vendredi 12 décembre 2008

Souvenirs, souvenirs...


© Roger-Viollet

En février 1935, les étudiants en médecine français font grève contre l'"invasion métèque" dans les facultés de médecine, soutenus par leurs professeurs et "maîtres", le syndicat médical de l'époque, les journaux médicaux, etc. Bref, la quasi totalité de la profession.

Pour en savoir plus :
Le Monde des médecins au XXème siècle
par Bénédicte Vergez-Chaignon
Editions Complexe, 1996
ISBN 2870276427, 9782870276426
312 pages
Lire en particulier à partir de la page 62 :
Femmes , étrangers et juifs : les indésirables de l'entre-deux-guerres.




Le monde merveilleux des étudiants en médecine




Vous voulez prendre un bon coup de consternation avant un week-end qui s'annonçait serein ?

Julien Bezolles va encore vous défoncer le moral.

Allez jeter un coup d'oeil sur la page Actualités du Forum des étudiants en médecine (de l'Association nationale des Etudiants en médecine de France). Je n'en ai jamais fait partie, et par un heureux hasard lorsque je végétais carabin je n'en avais jamais entendu parler. Mais ça fait si longtemps, on soignait encore par clystères et on apprenait la médecine dans les incunables.
Alors vous pensez, Internet...

Vous avez vu ?

Je ne sais pas si les étudiants en médecine qui s'expriment sur le forum de l'Anemf sont représentatifs des étudiants en médecine en France, mais je frémis à l'idée qu'ils soient significatifs...

Bon, maintenant, sans déconner, est-ce que vous voyez une différence entre les thèmes d'actualités abordés par ceux-là, à qui vous allez confiez votre vie et celles de vos enfants, et le journal télévisé de ... prenons un gars au hasard... par exemple ... je ne sais pas, moi, allez, disons... Jean-Pierre Pernod, pardon, Pernaud ?

Mais ça pourrait aussi bien être "Franche Démence", "La Fesse du Matin", "Franche Foire", "Ici Pourri", "Closet", "Quéquêtes et Refellations" le nouveau magazine de reportages, etc.

Sans oublier, les pages économiques de "Votre Fric", "Plein les Fouilles", "Actions Directes", "La Bourse c'est la vie", parce que quand même faut pas que du trash, l'argent aussi ça compte...

Et enfin, les meilleures pages du "Petit Corporatiste Illustré", "Mémoires Edifiantes de Robert Poujade", "Le Médecin (Ré)Actionnaire en 10 leçons", "La Médecine l'Oréal, parce que je le veau bien", "Les pauvres méritent-ils encore d'être soignés ?", etc.

Non ?

Prenons au hasard quelques uns des thèmes les plus lus et les plus commentés (les chiffres entre parenthèses correspondent aux visites à la date d'aujourd'hui, 12 décembre 2008) :

- devis et dépassement d'honoraires (8 147)
- Les biologistes inaugurent la contre-attaque des professions de santé libérales (3682)
- Un malade psy poignarde un étudiant à Grenoble (3384)
- toujours, misérabilisme et mépris... (6789)
- dermatologues VS esthéticiennes (3936)
- enquetes et révélations sur..... TF1 (1291)
- Une mineure séquestrée par un pédophile récemment sorti de prison (1030)
- Le député UMP Jean-Marie Demange tue une femme avant de se donner la mort (1412)
- Un patient lui enfonce un couteau dans le cou (2245)
- Deux chirurgiens tués dans un crash (32288 - le record !)
- Guillaume Depardieu est décédé (2703)
- Quelles actions acheter? (2759)

Et ce ne sont que les deux pages les plus récentes. Il y en a 45 comme ça.

Accordons à l'honnêteté qu'il n'y a pas que des thèmes d'actualité de ce genre. Certains semblent plus en phase avec la découverte et l'apprentissage de l'exercice professionnel. Il suffit alors de regarder parmi les moins consultés :

- Réforme des CHU (654)
- Article : influence de l'industrie pharmaceutique sur les prescriptions (353)
- Le gouvernement veut enfermer les SDF contre leur gré (566)
- Greffe de Trachée sans Immunosuppresseurs !!! (445)

Pour ceux qui en ont encore le courage, je les laisse parcourir les commentaires à la recherche de ceux qui permettent de continuer à espérer.

Il y en a.

jeudi 4 décembre 2008

La loi de l'industrie - A lire d'urgence sur le site du Formindep


C'est essentiellement la propagande pharmaceutique qui détermine les prescriptions de médicaments en France et dans le monde. Les connaissances scientifiques n'y ont quasiment aucune part.

Pour ceux qui en doutent encore (et aussi pour les autres), prendre le temps de lire cet article du New York Times et l'enquête du Formindep :
Grande étude, petites conséquences
Comment l’industrie pharmaceutique a étouffé l’essai ALLHAT

N'est-il pas temps d'entrer vraiment en résistance ?

dimanche 30 novembre 2008

"J'ai trouvé ça plus éthique"


Soirée-labo éthique

Ce
post issu du blog "les états d'âme du docteur Vincent" rapporte un article du professeur Robert Molimard, paru dans la rubrique "alter-tabacologie" du site du Formindep. Une occasion de parler de l'influence de l'industrie pharmaceutique sur l'information et la formation médicales.

Mais c'est le dernier paragraphe qui est incroyable :
"Au fait hier je suis allé à une réunion de labo: discours de 90 minutes, on nous avait demandé de rendre les stylos prêtés à l'arrivée (plus de cadeaux!) et nous avons eu droit à un buffet froid ensuite. J'ai trouvé ça plus éthique."
Le bon docteur Vincent est allé à une soirée labo, donc pour apprendre rien et se faire manipuler, et il se réjouit de n'y avoir reçu aucun cadeau. Ils ont même ramassé les stylos à la fin, qu'il explique ! Les participants n'auront donc utilisé ces stylos que le temps d'y lire le logo du médicament dessus. Et la bouffe était un buffet froid.

Formidable !

