bien que je suis pas raciste ma brave dame. Dès que Djamel Debbouze a eu sa première Porsche (gagnée honnêtement bien sûr et à la force de son talent - mais je ne connais pas la marque de ses voitures) il est devenu tellement sympathique et surtout signe que la France (éternelle) remplit sa mission universelle d’intégration. Djamel Debbouze nous rassure. Mais si Mohamed est à la rue, avec Jean-Pierre, Kevin ou Farida, alors plus de distinguo de race ou de couleur de peau : ce sont des fainéants et des parasites qui ne méritent pas tout ce qu'on fait pour eux.

Le vrai pauvre, le mauvais pauvre, suscite le rejet, le malaise. Il révèle en nous l'échec de notre système, de nos valeurs, de tout ce que nous portons et transmettons. Comment ? Il résiste à nos tentatives d'intégration, d'insertion, à notre bonté !! Mais c'est donc parce qu'il le veut bien ! Le vrai pauvre c’est celui qui nous met en échec, qui nous fait tout rater alors que nous pensons être bon. Le vrai pauvre rate tout, se plante tout le temps, et son échec infini éclabousse tout ceux qui sont en contact avec lui, quels qu’ils soient. La rencontre du vrai pauvre est insupportable, intolérable. Elle ne peut être qu’échec, et s’il y a échec c’est donc de sa faute puisque, moi, j’ai réussi.

Moi, médecin, pardon : docteur en médecine, savant par essence, j'ai passé tant d'années à apprendre à soigner tout le monde avec les outils de la meilleure médecine du monde. Comment peut on oser être en mauvaise santé ? Celui qui n'est pas en bonne santé, celui que je n'arrive pas à soigner, ce ne peut être parce que j'en suis incapable, parce que je suis incompétent. Ce ne peut être que parce qu'il ne veut pas se soigner bien sûr !! Salaud de pauvre... Sorti contre avis médical, absent au rendez-vous, ne prend pas son traitement, etc. ; et en plus réclame de ne pas payer sous prétexte de la CMU. Il ne prend pas mon traitement innovant suggéré par la visiteuse médicale en minijupe et en plus il ne me paye pas ! Qu'est ce que c'est que ce mec ?

Allez, dehors !

Enfin dehors, pas franchement, j'ai des principes quand même, je suis docteur, un peu d'éthique bordel. Oui, bien sûr je prends les CMU, bien que je sois libéral, confédéré, syndiqué, médical et français, et qu'à ce titre je soigne qui je veux quand je veux parce que je le vaux bien.

Je les prends les CMU, oui, bien sûr, mais AAAttention ! exclusivement les CMU dressés, éduqués, propres sur eux, ceux qui mouchent leur nez, disent bonjour à la dame et s'excusent de demander pardon en faisant tourner dans leurs mains calleuses leur casquette poisseuse. Ceux-là je veux bien les soigner : le jeudi matin de 8 heures à 10 heures, parce qu'après y a pas trop de deux heures pour désinfecter la salle d'attente avant de recevoir mes secteurs 2 pour leurs injections de Botox, sur présentation de leur Carte Vitale ET de l'attestation papier à jour, avec une lettre du médecin traitant certifiée SS, datant de moins de deux mois. Parce que tu comprends Charles, pour ces personnes déstructurées qui ne font rien de leur journée, c'est es-sen-tiel de leur donner des repères stricts. Celui qui rentre dans le cabinet sans me saluer en disant "bonjour docteur", je me lève, je le regarde dans les yeux, et je lui dis en face : "Vous êtes sûr que vous n'avez rien oublié mon brave ?". Alors il commence à paniquer, tu verrais. "Non docteur... j'ai ma Carte Vitale, mon attestation, ma lettre du médecin traitant..." J'attends alors cinq secondes sans le quitter des yeux et je lui dis : "Non, autre chose". "Je vois pas quoi", qu'il me répond de plus en plus flippé le mec. J'attends encore cinq secondes, et je lui dis : "Eh bien, mais la politesse cher monsieur ! Voilà quoi ! Vous êtes rentré dans mon cabinet sans me saluer !" Alors je te dis pas dans quel état il est le mec. Heureusement que je lui prends pas la tension à ce moment là, dis donc !! Je peux te dire qu'il le refait pas deux fois ! Voilà, c'est ça qui compte Charles, leur donner des repères. Tu comprends ? Et s'il est pas content, il va voir ailleurs, c'est le libre choix du patient."

