dimanche 13 juillet 2014

Cher Monsieur et ancien client

Cher Monsieur et ancien patient client,

Votre précédent médecin ne pouvait pas vous recevoir ce jour là, où je vous ai vu pour la première fois. Vous aviez mal dans la poitrine du haut de vos 85 ans. Le médecin des urgences où vous étiez passé deux jours auparavant pour cette douleur avait diagnostiqué une pneumonie et vous avait laissé sortir avec de l'Augmentin®.

Quand vous m'avez raconté vos douleurs et que deux semaines avant on vous avait posé un stent au coeur pour ces mêmes douleurs, j'ai aussitôt appelé le cardiologue à l'hôpital. Je lui ai dit devant vous que votre stent se bouchait, et le cardiologue vous a accueilli dans le quart d'heure dans son service de soins intensifs. Sans repasser par les urgences. Vous ne m'avez pas remercié.

Une fois sorti de l'hôpital, vous m'avez parlé de ces douleurs de jambes. Depuis des mois, des années. De plus en plus fortes, la marche devenait de plus en plus douloureuse, pénible, insupportable. A la marche, puis au repos, puis la nuit, vous ne dormiez plus, vous maigrissiez. J'ai dû vous revoir plusieurs fois le temps de faire les examens nécessaires, d'évaluer l'efficacité des traitements. A chaque fois vous me faisiez bien sentir que 22 puis 23 euros c'était bien cher, que je vous revoyais pour rien, sinon pour faire marcher mon petit commerce. Je n'ai jamais rien dit.

Au bout de quelques temps c'est la morphine qui vous a enfin soulagé, vous a redonné le sommeil, l'appétit, le moral. Bien sûr le temps d'équilibrer le traitement, de l'évaluer, puis de vous revoir chaque mois pour le renouveler, le surveiller,  autant de consultations pour me faire sentir que j'exagérais, faire peser sur moi votre mépris.

Vous aviez partout de l'artérite des jambes et le canal lombaire rétréci par l'arthrose, de bas en haut. Je ne pouvais vous dire quelle était la cause exacte de la douleur. Compte tenu de votre âge, de vos maladies, j'essayais de vous expliquer qu'on ne pourrait rien faire de radical, et que l'important c'est que vous soyez soulagé. C'était le cas. Vous le reconnaissiez du bout des lèvres. Pourtant c'était évident. Vous repreniez du poids, du moral, du sommeil, vous marchiez de nouveau sans canne. Mais ça n'allait toujours pas.

Vous avez demandé à aller à la consultation anti douleur du CHU d'à coté : 80 km, 3 mois d'attente. Vous êtes sorti de cette officine de l'industrie pharmaceutique avec les saloperies habituelles, inefficaces et dangereuses. Le fin algologue industriel vous avait dit d'arrêter la morphine, je n'y connaissais rien. Vous étiez bien d'accord. Une semaine après vous geigniez de douleur. Il a fallu tout reprendre, mais là encore c'était pour arrondir mes fins de mois bien sûr. Vous êtes retourné à ses consultations, reconvoqué régulièrement, poisson amorcé. Au bout d'un an, vous avez fini par réaliser, vous et votre famille, que ça ne servait à rien. Seule la morphine vous soulageait, mais c'était prescrit par le petit généraliste de merde. Intolérable.

Alors vous avez voulu consulter le grand chirurgien du CHU plus loin. 210 km, 4 mois d'attente. Comme moi il était incapable de faire la part des choses entre les douleurs rhumatologiques et artérielles. Pour justifier sa consultation à 150 euros, il était prêt à vous faire une infiltration quelque part dans le dos. Quelque part... compte tenu du fait que c'était rétréci de partout, votre putain de canal lombaire, il pouvait taper qu'au hasard. Ca vous a permis de faire un nouvel aller retour, frais sécu, 2 fois 210 km, pour l'avoir l'infiltration. Vous l'avez eue. Après le voyage il a fallu que je vous vois "en urgence" pour augmenter la morphine, le prix du voyage sans doute.