Les labos n'ont même plus besoin de dépenser du fric pour attirer les médecins. Quand ils les inviteront en les faisant assoir sur un cageot et en leur filant un sandwich, il y en a encore qui trouveront ça éthique ! Formidable ce labo, il nous traite comme de la merde, quelle éthique !

Et avec un fouet et des cuissardes en latex à talon aiguille, ça sera encore meilleur, hein docteur ? : "Oui, j'ai amené ma vaseline, maîtresse VM... Ce n'est pas la peine que vous m'en mettiez... Comment ? Bien sûr que je l'ai achetée moi-même ! Qu'est ce que vous croyez ? C'est beaucoup plus éthique !"

L'étape suivante, ce sera quand le labo, toujours au nom de l'éthique, demandera au médecin de payer lui-même les voyages et les congrès qu'il organise pour diffuser sa propagande. Et sa communication s'en trouvera même renforcée, car une démarche aussi éthique, ça c'est le signe d'un labo sérieux !

L'industrie n'aura même plus besoin de dépenser du fric pour manipuler les médecins. Elle va même en gagner ! La propagande pharmaceutique a encore de beaux jours devant elle. Et les dégâts qui vont avec.

samedi 29 novembre 2008

Heureusement les achats ont pu continuer

Un léger effet collatéral de la société de consommation.

Un employé de la chaîne de grandes surfaces Wal-Mart a été piétiné à mort par la foule des acheteurs à l'ouverture du magasin.
Ca s'est passé à New-York vendredi 28 novembre 2008 à 5 heures du matin, pour les soldes.
Le société Wal-Mart a exprimé ses regrets à la famille.
Heureusement ce n'était qu'un intérimaire et cela n'a pas interrompu les achats.
Noël est en effet une fête si importante, et la crise si difficile. Malgré le drame qui nous étreint, les soldes doivent se poursuivre.

mercredi 26 novembre 2008

C'est du Propre !...

Publicités vues hier dans un grand quotidien national qui sort l'après-midi...
Chacun à sa place dans une société plus propre :

- l'immigré africain tient le balai,














- l'immigré européen mais quand même un peu au sud distribue les balais,











- et le français BBR (une femme quand même, faut vivre avec son temps) dirige.











Et au dessus de tout ça les Patrons de la Propreté (avec un P majuscule, s'il vous plaît) qui font leur com pour nous faire croire comment ils luttent contre l'exclusion.

Si ça se trouve, ils ont carrément des particules eux, style : Jean-Aymard d'Etre de Corvée de Chiottes de Mainmatin de Bonneheure.

La RSE ça s'appelle en langage marketing des firmes : Responsabilité Sociale de l'Entreprise.

La Propreté : le sens des vrais valeurs et de la hiérarchie sociale.





Pour mieux comprendre, lire :
"La guerre des classes" de François RUFFIN,
Editions Fayard - Paris 2008 : ISBN : 978-2213638164 - 19 euros.

mardi 25 novembre 2008

Communiqué du Formindep - OUI à l’accès public aux conventions entre les médecins et l’industrie pharmaceutique !


Une occasion exceptionnelle lors de l’examen du PLFSS 2009

Le Formindep demande le maintien de l’amendement à la loi sur la transparence de l’information médicale voté par le sénat le 19 novembre lors de l’examen du PLFSS 2009, qui autorise les ordres professionnels à rendre publiques les conventions passées entre les médecins et l’industrie pharmaceutique.

Communiqué

Le 19 novembre dernier au Sénat, lors de la discussion du PLFSS 2009, les sénateurs ont adopté un amendement à la loi sur la transparence de l’information médicale (Article L4113-13 du code de la santé publique) qui prévoit que les conventions passées entre les médecins et l’industrie pharmaceutique soient rendues publiques par l’ordre des médecins.

Cette possibilité accordée aux citoyens de prendre connaissance des liens d’intérêts des médecins avec l’industrie est une avancée considérable pour la transparence de l’information médicale, pour la qualité et le coût des soins qui en découlent, pour la vie démocratique en général car l’impact des conflits d’intérêts dépasse largement le monde de la santé.

Malheureusement, du fait de l’opposition de la Ministre de la santé et de l’influence du lobby pharmaceutique, cet amendement risque très probablement d’être rejeté par la commission mixte paritaire des deux assemblées qui va se réunir jeudi 27 novembre pour finaliser la loi.

Le Formindep, association citoyenne de patients et de professionnels de santé, demande que les élus de la République ne laissent pas passer cette chance de mettre réellement en place les moyens de la transparence de l’information médicale, et maintiennent cet amendement dans le texte de loi définitif.

En matière de santé, l’intérêt des patients et des professionnels de santé doit primer sur celui des firmes et de leurs actionnaires. A travers le maintien ou le rejet de cet amendement, les députés et sénateurs auront l’occasion de dire clairement au nom de quels intérêts ils agissent.

Télécharger le communiqué du Formindep Format pdf. Taille :115 ko.


Pour en savoir plus :

Le 19 novembre dernier, lors du débat au Sénat sur le projet de loi pour le financement de la sécurité sociale (PLFSS) de 2009, s’est déroulé un événement passé inaperçu mais capital pour la transparence de l’information médicale, transparence indispensable à la qualité de cette information et aux soins qui en découlent.

En effet, un alinéa additionnel à l’article L 4113-13 du code de la santé publique a été voté par le Sénat. Cet amendement, rédigé par le sénateur François Autain et présenté par la sénatrice Isabelle Pasquet au nom du groupe communiste républicain et citoyen, stipule que les ordres professionnels doivent rendre publiques les conventions passées entre les professionnels de santé et l’industrie pharmaceutique.

(voir le compte rendu des échanges, et l’extrait concerné en bas de ce message)

L’article L 4113-13 du code de la santé publique, voté en 2002, (article 26 de la loi dite Kouchner sur les droits des malades) oblige en effet les professionnels de santé qui s’expriment publiquement (supports grand public ou professionnels) sur un produit de santé à déclarer leurs liens d’intérêts avec des firmes pharmaceutiques. L’application de cette loi est confiée aux ordres professionnels.