Alors tout ça pour dire quoi ?

Que le Fonds CMU s'est fendu d'un nouveau testing, qui a fait la une du Monde celui-là.
C'était pas comme le précédent, celui de mai 2006 que personne ou presque y avait fait attention, à part les médecins du CoMeGAS, puis le CISS, qui avaient saisi la Halde à cette occasion.

Le testing de 2006 disait que 40 % des spécialistes du Val-de-Marne refusaient de soigner les patients bénéficiaires de la CMU. Celui de 2009 montre que 25 % des médecins de Paris continuent à refuser les bénéficiaires de la CMU.

Vaste progrès ! C'est à dire aucun.

Pourtant il s'en est passé des choses entre les deux dates. Ça s’est agité dans le petit monde de la bien-pensance. Après que la Halde a rendu son avis en septembre 2006 disant que c’était pas bien de pas soigner les pauvres, ils se sont réveillés les donneurs de leçons, les moralistes. J’ai encore le souvenir nauséeux du président d'un comité d’éthique de l’époque à qui Libé tendait une tribune complaisante pour qu’il puisse déclarer qu’il avait honte d’être médecin. Moi, c’est d’être éthiquement représenté par un comité comme ça dont j’avais honte. Joyeux réveil, les hauts penseurs de l'éthique.

Quand c'étaient les peigne-culs de généralistes du CoMeGAS qui disaient depuis 2002 à qui voulait l’entendre, c’est à dire personne, que nombre de médecins refusaient de soigner les pauvres, tout le monde s’en foutait (à part Que Choisir en 2004), l’Ordre des Médecins continuait à nier alors qu'il savait (voir l'article du Monde à l'époque), mais quand ça devient médiatique, alors les éthiciens mondains sortent du bois.
Et puis le festival de la bonne conscience a continué : les ministres, les commissions, les déclarations, les machins et les trucs. Qui se rappelle de la conférence de presse de décembre 2006, où le ministre de l’époque, Xavier Bertrand, ceint du lobby caritatif français, jurait que ça avait assez duré, qu’on allait prendre les mesures et que si ça devait continuer il allait falloir que ça cesse. La sécu, les ministères, les ordres, tout le monde était révolté, indigné, et on allait voir ce qu’on allait voir.

Belle unanimité.

A peine relevait-on certains discours syndico-ordinaux dans de discrètes publications locales qui osaient continuer à dire tout haut ce que la plupart continuaient à penser tout bas : les pauvres nous font chier, et tous ce qui nous permettra de les foutre hors de nos cabinets sera le bienvenu. Merci donc à la sécu de perdre les dossiers des CMU, de rembourser avec retard, autant de prétextes pour qu’on puisse arguer de pseudo difficultés administratives pour cacher la vraie raison : celle de l’universelle haine des pauvres.

Et effectivement rien n’a changé, les gesticulations n’ont rien changé. Les plus malades restent en dehors des cabinets médicaux moquettés de la médecine, et ceux qui arrivent à y entrer, en sortent parfois soignés et moins malades, mais le plus souvent davantage humiliés.

Le Fonds CMU pourra redépenser son argent dans trois ans pour le prochain testing, disons dans les Yvelines par exemple, ou dans les Alpes Maritimes, pour s’apercevoir que la population pourtant la plus souffrante reste toujours indésirable chez les soignants, comme ailleurs dans le reste de la société.

Non, décidément les gens n’aiment pas les pauvres, et les médecins pas plus que les autres, et ça arrange bien les gens de dissimuler leur haine des pauvres en en affligeant les médecins. Les médecins sont des êtres humains comme les autres. Je sais, quand je le dis, personne n’y croit. Mais pourtant.

jeudi 25 juin 2009

Je vous l'avais pourtant bien dit !


Di-Antalvic° c'est fini !
Et toutes les autres saloperies contenant du dextropropoxyphène !