Moi qui ne fais pas de visite à domicile, quand vous m'avez appelé parce que vous aviez des vertiges et que vous ne teniez plus debout, je suis arrivé avant le Samu. J'avais amené tout le dossier médical, les radios, les ECG, tout le bordel. C'est grâce à ça que le Samu a pu vous laisser chez vous.

Suite à ça c'est la seule fois où vous m'avez dit merci, quand je vous ai revu pour reconduire la morphine. Et le train-train a repris. Tous les mois je réévaluais le traitement et le reconduisais en l'adaptant. Tous les mois j'y avais droit. "Vous êtes sûr que c'est efficace, vous êtes sûr que j'en ai besoin".  "Est ce que je devrais pas aller voir un vrai médecin spécialiste  ? Ma fille et ma femme se demandent..." Vous l'avez arrêtée, pour voir. Vous avez vu.

Chaque mois vous étiez obligé de me revoir, et je sais bien ce que ça vous coûtait de venir me voir...   Le temps a passé, 88, 89, 90 ans... Jusqu'à ce jour où vous m'avez appelé pour me dire que vous aviez trouvé une place en maison de retraite, et si je voulais continuais à vous suivre. J'ai dit OK mais toujours à mon cabinet, question de qualité. Vous m'avez dit que la maison de retraite refusait. Mensonge. Je vous ai redit et expliqué que compte tenu des conditions de travail dans cette maison de retraite, je n'y allais plus. Vous m'avez dit : "C'est embêtant pour vous, je vais devoir changer de médecin".

Quand votre fille m'a téléphoné pour m'enjoindre de transmettre votre dossier au nouveau médecin traitant, je lui ai dit que les frais s'élevaient à 15 euros, il y avait plusieurs dizaines de photocopies à faire, plus le temps et les frais d'envoi... Trois mois après votre dossier attend toujours dans mon cabinet. Je voulais vous en informer.

Votre ex larbin.





dimanche 6 avril 2014

Gardasil : Bernardo Gui, le retour

Un grand professeur de chirurgie se lâche.

S'appuyant sur sa maîtrise du sujet fondée par la lecture des dossiers de presse reçus de la Sainte Firme, il croit bon d'appeler à la condamnation publique des professionnels de santé signataires d'une pétition réclamant une commission d'enquête parlementaire sur la façon dont un vaccin est promu et commercialisé.

De quoi de quoi ? Un vaccin au prix exorbitant, dont on n'a à ce jour aucune preuve de l'efficacité de ce qu'il prétend prévenir, alors qu'il existe des outils efficaces de prévention qui risquent d'être marginalisés du fait de ce vaccin, pour un problème de santé publique plutôt restreint dans les pays riches, promu à marche forcée par la publicité, les autorités sanitaires et leurs experts, leaders d'opinion de l'industrie... Ça devrait interpeller quelqu'un ?... Ça pourrait concerner la représentation nationale ?... Non, bien sûr puisque, l'assure notre ponte, Big Pharma veille sur nous.

Et d'appeler à sanctionner ces insolents.

Et pourquoi pas après tout ?

Sanctionnons largement !... et proportionnellement aux dégâts commis. Chiche.

S'il faut poursuivre ceux qui s'interrogent sur l'influence des conflits d'intérêts dans la commercialisation d'un produit de santé inefficace à ce jour, et en appellent aux instruments de la démocratie pour y voir plus clair, quelle sanction faudrait-il alors prévoir pour des professionnels de santé qui auraient, par exemple, amputé de par le monde des centaines de milliers voire des millions d'organes, sur la base de dosages biologiques inutiles et néfastes à des personnes qui ne se plaignaient de rien, leur faisant croire qu'ils leur sauvaient la vie, à l'encontre de toutes les données scientifiques et épidémiologiques ?

L'écartèlement en place publique ?...  Mmmm...
A moins que... le "berceau de Judas" peut-être ?... (vidéo à partir de 8 mn 4 s)

Je m'interroge...  Un avis d'expert, Bernardo ?







Lettre ouverte à Danielle MESSAGER, journaliste santé de France-Inter

 Madame,


J’ai écouté avec intérêt ce samedi 5 avril 2014 votre chronique “carnet de santé” concernant la campagne “Ne lui tournez pas dos”. 