Cette obligation de transparence de l’information médicale et d’exposer les liens d’intérêts des leaders d’opinion en médecine s’impose depuis des années dans l’ensemble des pays développés, comme une question d’hygiène. L’opacité de l’information médicale dissimule dépendances et compromissions des professionnels de santé avec l’industrie pharmaceutique, et cherche à leurrer patients et soignants en faisant passer de la communication promotionnelle pour de l’information scientifique. Cette opacité constitue maintenant un facteur de risque sanitaire avéré, mettant en danger la qualité de l’information, la qualité des soins (cf scandale du Vioxx), et aggravant inutilement les dépenses de santé et les déficits sociaux.

Cette loi de la transparence de l’information n’est donc pas une loi anodine.

En 2006, les décrets d’application de la loi n’étaient toujours pas parus, malgré les demandes répétées du Formindep et du sénateur Autain. Le Formindep dépose alors un recours devant le Conseil d’Etat, et les décrets sont enfin promulgués en mars 2007. Le Conseil d’Etat condamne même le gouvernement à verser 3 000 euros au Formindep en dédommagement.

La loi peut enfin s’appliquer.

Un an après la parution des décrets, le Formindep décide de vérifier l’application de cette loi. Durant le mois d’avril 2008, il observe la prise de parole de plus de 100 professionnels de santé dans des media professionnels ou grand public. Aucun d’entre eux n’a déclaré de conflits d’intérêts. Le Formindep interroge alors les ordres concernés pour avoir confirmation que leur absence de déclaration d’intérêts lors de leur intervention correspond bien à une absence de liens d’intérêts.

Les ordres professionnels sont en effet les seuls à détenir systématiquement les preuves de ces liens : ils sont en effet dépositaires de toutes les conventions passées entre les médecins et les firmes pharmaceutiques pour lesquelles ils doivent donner un avis consultatif. En l’absence d’information des ordres, le Formindep estime que plus de 100 000 conventions sont passées annuellement en France entre les médecins et l’industrie pharmaceutique.

Seul l’accès des citoyens à ces conventions permettrait de vérifier facilement le respect ou non de la loi par les médecins. L’IGAS elle-même dans son rapport d’octobre 2007 sur « l’information des médecins généralistes sur le médicament » recommandait ; pour la bonne application de cette loi, que ces conventions soient accessibles publiquement.

Interrogé par le Formindep sur l’absence de conflits d’intérêts des médecins qui se sont exprimés sans déclarer de lien, l’Ordre des médecins a refusé de répondre à cette demande. Certains ordres départementaux et médecins sont même allés jusqu’à menacer le Formindep de suites judiciaires ! Uniquement parce qu’il demande les moyens d’appliquer une loi dont l’ordre des médecins à la responsabilité. Le Formindep confirme donc les propos de la sénatrice Isabelle Pasquet lors de la séance du 19 novembre (voir en fin de cet article) : « les ordres professionnels n’assurent pas la mission de contrôle et de vérification de cette loi dont ils ont pourtant la responsabilité. »

L’adoption de cet amendement par le Sénat est une avancée considérable pour les patients et les citoyens.

Il permettra de vérifier la réalité de la transparence de l’information médicale diffusée par les médecins lors de leur prise de parole devant le grand public ou devant leurs confrères : s’expriment-ils dans le seul intérêt des patients ou sont-ils influencés, voire payés, par les firmes pour relayer un message publicitaire ? L’adoption de cet amendement permettra aux citoyens de distinguer l’information médicale, utile aux patients et à ceux qui les soignent, de la communication promotionnelle, utile aux firmes et à leurs actionnaires.

Il s’agit également d’une avancée pour la vie démocratique en général, car la transparence de l’information et l’exposition des conflits d’intérêts ne concernent pas, loin s’en faut, que le monde de la santé.

Malheureusement cet amendement risque de ne pas passer l’obstacle de la commission mixte paritaire Assemblée nationale-Sénat qui doit se réunir le jeudi 27 novembre pour finaliser le texte de la loi de financement de la sécurité sociale. L’opposition affichée de la Ministre de la santé, Mme Bachelot, et l’influence du lobby pharmaceutique sur nombre d’élus de la République font craindre que, là encore, l’intérêt des patients et de la santé publique passe après celui des firmes et de leurs actionnaires.

Le Formindep ne peut accepter cette perspective alors qu’une étape décisive pour la transparence de l’information médicale, la qualité des soins et la démocratie sanitaire est sur le point d’être franchie.

Le Formindep demande solennellement aux députés et sénateurs qui se réuniront en commission le 27 novembre pour examiner la version définitive de la loi sur le financement de la sécurité sociale, de ne pas supprimer cet amendement.

Le maintien de cet amendement sera un signal fort adressé aux citoyens que les élus de la nation peuvent s’extraire des pressions des lobbies pour rester fidèles à l’intérêt général.


Extrait du compte rendu de la séance du 19 novembre 2008 au Sénat

M. le président. L’amendement n° 430, présenté par M. Autain, Mme David, M. Fischer, Mmes Hoarau, Pasquet et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :

Après l’article 33, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Après le premier alinéa de l’article L. 4113-13 du code de la santé publique, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Les conventions conclues entre les membres des professions médicales et les entreprises ou établissements mentionnés au premier alinéa doivent être rendues publiques. Les conditions d’application du présent article sont fixées par décret en Conseil d’État. »

La parole est à Mme Isabelle Pasquet.

Mme Isabelle Pasquet. Depuis le 25 mars 2007, date de la parution du décret d’application, l’article 26 de la loi relative aux droits des malades est enfin applicable ; il s’agit de l’article L. 4113-13 du code de la santé publique. Il prévoit que tout professionnel de santé – médecins, pharmaciens – doit déclarer ses liens d’intérêts avec les entreprises commercialisant ou fabriquant un produit de santé.