L'Afssaps mange son chapeau dans un communiqué de presse et 6 pages de justification pathétique , et nous explique si que pour l'ensemble des pays du monde et d'Europe le Di-Antalvic° c'était de la merde, en France, selon le fameux principe de Tchernobyl, c'était différent bien sûr .

Si le ridicule tuait, les responsables de l'Afssaps n'en finiraient pas de mourir.

Est ce que les médecins français qui savaient, ceux qui lisent Prescrire en gros, et en prenant la peine d'en tourner les pages, recevront une lettre d'excuse de l'Afssaps pour l'énergie, le stress qu'ils ont dû dépenser, souvent en vain, à expliquer aux patients maltraités par le Di-Antalvic° et les médecins qui le prescrivent, à quel point c'était une merde, que ça marchait sans doute pas mieux que le paracétamol seul, que ça tuait plus, que ça créait des dépendances, etc. ?

Qui va nous dédommager du temps et de l'énergie perdus à expliquer pourquoi on ne voulait pas prescrire cette merde ?

Qui va s'excuser auprès de nous de l'humiliation trop souvent ressentie d'être obligé, la plume tremblante, l'ulcère gastrique creusant, de recopier ces mots sur l'ordonnance : dextropropxyphène-paracétamol,
parce que le patient en avait reçu de l'urgentiste de l'hôpital ou du médecin d'à coté, et que "vous comprenez docteur vraiment y a que ça qui me fait du bien et je peux pas m'en passer", et que dans le système de santé français du paiement à la passe le client est roi ?

Qui va nous indemniser de ces années de préjudice qui nourrissent le burn-out des médecins honnêtes jusqu'à en tuer certains ?
L'Afssaps, toujours en retard d'un combat sanitaire ? Le confrère d'en face, qui ne se forme qu'avec des représentants de commerce ? Le pharmacien du quartier pour qui le seul indicateur qualitatif est celui de son chiffre d'affaires ? La HAS ? Les organismes de formation médicales ? Les leaders d'opinion hospitalo-universitaire du haut de leur arrogance ?

Qui ? Oui, qui ?

Et s'il n'y avait que le Di-Antalvic° !!

La diacérhéine, les glitazones, les dernières statines ou sartans à la mode, les antitussifs à la bave d'escargot, le clopidrogrel pour les mains froides, le piroxicam, la smectite, les vasodilatateurs et autres antivertigineux, etc., etc.

Combien de temps faudra-t-il attendre encore pour être débarrasser de ces saloperies, qui empoisonnent les patient, qui pourrissent la relation médicale ? Combien de temps encore !!

Salut Di-Antalvic° ! Bon débarras ! Et honte aux autorités sanitaires françaises qui nuisent gravement à la santé !

En attendant le mal est fait, pour les patients naïfs et crédules, pour les soignants compétents.

mardi 9 juin 2009

Arrêts de travail et Novlangue de la Sécu - La honte !

Je vous l'avais bien dit que l'expérience que je vous racontais sur l'avis de travail défavorable du médecin conseil alors qu'il était d'accord, cachait une opération de communication et de propagande et de culpabilisation des assurés et des professionnels.

Aujourd'hui, le journal "La Tribune" est trop content de faire ses choux gras sur les soi-disant arrêts de travail de courte durée injustifiés révélés par une enquête de la sécu.

Le témoignage que j'ai rapporté sur ce patient victime de cette politique sociale sécuritaire montre à quel point les médecins conseil ont reçu ordre, avec des lettres type qu'ils ne pouvaient quasiment pas modifier, de fournir des données bidonnées pour que les responsables de sécu continuent à culpabiliser et à désinformer.

Ceux qui visionneront ce mardi 9 juin 2009 les Médicamenteurs sur France 5 à 20 h 35 ou sa rediffusion dimanche 21 juin à 21 h 30 sur la même chaîne comprendront où se trouve le vraie déficit de la sécu, et à quelle point elle a besoin de cacher ses turpitudes et ses complicités en faisant porter le poids de sa faute à ses victimes.