Comme vous ne pouvez l'ignorer, il s’agit d’une campagne de la firme pharmaceutique AbbVie, pour promouvoir son médicament Humira°, un nième anti TNF alpha qui a besoin d'élargir son marché en Europe.

Le Dr Laure GOSSEC, médecin rhumatologue à la Salpêtrière, s’est exprimée durant cette chronique. Elle a été recrutée par AbbVie pour cautionner cette campagne. Elle n'est pour elle qu'un "leader d'opinion", instrument efficace de propagande. Elle s’exprime dans le dossier de presse de lancement de cette campagne. Elle a manifestement été très bien briefée. Du soft. Mais au fond toujours le même discours de disease mongering : maladie sous diagnostiquée, insuffisamment traitée, etc.




Selon la législation en vigueur (article L 4113-13 du code de la santé publique), elle aurait dû déclarer avant de s’exprimer durant votre émission qu’elle était liée à AbbVie, en plus des avantages qu'elle reçoit de nombreuses autres firmes comme l'indique le site du sunshine de l'ordre des médecins. Elle ne l’a pas fait, au mépris de la loi et de la déontologie. Je crains que vous ne l’ayez pas incitée à le faire. Pas plus d’ailleurs que vous n’avez informé vos auditeurs qu’il s’agissait d’une campagne publicitaire pour le médicament de cette firme, déguisée sous une pseudo-campagne de santé publique. Il est vrai que la transparence de l'information n'est d'aucune importance dans le journalisme, en particulier de santé.


Tout cela serait horriblement banal, tellement France-Inter a habitué ses auditeurs à entendre relayer sans discernement la propagande de l’industrie pharmaceutique et de ses leaders d'opinions. Un exemple parmi beaucoup d'autres : . Je ne reviens pas sur l'affaire Martin Winckler...


Mais là où ça devient indécent, c’est qu’il s’agit de la firme AbbVie. 

AbbVie refuse délibérément l’accès aux données des effets indésirables, potentiellement graves, concernant l’Humira°, médicament promu par cette campagne que vous relayez.

http://wp.rxisk.org/jeanne-darc-et-rxisk-org-a-lance-une-petition/

http://wp.rxisk.org/rxisk-drug-safety-petition-asks-abbvie-and-intermune-to-stop-blocking-access-to-drug-clinical-trial-data/

AbbVie porte plainte contre l’Agence européenne du médicament, parce que cette firme considère que les données concernant les effets indésirables des médicaments relèvent du secret industriel (sic !). C'est Neil Parker, directeur juridique d'AbbVie, qui l'explique lors d'un colloque organisé par le syndicat européen de l'industrie pharmaceutique à Bruxelles en août 2013. Voir la vidéo, ou ici la retranscription en anglais.



Même des acteurs de l'industrie considèrent qu’AbbVie dépasse les bornes :
Avez-vous la notion que vous travaillez pour des soins de santé qui concernent des êtres humains ?”,  s'étrangle un participant.

Vous connaissiez cette information ? Si oui, pourquoi faire complaisamment écho à l'action de cette firme ? Si non, quel journalisme pratiquez-vous ?

A coté d’AbbVie, Servier est petit joueur en terme de cynisme industriel, Madame Messager.  Mais vous relayez sa propagande. Sur un media de service public. A quoi a servi l’affaire du Mediator° et ses victimes ?

Madame Messager, à votre tour vous dépassez les bornes. Dire que je suis outré par votre attitude est largement en deçà de la réalité.  Avez-vous la notion que vous travaillez pour des informations de santé qui concernent des êtres humains ?” Je trouve cette présente chronique honteuse pour le journalisme, scandaleuse pour la qualité de l’information, inacceptable pour la santé des personnes.

On comprend mieux que l'émission la Tête au Carré de France Inter consacrée aux conflits d'intérêts ait eu lieu un 1er avril. Triste poisson. Irène Frachon en était l'invitée. Ou l'involontaire caution ? Vous allez lui dire quoi la prochaine fois que vous la rencontrerez, Madame Messager ? De qui êtes-vous réellement le messager Madame  ?