Cette obligation s’applique aux interventions professionnelles et dans les médias grand public, quel que soit le support : écrit, oral, électronique ou audiovisuel.

En effet, imposer l’indépendance, renforcer la transparence sont essentiels pour la garantie de soins de meilleure qualité, mais aussi pour la réduction des dépenses de sécurité sociale.

L’information subjective, partisane, manipulée, émise par un professionnel de santé à destination d’un patient, d’un confrère ou de n’importe quel citoyen peut entraîner des soins injustifiés et avoir de graves conséquences en termes de vie humaine au premier chef, comme ce fut le cas lors de l’affaire du Vioxx en 2004, mais aussi des conséquences financières.

Une étude en date de 2008 réalisée par le Congrès des États-Unis tend à démontrer qu’une économie de 35 % pourrait être réalisée chaque année sur les dépenses de santé si les patients comme les professionnels de santé disposaient de données non biaisées sur l’efficacité des traitements médicaux.

Or la loi n’est pas appliquée. On pourrait d’ailleurs en dire autant de l’article R.161-85 du code de la sécurité sociale puisque la Haute Autorité de santé n’a toujours pas rendu possible à ce jour la déclaration publique d’intérêts des membres de la commission de transparence pour la période 2004-2006.

Il semble que les ordres professionnels n’assurent pas la mission de contrôle et de sanction qui leur a été confiée par la loi dans ce domaine. Dépositaires des conventions et contrats liant le professionnel avec une entreprise en vertu de l’article L. 4113-6 du code de la santé publique, ils sont pourtant les seuls à pouvoir dire qu’un médecin qui n’a pas déclaré de lien d’intérêt n’en a effectivement pas en vérifiant qu’il ne leur a pas transmis de convention passée avec une entreprise.

Bien entendu, la mise en place d’une obligation, à la charge des professionnels, de rendre publiques les conventions passées avec les entreprises agissant directement ou indirectement dans le domaine de la santé ne doit pas porter sur l’ensemble des éléments inscrits dans ces conventions, telles que des données pharmacologiques ou cliniques, qui doivent rester dans le domaine de la propriété industrielle ; elle porte uniquement sur le fait que ce professionnel a un rapport de dépendance financière vis-à-vis de l’entreprise.

Pour aider les ordres professionnels dans cette tâche difficile, je propose, par cet amendement, que les conventions soient rendues publiques. Ainsi, quiconque le souhaite pourrait vérifier que le professionnel concerné s’exprime en toute indépendance sur un produit de santé.

M. le président. Quel est l’avis de la commission ?

M. Alain Vasselle, rapporteur. Avis défavorable.

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. Je comprends le souci de transparence de Mme Pasquet. Il y a transmission de ces conventions au conseil de l’Ordre et cela est vérifié sur le plan ordinal. Simplement, si ces conventions étaient rendues publiques, se poseraient évidemment des problèmes graves d’atteinte à la vie privée que cet amendement ne permet pas de résoudre.

Les contrôles existent mais ils doivent, à mon avis, rester de l’ordre de la surveillance ordinale.

C’est la raison pour laquelle je ne peux pas être favorable à votre amendement, madame Pasquet, même si je partage votre souci de transparence, laquelle est assurée.

M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 430. (Après une épreuve à main levée déclarée douteuse par le bureau, le Sénat, par assis et levé, adopte l’amendement.)

M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l’article 33. (Applaudissements sur les travées du groupe CRC et du groupe socialiste.)

M. François Autain. Monsieur le président, devant le succès remporté par cet amendement, je retire les amendements nos 139 rectifié, 433 et 432. (Sourires.)

M. Jean-Jacques Jégou, rapporteur pour avis. Bravo !

lundi 24 novembre 2008

La xénophobie : réponse à la pénurie de généralistes dans les campagnes


- Ah, la crise de la démographie médicale !...
- Ah, la pénurie de médecins généralistes dans nos campagnes !...
- On ne peut plus se soigner, ma pauv'dame !
- Mais que font les élus, le gouvernement ?
- Les médecins ne veulent plus travailler de nos jours ! Tous des fainéants !
- Maintenant je dois faire des kilomètres pour trouver un médecin.
- Impossible de trouver quelqu'un la nuit ou le dimanche pour mon rhume, mon renouvellement de pilule, un certificat de pétanque, etc.

J'ai dit dans un autre post ce que je pensais de la crise de la démographie médicale et comment les médecins et les zautorités avaient été amenés à créer le marché de la consommation médicale dans les années 70-80, et qu'ils se trouvaient maintenant pris au piège consumériste dans lequel ils avaient enfermé les patients (avec leur accord il faut bien le reconnaître) : c'est pratique SOS Pizza à domicile.

Mardi 25 novembre à 20 h 35 sur France 5, la rediffusion du film de Gilles Cappelle tourné en 2006 : "Les médecins, du mythe à la réalité : chronique d'une catastrophe annoncée", nous rappelle cette situation.

Mais la semaine dernière c'est, une fois n'est pas coutume et sans doute bien involontairement, TF1 qui nous a permis de mieux appréhender les dessous de cette question.

Mardi 18 novembre à 23 h 20 était en effet diffusé un numéro du "nouveau" magazine de TF1 "Enquêtes et Révélations". Ce magazine remplace avantageusement le pourtant déjà excellent "Droit de Savoir" anciennement présenté par Charles Villeneuve, ancien légionnaire récemment passé au PSG. Mais qu'on se rassure, la direction éditoriale, elle, n'a pas bougé. Rigueur et éthique, donc.

Ce numéro était consacré à la santé, avec un titre pas racoleur du tout :
"Fraudes, abus et manque de moyens : qui menace notre système de santé ?" Attention, ça va enquêter et révéler. Accrochez vous à votre canette !

Pour les intrépides cette émission peut être regardée . Attention, le téléchargement prend du temps (fichier de 850 Mo) et l'émission dure près d'une heure trente, et le reportage dont je veux causer se trouve à peu près entre le premier tiers et la moitié de l'émission. Vous pouvez regarder le reste de l'émission d'un derrière distrait et néanmoins nauséeux.