La sécu trahit la mission de santé publique reçue du peuple.
Honte à elle ! Honte à ses médecins qui se rendent complices de ses dérives et renient leur éthique ! Honte, honte, honte sur vous !



mercredi 13 mai 2009

J'avais les larmes aux yeux (Novlangue de la Sécu - suite)

A quand la fusion ?
C'est que je l'ai revu le patient victime de la Novlangue de la Securitate Sociale. Pas plus tard qu'hier figurez vous. Ce matin il avait conduit son car d'une seule main tellement il avait mal au bras. Même que son patron lui a dit : “ Mais Georges, il s'appelle Georges, faut pas conduire comme ça.” Et c'est un collègue qui l'a déposé au cabinet médical cet après-midi.

Alors je reprends son dossier, c'est jamais la deuxième fois que je le vois, et je redécouvre : tassements vertébraux en 1981. Suite à un accident de travail.

“C'est vrai que votre traitement il m'a fait du bien, même si ça me m'endort un peu (la codéine) mais de toute manière j'en avais besoin. J'ai repris mon travail comme prévu, mais sur les chapeaux de roue comme on dit.
Mais le médecin de la sécu, elle m'avait forcé la main, vous comprenez.
Elle m'a dit : "Alors vous allez pouvoir reprendre, hein ?" Elle insistait. J'ai pas osé dire non bien sûr, ça allait un peu mieux.
Ca fait bientôt 40 ans que je travaille vous comprenez, je voulais pas passer pour un tire-au-flanc. Je suis d'une génération (il est né en 55) où le travail ça compte. Mon père il me disait toujours : "T'es qu'un fainéant, faut travailler dans la vie". Alors ça m'a marqué.
Vous comprenez, je sais bien que je suis pas indispensable, personne il l'est indispensable, mais enfin, mon entreprise elle a besoin de moi. Si quelqu'un manque comme ça, ça met le bazar, on n'est pas très nombreux. Et puis je transporte des enfants quand même, ils vont à l'école, c'est important.
Alors quand j'ai dit à mon patron : "Je reprends le travail, le médecin de la sécu il m'a dit que je pouvais", il a souri et il a dit : "Bon, mais fais attention à toi, c'est qu'un médecin de la sécu quand même"...
Alors vous comprenez j'ai repris, mais sur les chapeaux de roue. Je me suis pas ménagé. Je voulais pas passer pour un tire-au-flanc vous comprenez.”

La sciatique elle a repris, et la névralgie cervico-brachiale est là maintenant aussi.

- Mais j'avais oublié vos tassements de vertèbres. C'étaient quelles vertèbres, vous vous souvenez ?
- Je peux pas vous dire. C'était par là... en désignant son dos. Quand j'ai divorcé il y a 4 ans, ma femme elle est partie avec tout, même mes radios. Je me suis retrouvé qu'avec les vêtements que j'avais sur moi. En encore.
- Et la perte de la force dans votre main là, c'est récent ?
Je découvre un déficit moteur du membre supérieur gauche important.
- Oui, c'est depuis mon accident en 81; on m'a dit que je pourrais pas récupérer. Mais là c'est la douleur vous comprenez.”

Il reparle de sa visite à la sécu.

“J'ai un peu honte de vous le dire, docteur, mais en sortant de là, j'avais les larmes aux yeux. Je peux vous dire que j'ai pas mangé ce soir là. Ca c'est sûr. J'étais devenu un tire-au-flanc, vous comprenez docteur. C'est ça que ça voulait dire, hein. Et ça c'est pas possible. C'est pas possible.”

Il l'a eu son nouvel arrêt de travail. Et les radios à faire avec.

vendredi 8 mai 2009

La Novlangue de la Securitate Sociale

Ceux qui ont lu "1984" de George Orwell savent comment l'utilisation du vocabulaire, et la manipulation du sens des mots permettent de diffuser l'oppression, de distiller le suc totalitaire afin de maintenir la terreur nécessaire à l'asservissement. Cela s'appelle dans le livre d'Orwell la Novlangue. Ainsi par le miracle de la Novlangue propagande se dit vérité, esclavage se dit liberté, chômage se dit travail, guerre se dit paix etc. "Arbeit macht frei", lisaient à l'entrée d'Auschwitz ceux qui n'allaient jamais en sortir. Novlangue.

Eh bien les aminches, j'ai pu découvrir que notre sécurité sociale s'essaye non sans quelque efficacité à la pratique de la Novlangue avec le relais complice de leurs agents de terrains, j'ai nommé les medcons (traduction novlangue de contrôleurs médicaux), où dans cet univers "désaccord" veut dire "accord".