Au programme différents reportages sur les immondes crapules qui sabordent notre admirable système de soins : les médecins compromis avec l'industrie, ceux qui refusent de soigner les pauvres, font des arrêts de travail bidon et les jeunes qui ne veulent plus travailler, les ambulanciers qui transportent des malades à pied, les pharmaciens et leur personnel qui se font rembourser des ordonnances bidon, etc., et bien sûr ceux, les purs, qui luttent contre ces scandales : la sécurité sociale et sa police, dont certains de ses représentants n'auraient sûrement pas été recalés à l'examen d'entrée à la Stasi, les élus, les médecins vertueux (il en reste, au moins un), etc.

Bref, rien ne change, tout est pareil dans le monde merveilleux de TF1 et de son temps de cerveau disponible.

Arrivons donc à notre sujet.

Un village du Puy-de-Dôme se retrouve donc sans médecin généraliste. Par un reste de charité chrétienne dont je n'ai pas encore pu me défaire, je ne dirai pas son nom que j'ai d'ailleurs oublié. Quand je dis un village, il s'agit plutôt d'un "pôle rural" si on en croit son sympathique et dévoué maire. 2 000 habitants au bourg, mais 7 000 dans l'ensemble du secteur. De quoi se remplir les poches pour un médecin libéral digne de ce nom. En plus, selon les nombreux mailings envoyés par le maire, ce charmant village bénéficie des dernières modernités : eau courante dans les maisons, électricité, téléphone, télévision avec TF1 et M6, bar-tabac, ... Non, je déconne.

Mais voilà, personne ne vient. Aucun médecin français ne vient, ni même ne se manifeste. On vous l'avait bien dit. Tous des fainéants qui ne veulent plus travailler. Pendant ce temps-là, les gens meurent, les vieux se déshydratent, les quelques habitants disposant d'une calèche doivent traverser les forêts envahies de loups et de chauffeurs (ceux qui brûlent les pieds de leurs victimes) pour aller à la ville se faire soigner dans les longues files d'attente aux urgences de l'ignoble anarcho-autonome Pelloux.

Alors que faire ?

Mais le libéralisme est là, bien sûr !

Avec ses chasseurs de tête, ses délocalisateurs prêts à importer des médecins qu'il sont partis débusquer dans les pays sous-développés, des médecins qui n'ont pas dans leur pays les revenus dignes de leur statut social et voient à leur portée l'Eldorado franchouillard, maintenant qu'ils font partie de l'Union Européenne. J'ai nommé : la Roumanie.

Et voilà donc notre maire auvergnat prêt à débourser 40 000 euros - vous avez bien lu : 40 000 euros dépensés par un auvergnat, c'est dire si la situation est grave ! - pour se payer les services d'une société chargée d'importer en France des médecins roumains pour remédicaliser nos campagnes agonisantes. Et les caméras de TF1 de suivre ces glorieux explorateurs dans leur mission salvatrice.

Vous vous souvenez peut-être de ces vieilles publicités néo-colonialistes du café Jacques Vabre, où un gringo en cravate plongeait une main méprisante dans le sac de café d'un campesino terrorisé à l'idée que son bon maître lui refuse le fruit de son labeur. Le gringo encravaté portait alors à son nez une poignée de café, et faisait comprendre au serf d'une moue expressive, que vraiment c'est de la merde ton café, Manuelito, pas bon pour les blancs. Et la pub se terminait par un slogan : "C'est pour vous que Jacques Vabre se donne tant de mal." Et bien ce mardi soir sur TF1 on a vu la version médicale de cette pub caféinée.

Voilà donc nos chasseurs de médecins en safari au pays des Roumains. D'abord visite surprise dans un grand hôpital local, histoire de surprendre un anesthésiste exportable pour vérifier sur le terrain qu'il est bien médecin. Des fois que. Puis déplacement dans la brousse pour aller sur place voir le candidat généraliste pour notre village auvergnat.

Parce que figurez vous qu'il bosse notre généraliste d'importation. Il a déjà son cabinet médical dans un autre village, de Roumanie, où il soigne des malades, même si ce ne sont que des Roumains, qui ne payent pas le médecin (horreur libérale ! Père Jean-Marc Sylvestre et Saint CAC40, protégez-moi) et même si ce n'est que pour gagner 400 euros par mois dans un système étatisé. "Ah oui, la médecine en France c'est beaucoup plus développé, explique notre candidat dans un bon français (les missionnaires ont dû faire un sacré boulot là-bas), et surtout on gagne beaucoup plus d'argent !"...

Le reportage se poursuit dans un salon d'hôtel où d'autres candidats sont examinés. "Oui, les dents sont saines, ça va... Dis bonjour en français maintenant. " - "Bonjour Madame", s'exécute l'autre candidat dans un splendide baise-main comme on en fait plus par chez nous (Nadine de Rothschild a fait du sacré boulot elle aussi !) "Je suis positivement enchanté de faire votre connaissance." - "Bon, OK, on le prend. Il est correct", indique notre maquignon à son collègue. Symbole ultime de l'intégration française : la remise officielle du dictionnaire Vidal de l'année, compilation publicitaire des meilleurs produits de l'industrie pharmaceutique que reçoit gratuitement tout prescripteur français - "Moi j'ai un exemplaire de 1994", explique le médecin aux anges. - Ainsi tout est accompli : le médecin reçoit l'onction pharmaceutique et va pouvoir prendre sa part au déficit français de la sécu française.

Et voilà, c'est parti pour l'Auvergne, non sans avoir fait pour le postulant une première visite de découverte du décor et de l'environnement : un trois-pièces cuisine réhabilité avec vue sur les "Champs-Elysées locaux" précise le commentateur dans un humour suffisant du plus pur style parigot dont il ne se départira pas tout au long du reportage. Et un cabinet médical tout aménagé par la municipalité du village. "Oui, ça me paraît bien", indique le médecin. Dans une réunion à la mairie, le maire rappelle le contrat : "Et t'es pas là pour 6 mois, hein ! J'ai pas claqué 40 000 balles pour rien. T'es là pour de loooongues années ! Compris ?"