Voilà l'histoire.

Par une belle journée de consultations banales s'il en est, je reçois en mon humble cabinet ce patient, que je ne connaissais précédemment ni des lèvres ni des dents, qui vient me faire part de sa souffrance, qualifiée de douleur.

Chauffeur de car de son état sur les routes départementales défoncées d'un département rural laissé à l'abandon par son Conseil Général préoccupé essentiellement de maintenir ses prébendes politico-syndicales, notre homme souffre de sciatique. Le diagnostic n'est pas compliqué, dans la mesure où l'intéressé lui-même avance le diagnostic, qu'il prétend avoir déjà ressenti dans sa chair à une date antérieure, à l'inverse de sa présente douleur ressentie comme postérieure, elle. L'examen clinique, appliqué comme vous l'imaginez, me permet d'écrire en une calligraphie médicale dans son dossier du même nom : Lasègue gauche : 30°, Lasègue droit : 40°. L'homme déguste donc.

Le traitement s'impose. Une vie est à sauver. Bardé des nécessaires antalgiques, ma longue expérience de la prise en charge globale me faisant intégrer, par un réflexe quasi pavlovien la dimension environnementale dans la décision médicale, m'amène proposer un arrêt de travail au douloureux impétrant. Une satisfaction béate se dessine alors sur son visage, puisqu'il m'expliquait souffrir depuis plusieurs jours le martyr sur le fauteuil défoncé du car déglingué que lui confie son employeur, qui roule en Porsche Cayenne lui.

C'est donc pénétré à mon tour de la non moins béate satisfaction d'avoir répondu de manière adaptée à la demande du patient, qu'après avoir trempé ma plume d'oie dans l'encrier, je remplis en tirant la langue le formulaire idoine et en trois exemplaires sensé lui accorder le strict repos nécessaire pour lui permettre de reprendre, rétabli, le volant de la mission véhiculaire dont il est investi auprès de citoyens voyageurs qui ressentent pour des raisons qui ne regardent qu'eux le besoin d'être déplacés.

Neuf jours d'arrêt, c'est pas du vol mon bon monsieur et si ça va pas mieux à la fin n'hésitez pas à me revoir. Si tout va bien vous reprendrez le 27 avril. La date a son importance, vous l'allez constater.

Je ne le revis point ce brave assujetti social. Mais j'eus de ces nouvelles par le truchement de ce courrier déposé avec empressement par le préposé des postes dans le casier ferré qui me tient lieu de boîte à lettres.

"Service Médical de la Meurthe-et-Garonne - confidentiel médical" s'affiche en entête de la présente enveloppe sur laquelle s'inscrit également en une calligraphie douteuse mais non moins administrative mon nom titré et l'adresse de mon cabinet. Pas de doute, c'est pour ma pomme.

Je ne sais pas pour vous, mais même après vingt ans de pratique médicale irréprochable fondée sur les données de la science et dans les normes d'une rigueur éthique que d'aucuns qualifient de rigide, l'intrusion dans votre boîte aux lettres d'une missive sécuritaire sociale non attendue et dont vous ne pouvez pas avoir immédiatement à sa présentation une idée précise du contenu, déclenche immédiatement ce petit battement cardiaque, que mes études médicales pourtant peu attentives sur cette question physiologique permettent de rapporter à une libération de catécholamines.

Bref. Y a stress.

"Kesskimmveulencorecékons ?" est la formule habituellement orale qui exprime le mieux ce stress chez moi, et qui s'ensuit assez rapidement de l'ouverture de la dite enveloppe et de l'extraction de la feuille qui s'y trouve enserrée, afin de procéder à la lecture du dit parchemin.

Je vous laisse en découvrir le contenu, dont j'ai bien évidemment fait disparaître tout signe permettant d'en identifier les acteurs.

Vous lisez bien : "Désaccord cencernant la prescription d'arrêt de travail pour votre patient(e)". Ma consoeure et néanmoins médecin conseil de la caisse primitive d'assurance maladie de Châtillon-sur-Prézeure, riante préfecture de Meurthe-et-Garonne, m'exprime donc son désaccord administratif et confraternel.

Ainsi donc j'aurais failli. Pour la première fois.

Se bousculent alors au milieu de mes neurones sidérés les échos des procès inquisitoriaux que rapportent des syndicats médicaux aussi corporatistes que mauvais français, voire anti-gouvernementaux si ça se trouve, qui prétendent défendre indument les intérêts de crapules qui se trouvent légitimement traînés devant les commissions sécuritaires sociales et arbitraires pour répondre de leurs ignominies. Serais je ravalé au rang de ces infamies de la médecine ?

Je lève les yeux et aperçois alors une des poutres qui étayent le plafond de mon cabinet et j'y imagine l'espace d'un fugace instant une corde terminée par un noeud coulant en train de s'y balancer mollement, tandis que je place à sa verticale le marche-pied de ma table d'examens que je repousserai ensuite brutalement après l'avoir gravi et passé autour de mon cou le noeud de la corde suscitée.

Mais non ! il y a peut être encore un espoir. On ne balaie pas ainsi 20 années d'intégrité médicale. Il faut se battre. Et je me lance, ma main gauche tentant vainement d'apaiser le tremblement de ma main droite qui tient la lettre d'infamie, dans la lecture de la missive.

"Suite à l'examen de votre patient(e) Monsieur XXX le 23/04/2009 dans le cadre d'une prescription d'arrêt de travail, je vous informe que j'ai émis un avis défavorable d'ordre médical à compter du 27/04/2009 pour la raison suivante :

Apte à reprendre une activité professionnelle.

La Caisse d'Assurance Maladie notifiera cette décision à votre patient(e), qui pourra en cas de désaccord, contester cet avis selon les voies de recours réglementaires qui lui seront indiquées.


Je reste à votre disposition et vous prie de croire, Cher Confrère, à l'assurance de mes meilleures salutations.


Docteur YYY

Praticien Conseil
"

Encore sous le choc, titubant, je me traîne jusqu'au fichier médical (mort aux dossiers électroniques !) pour y extraire la fiche du patient, et reprendre l'observation suspecte qui me vaut le désaccord de ma pourtant bienveillante tutelle. J'y découvre que le patient semblait souffrir etc., je vous refais pas le baratin du début, et que l'arrêt de travail incriminé s'arrête au 26 avril 2009 et que le patient devrait reprendre son labeur le 27 avril, date précise de rentrée en vigueur du confraternel désaccord sécuritaire.

Aaah, aaah !!, m'exclamé-je in petto, il y a donc matière à rentrer en dialogue confraternel pour comprendre les motifs de ce désaccord et, de nouveau, le petit battement de coeur qui signe la libération de catécholamines etc.

Y a stress. Encore. Mais surtout y a maintenant motif à faire chier les cons, et là le battement de coeur se complète généralement d'un léger afflux sanguin par les artères honteuses jusqu'à mon corps caverneux, tel celui de Cro-Magnon.

Je m'apprête donc à décrocher mon téléphone pour composer le numéro du contact SM indiquée en haut de la lettre. Contact SM. Eh oui ! Ils l'auraient fait exprès ils auraient pas fait mieux. Il doit s'agir d'un contact très particulier, une ligne hot, surtaxée. Ca promet d'être torride.

Auparavant, l'altruisme débridé dont vous savez maintenant que je suis affublé, m'aura instinctivement fait penser à ce pauvre assujetti social qui, tel Sam Lowry, le héros du film Brazil de Terry Gilliam, se voit chargé de la missive informant de la déviance sociale d'Archibald Tuttle chauffagiste. Lui et son médecin complice d'un jour plongés dans la même opprobre de la boue concupiscente d'une tentative de pwofitassion de l'argent public, pour gagner plus tout en travaillant moins. Crime de lèse-sarkozysme, s'il en est.

Non, cela ne peut pas être. Il faut réagir

Entretien avec le SM (service médical)
C'est donc moralement vêtu de la panoplie de Zorro médical que je compose le numéro de téléphone du Contact SM suscité, tout en prenant soin de respecter les heures de disponibilité des agents : 10 h 30 - 11 h00 et 15 h 30 - 16 h 00 du mardi au vendredi sauf le mercredi toute la journée et le vendredi après -midi.
A l'issue des 15 sonneries règlementaires, la voix qui me répond semble assez peu correspondre à ce que j'imagine être une voix de contact SM au numéro surtaxé. Il s'agirait donc davantage de sévice médical que de sado-masochisme. Quoique.