Alors commence l'exercice du bon docteur Lenadjapleinlcu dans son nouveau village.

Et nos caméras de télévision viennent faire le point au bout d'un mois. Alors, on croule sous le boulot, docteur ? La file des malades s'étire 7 jours sur 7, à la sortie du cabinet médical et remonte le long de la rue ? La pénurie médicale est enfin comblée ? La population revit ? Combien de vies sauvées ? La population en liesse ne vous pas encore élevé une statue ?

Mon cul, oui ! A peine 50 consultations en un mois, un seul malade le jour où vient la télé. On l'interroge : "Pourquoi venez vous chez le docteur ? Qu'est ce qu'il vous arrive ? Vous êtes malade ?" - Réponse du patient : "Faut bien que tout le monde vive" !!

Hallucinant ! Ainsi la mairie s'est saignée aux quatre veines pour faire venir un médecin dans une région soi-disant démédicalisée. Un village roumain a perdu son médecin dans une région sans doute réellement démédicalisée, elle. Et tout ça pour quoi ? Pour voir un (je dis : un) malade par jour ? Mais elle est où, la crise démographique, les populations abandonnées livrées aux épidémies, au SRAS, au virus H5N1 et à Sarkozy réunis ?

Eh bien, portés par une déontologie qui me laisse encore sans voix, nos reporters vont chercher la réponse au milieu des autochtones, s'il en existe encore. Peut-être le médecin est-il arrivé trop tard ? Peut-être que tout le monde est mort et que les quelques survivants sont partis grossir les bidonvilles de la préfecture, Clermont-Ferrand, puisque la vie n'était plus possible au village ?

Oui ! Les caméras de TF1 finissent après des heures de marche dans la brousse, traçant leur chemin au coupe-coupe, par retrouver quelques indigènes. Ils sont au stade de football. C'est donc là qu'ils se réunissent : peut-être pour une ultime assemblée rituelle afin de sacrifier quelques vierges aux dieux et implorer l'arrivée d'un médecin. Ils ne doivent pas être au courant ! L'information passe mal dans les campagnes, les pistes sont inondées, le garde-champêtre en arrêt maladie pour burn-out, le tam-tam en réparation.

Mais TF1 va leur apporter la bonne nouvelle, alléluia ! Un médecin est arrivé parmi vous ! Vous ne le saviez pas ? Précipitez vous... il suffit de suivre l'étoile dans le ciel, et vous le trouverez, là, entre l'âne et le boeuf, dans son cabinet. Hosannah !

Le journaliste, n'écoutant que son courage, finit par trouver une habitante : "Vous le connaissez le nouveau médecin ?" - "Heu, oui... mais vous comprenez, c'est un étranger !" Et les gens assis derrière elle sur les gradins du stade, en train de sourire grassement, genre, en voilà une qui dit tout haut ce qu'on pense tout bas. Hein, Jean-Marie ?

Tout devient clair.

La simple présence d'un étranger a suffit pour guérir tout le monde à Plouc City et à faire passer à la population tout problème de santé et surtout toute envie de consommer de la médecine : faut que le produit soit attirant quoi, on n'est pas du genre à être malade avec n'importe qui. Rien que la perspective de se faire toucher par des mains métèques suffit donc pour régler tous les problèmes de santé dans notre beau pays. Plus personne n'est malade ! Encore plus fort que le grand marabout africain de mon quartier, celui qui résout tout problème, fait revenir l'être aimé, et même démarrer les motos russes.

Voilà enfin la solution définitive au trou de la sécu : disposez quelques médecins étrangers judicieusement disséminés sur tout le territoire français et plus personne ne sera malade. Quelle meilleure illustration sanitaire du bon sens français rappelé encore dans un sondage récent après l'élection du noir Obama : "Oui, bien sûr je veux bien voter pour un noir, mais à condition qu'il soit élu dans un autre pays."

Et pendant ce temps là, les habitants du village roumain dont est parti le docteur Lenadjapleinlcu, eux, n'ont vraiment plus de médecin, ce médecin dont ils avaient, eux, vraiment besoin...

Vous voulez que je vous dise : il y en a vraiment encore beaucoup trop des médecins généralistes en France. Ce qui fait vraiment pénurie grave par chez nous, c'est les proctologues, les spécialistes des trous du cul.

Vive la France, vive la médecine. Vive TF1.

samedi 15 novembre 2008

Le juge était plongé dans ses dossiers

Dans Le Monde daté des 16 et 17 nov 2008
C'est tellement simple de ne rien voir, hein, Monsieur le Juge.
Mais rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul à utiliser cette méthode qui a fait ses preuves dans l'Histoire.

Lire le communiqué intégral sur le site de l'Observatoire International des prisons.








jeudi 13 novembre 2008

Pharmaguédon : la chimiothérapie tue plus d'un cancéreux sur quatre


"Chimiothérapie anticancéreuse : le meilleur ou le pire ?" Tel est le titre du rapport publié hier par un institut britannique d'enquête sanitaire sur l'utilisation de la chimiothérapie anticancéreuse en Grande-Bretagne.

Le National Confidential Enquiry into Patient Outcome and Death (NCEPOD) a analysé les cas de plus de 600 patients cancéreux décédés dans les 30 jours après avoir reçu une chimiothérapie, soit en traitement curatif de leur cancer, soit comme traitement palliatif pour en alléger les symptômes.

L'enquête du NCEPOD révèle que :

  • 27 % des décès sont dus aux effets indésirables du traitement. Or 14 % des malades avaient reçu ce traitement pour être guéris de leur cancer.
  • 19 % des malades décédés n'auraient pas dû recevoir le traitement qui leur a été administré.
  • 50 % des malades auraient pu recevoir un meilleur traitement et, dans 8 % des cas, les traitements étaient même inappropriés.
  • 43 % des patients ont subi un effet indésirable toxique grave du traitement, bien qu'ils recevaient par ailleurs d'autres traitements pour les atténuer.

Le président du NCEPOD a déclaré que, même si l'enquête avait été conçue pour mettre en évidence les pires cas, "elle soulevait néanmoins des questions délicates et apportait des réponses plutôt désagréables à entendre sur la façon dont les décisions étaient prises dans les semaines qui précédent les décès des patients".

"Cela mérite qu'on s'en préoccupe sérieusement" a-t-il précisé.

Les auteurs de l'enquête estiment que les soins apportés sont inférieurs aux normes admissibles, et souhaitent que davantage de précautions soient prises par les médecins lors de l'administration de ces traitements.

Ils recommandent que les médecins "juniors" ne soient pas autorisés à administrer seuls des chimiothérapies, que les doses soient réduites pour les malades les plus graves, que les patients reçoivent une meilleure information sur ces traitements, et que les hôpitaux aient davantage de moyens pour mieux prendre en charge les effets toxiques de ces chimiothérapies.

Ce rapport inquiétant a incité les experts britanniques du National Chemotherapy Advisory Group à se saisir "en urgence" de la question, pour étudier les moyens d'améliorer la prise en charge des patients.

En France, en l'absence d'enquêtes de ce type, la sérénité compacte et sans fissure des zautorités et des professionnels reste de mise.

Le Pharmaguédon approche. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !


D'après un article de Katrina Megget, publié dans Pharmatimes du 13 novembre 2008.



mardi 11 novembre 2008

Blogueurs de tous les pays : Fermez vos gueules


A propos des blogs, deux informations intéressantes à mettre en parallèle lues récemment dans le Monde.

Le texte intégral des deux articles est à la fin de ce message.

A ma gauche, un article qui raconte comment un blogueur français arrive à vivre (petitement) de son blog, grâce sans doute à son talent, mais plus sûrement au fait qu'il surfe sur l'air du temps et qu'il s'est fait repérer par des entreprises qui utilisent sont blog pour faire de la publicité. Il est même embauché pour faire de la publicité rédactionnelle, aimablement appelée "billets sponsorisés" dans l'article, afin, comme dans les journaux médicaux, de blanchir la publicité en information. Blogueur-sandwich, voilà ce qu'il est devenu. Et il se sent libre...

A ma droite, une dépêche de l'AFP qui raconte comment un blogueur birman vient d'être condamné dans son pays à 20 ans de prison pour avoir écrit sur son blog des poèmes à double sens, critiques du pouvoir en place.

Autrefois, quand j'étais jeune, à l'époque de l'URSS, certains disaient que la société de consommation aliénait autant sinon davantage que le communisme. Ce à quoi les gens bien comme il faut haussaient les épaules en disant : "Petit con, va dire ça aux Russes".

Et pourtant, qu'elle soit de consommation ou totalitaire la société doit faire taire les gens. Pour ça, soit elle les achète, soit elle les enferme. Ceux qui veulent survivre n'ont pas d'autre choix que de se mettre au service de la propagande, des firmes ou des dictateurs.

L'hallucinant passage du premier article sur la découverte par le blogueur du "fameux monde des journalistes où tout est gratuit" en dit plus que n'importe quel discours sur l'état de la presse.

En médecine, c'est la même chose.


Lire et relire :

"Propaganda" ou "comment manipuler l'opinion en démocratie", de Edward Bernays, neveu de Freud et inventeur du concept de "relations publiques".
Première édition : 1928
Editions Zones - La Découverte, Paris 2007 .
144 pages. 12 euros.
ISBN : 978-2-35522-001-2








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Profession blogueur
LE MONDE | 10.11.08 | 15h43 • Mis à jour le 10.11.08 | 15h43

endant sept ans, Steve Hemmerstoffer a travaillé à plein temps au centre d'appels de SFR de Woippy, dans la banlieue de Metz : "Un boulot catastrophique, pas gratifiant, payé au smic, tout en horaires décalés." Depuis 2006, il menait une double vie. Dès qu'il rentrait dans son deux-pièces du centre-ville, il s'asseyait devant son ordinateur, et devenait "Stagueve", créateur et seul maître à bord de "Nowhere Else, le blog du Geek urbain" : "Au début, c'était un blog perso sans but précis, pour me changer les idées. Or ça a été une révélation. J'ai compris que j'avais trouvé ma voie."


Puis "Stagueve" décide de suivre l'actualité du secteur informatique, des jeux vidéo, et du design Internet. Il s'aperçoit vite que pour exister, un blog high-tech doit être mis à jour en permanence. Pour cela, il faut lire des centaines d'articles et de communiqués publiés par les sites Internet d'entreprise, les webmagazines américains et les forums spécialisés, puis traduire ou rédiger plusieurs articles par jour. La tâche est écrasante. Le blog dévore tout le temps libre de Steve, ses week-ends, ses soirées.

Après des mois de travail, Nowhere Else acquiert une petite notoriété dans la blogosphère - 3 000 à 4 000 visiteurs par jour, dont un millier d'abonnés. Steve passe alors à la deuxième étape. Il s'inscrit sur Adsense, le service automatique de Google, qui affiche sur ses pages des bannières publicitaires en rapport avec le sujet de ses articles, et le paie quelques euros par jour, selon le nombre de visites.

Ensuite, tout devient facile. Nowhere Else est repéré par les agences de publicité en ligne, qui utilisent des outils très sophistiqués pour mesurer le trafic des blogs, leur taille, leur contenu, et leur influence. L'agence 24.00h contacte Steve et lui offre un contrat pour l'affichage de bandeaux publicitaires. Puis la régie BlogRider lui propose d'écrire des "billets sponsorisés", articles de commande vantant les mérites d'un produit. Steve accepte, sans se poser trop de questions.

Il fait alors un petit calcul et découvre qu'il pourrait gagner autant d'argent avec son blog que chez SFR. En août, il quitte son emploi et devient de facto blogueur à plein temps. Nowhere Else s'est imposé dans sa vie comme un instrument de reconversion professionnelle et de promotion sociale : "Je gagne toujours le smic, mais à 30 ans, je me sens libre pour la première fois de ma vie. Je vais aussi toucher les Assedic."