- Le Dr Machin est en entretien confraternel justement avec un de vos confrères, me répond la voix. Je ne peux donc la déranger. Elle peut vous rappeler ?"

- Bien sûr, répondis-je, je suis à mon cabinet au moins jusqu'à 19 heures
, ajouté-je fielleusement.

Mais en même temps, intérieurement, je n'en menais pas large, car surgissait alors à mon esprit les images de l'entretien confraternel dont au sujet duquel l'agente de la SS faisait allusion. Le confrère en train d'être entretenu (s'agissait-il d'un entretien ordinaire avec simples brodequins et pesons testiculaires, ou d'un entretien extraordinaire, avec fer rouge et pal ? Je ne le saurai pas) l'était-il suite à une missive comme celle dont j'avais été le destinataire ? Avait-il, lui aussi, tout comme moi, été l'objet d'un désaccord sécuritaire et confraternel ? Je frémissai.

Je vous épargne la façon dont se sont déroulées mes consultations de l'après-midi en attendant le rappel de la consoeur. J'expédiai de la façon la plus vive ceux qui se présentaient comme des malades, mais qui n'étaient en fait que des simulateurs, profiteurs, abuseurs irresponsables. Le gouvernement et l'UMP ont bien raison. C'est juste une question de regard. Vus avec les yeux des puissants tous les faibles deviennent coupables, naturellement.

Puis vient le coup de fil du medcon. 17 h 15. Plus de deux heures après mon appel ! L'entretien confraternel devait donc être du genre extraordinaire. Je faillis demander où je pouvais récupérer les restes du confrère entretenu. Mais blague à part.

- Bonjour, merci de me rappeler. Je vous ai contacté à propos du courrier de désaccord avec ma prescription d'arrêt de travail que j'ai reçu de votre part concernant Monsieur XXX. que j'avais vu à ma consultation pour une sciatique...

- Il ne s'agit pas d'un désaccord mais d'un avis défavorable.

- Il me semble que l'objet de votre lettre s'intitule : "désaccord". Je disais donc que le sujet de votre lettre m'a mis mal à l'aise, puisqu'en près de 20 ans d'exercice c'est la première fois que la sécu m'exprime son désaccord sur une de mes décisions médicales. Et que l'on entend tout de suite derrière ce mot de désaccord ou d'avis défavorable d'ordre médical le fait que l'on pourrait être soupçonné de la rédaction d'un arrêt de travail de complaisance.
Sans compter ce que ressent le patient qui reçoit ce courrier.
Je vous précise que ce patient avait un Lasègue bilatéral à 30 et à 40 ° lorsque je l'ai vu, il était absolument en incapacité de travailler d'autant plus qu'il est chauffeur de car.


- Ah oui, il était donc bien malade, s'étonne le medcon.
Je comprends bien ce que ce courrier peut avoir d'inquiétant dans sa formulation mais ce n'est pas cela du tout. j'ai reçu ce patient le 23 avril dernier, soit 6 jours après que vous l'ayez vu, il allait beaucoup mieux, il le reconnaissait lui-même et il se disait prêt à reprendre son travail le 27 avril comme prévu. j'ai donc émis un avis défavorable à ce que son arrêt de travail ne s'arrête pas le 26.


- Donc si je comprends bien, le patient était prêt pour reprendre le travail comme prévu. De mon coté, j'apprends que l'arrêt de travail lui a été bénéfique. Vous, de votre coté, vous constatez qu'il pourra reprendre son travail effectivement le 27, comme prévu. Bref, nous sommes tous d'accord, vous, le patient et moi, et cela s'exprime par un courrier négatif de désaccord de votre part laissant entendre que le patient et son médecin auraient abusé.
Est ce qu'il n'y a pas un problème là ?


- Oui, oui, je comprends bien, mais nous sommes tenus de faire ce courrier.

- Et qu'est ce qui vous empêche de le formuler positivement plutôt que de façon culpabilisante, dans la mesure où tous les acteurs sont d'accord pour faire le même constat, comme vous l'écrivez vous-même : "apte à reprendre une activité professionnelle" à la fin de son arrêt de travail ?

L'Ordinateur Central de la Sécu
- Mais ce sont des lettres types qui sont formatées de cette façon dans notre logiciel et que nous ne pouvons pas modifier. Seules les parties que vous voyez en gras sont modifiables de notre propre initiative.

Je laisse passer le silence consterné qui convient puis j'ose :

- Puis je vous poser la question qui me vient à l'esprit et que je résume sous la forme d'une caricature : cela signifie-t-il que vous auriez des quotas d'avis défavorable et de désaccord à rendre à vos supérieurs ? Comme la police qui doit réaliser un minimum de gardes à vue et de contraventions pour montrer qu'elle lutte contre la délinquance ?

- On ne peut pas dire ça comme ça...

- C'est bien pour cela que je parle de caricature.

- Mais nous avons des consignes pour contrôler les arrêts maladie de courte durée.

- Je l'avais compris.

- Et ces lettres types nous sont fournies directement dans le cadre de ces campagnes.

- Très bien. Et pour répondre à l'inquiétude du patient, qui n'aura lui sûrement pas la possibilité de vous poser ces questions et d'accéder à ces informations, que dois-je lui répondre si, par exemple, sa sciatique récidive, et qu'il doit bénéficier d'un nouvel arrêt pour la même raison. Aura-t-il le droit d'être de nouveau en arrêt pour ce motif ?

- Oui, bien sûr, évidemment.

- Merci pour lui. Vous comprenez que son inquiétude puisse être légitime en recevant de tels courriers et qu'il puisse être amené à s'interroger sur son droit à être de nouveau malade sur ce problème particulier.

- Oui, je comprends. Ca peut-être inquiétant, évidemment.

- Et vous en tant que médecin, vous n'avez pas la possibilité de faire remonter aux responsables rédacteurs de ce type de courrier le risque qu'il y a pour les relations entre prescripteurs, assurés sociaux et sécu d'être dans une communication négative et suspicieuse, alors que tout le monde est en fait d'accord ?

- Non, je ne peux rien faire. Nos logiciels sont programmés ainsi.

- Eh bien moi si vous le permettez je vais faire remonter cette information avec mes faibles moyens.

Vous allez encore me dire que j'exagère, chers lecteurs du carnet de Julien Bezolles, et que c'est peu de choses, mais franchement ça me fait froid dans le dos que les technocrates de la sécu élaborent délibérément, sans possibilité qui plus est d'y sursoir de la part de l'agent exécuteur qu'est le medcon, cette forme de communication permettant de maintenir l'oppression.

J'imagine, pour ma part aisément, la propagande dont saura se saisir la sécu, sa direction et son Miniver (le ministère de la Vérité de George Orwell ) pour expliquer, chiffres à l'appui, que lors de sa campagne de contrôle des arrêts de travail de courte durée, les échelons locaux auront émis 80 % de désaccords et d'avis défavorables. Ce qui démontrera à quels points les assurés et les médecins généralistes creusent le trou de la sécu de façon irresponsable, et permettre à l'industrie pharmaceutique de continuer à le faire vraiment, elle. Et de prévoir la mise en place de nouvelles sanctions ou mesures de responsabilisation : une franchise sur les arrêts de travail, pourquoi pas ?

Notification d'avis défavorable à un assujetti social
Ainsi je témoigne par le petit bout de la lorgnette du terrain de la mise en place des outils totalitaires par les bureaucrates d'une structure qui a été créée autrefois pour le service de la population. Et comme d'habitude, les relais complices et complaisants sont là pour dire : "Ah ben, moi, j'obéis aux ordres, hein, je fais ce qu'on me dit."

J'arrête là, parce qu'il y a tout d'un coup trop de colère qui me prend et il faut que j'aille souffler un peu.

A bientôt.

dimanche 3 mai 2009

Pandémie : Sarkozy-Aventis sauve le monde.

A ce niveau là, c'est plus de l'anticipation, c'est de la voyance.
Ces gens-là sont des dieux.
Alleluia !