La meilleure façon d'accroître le trafic et les recettes d'un blog est de publier des informations avant la concurrence. Il faut aussi le faire savoir, pour que le blog monte dans le classement de Google et d'une myriade de moteurs de recherche, systèmes de mesure et répertoires spécialisés. Un énorme travail de référencement vient donc s'ajouter aux tâches éditoriales. Résultat, Steve passe sa vie devant son écran : "Je me lève à 5 heures du mat'et je me couche à minuit. Parfois, je veille toute la nuit, je dors quand je m'écroule, je me nourris de pizzas et de hamburgers." Sa nouvelle carrière semble bien partie. Une troisième agence l'a enrôlé dans une opération de marketing viral pour une console de jeu vidéo, et une compagnie de télécom lui permet de tester à domicile ses nouveaux services.

Steve est l'un des 1 500 "blogueurs français influents" répertoriés par la régie Ad Rider et sa filiale spécialisée Blog Rider. Son patron, Arnaud Callone, explique qu'il a fallu réinventer la publicité pour l'adapter à la blogosphère : "Le blogueur doit rédiger ses billets sponsorisés en respectant le cahier des charges que nous lui fournissons, mais il doit aussi s'approprier le sujet, utiliser ses propres mots, conserver son ton habituel, pour que le billet s'intègre naturellement dans le blog." Le "UGC" (user-generated content, contenu généré par les internautes) est devenu un terrain stratégique pour les marques : "Le lecteur va faire confiance à ses pairs bien plus qu'à un journaliste inconnu et lointain." Les blogueurs sont libres de signaler ou non à leurs lecteurs qu'un article est sponsorisé.

Blog Rider utilise aussi ses blogueurs pour des opérations de marketing de rue : "Air France a lancé une campagne vers les jeunes. Nous avons mobilisé vingt-cinq blogueurs influents. Au jour J, ils ont averti leurs lecteurs parisiens que s'ils allaient immédiatement sur l'esplanade des Invalides, ils gagneraient cinq billets gratuits pour le Mexique. Plus de 400 jeunes ont accouru." Cela dit, Arnaud Callone revendique une éthique professionnelle, il refuse certaines campagnes : "Une compagnie pétrolière voulait placer des billets sponsorisés sur des blogs écologistes, c'était trop !"

Quelques blogs réussissent déjà à dégager assez de revenus pour nourrir une petite équipe. Anh Phan, 32 ans, ancien ingénieur informatique, a quitté un emploi stable et bien payé pour devenir blogueur pro : "J'ai subi une baisse de revenus, mais ma compagne était d'accord pour tenter l'aventure, et elle a gardé son emploi salarié." "Une fois que j'ai payé tous mes frais, il me reste 2 000 euros par mois, je m'en sors." Son blog high-tech, Le Journal du Geek, reçoit plus de 25 000 visites par jour, et génère un chiffre d'affaires de 7 000 euros par mois. Anh a embauché un rédacteur et un stagiaire :

Dès qu'Anh a été classé "influent" par les publicitaires, sa vie a changé : "J'ai découvert le fameux monde des journalistes, où tout est gratuit." Les nouveaux produits informatiques arrivent directement chez lui par La Poste, et les agences de communication l'invitent à des voyages de presse : "On m'a emmené aux Etats-Unis, à Berlin, à Barcelone, à Ibiza, à Val-d'Isère... Je me retrouve avec des journalistes de la presse classique. Aucun problème, ils m'acceptent comme un des leurs." D'ailleurs, il reconnaît que, en se professionnalisant, Le Journal du Geek ressemble de plus en plus à un webmagazine : "On garde un ton intime, mais on se permet moins de blagues ou de méchancetés, et on élargit nos centres d'intérêt." Anh accepte les bannières publicitaires, les liens et les publi-reportages rédigés par les agences. En revanche, il a cessé d'écrire des billets sponsorisés, qu'il considère comme des publicités un peu déloyales.

D'autres font feu de tout bois. Romain Libeau, 21 ans, étudiant en communication, publie un blog fourre-tout (voyage, show-biz, musique, gadgets...), baptisé sans fausse modestie RomainLibeau. com. Selon l'actualité people de la semaine, son trafic varie de 3 000 à 15 000 visiteurs par jour. Il gagne près de 1 000 euros par mois, car il utilise toutes les formes de rémunérations imaginables - articles sponsorisés, bandeaux, affiliation à des sites marchands qui lui reversent une commission, et même liens publicitaires dans le corps de ses articles : "Une société spécialisée scanne mes textes, détecte des mots-clés et y attache un lien. Si par exemple j'écris le mot "disque dur", il suffira de cliquer dessus pour arriver sur le site d'un marchand de disques durs."

Par ailleurs, Romain a créé Le Journal du blog, guide pratique pour blogueurs débutants, sponsorisé par Blog Rider, qui lui verse 600 euros par mois. Romain se fait aider par des pigistes : " J'ai un rédacteur en chef, il est au chômage en ce moment, je lui donne 200 euros par mois. Les autres touchent 50 euros. Pour le moment, je ne garde rien pour moi."

On assiste aussi à l'arrivée en force des "blogs de filles" pro ou semi-pro, consacrés à la mode, la beauté, les sorties et l'actualité culturelle. DeeDee-de-Paris, blogueuse célèbre, maîtrise parfaitement l'art de mettre un produit en valeur tout en conservant un ton intime et personnalisé : "Guerlain est une de mes (nombreuses) madeleines... L'odeur de Mitsouko, entêtante, puissante, raffinée de ma maman. Je la revois se penchant pour m'embrasser avant de se sauver pour quelque dîner... J'en garde un souvenir ému !"

Deedee, de son vrai nom Delphine Desneiges, 29 ans, a longtemps été blogueuse amateur : "Après Sciences Po, j'ai travaillé comme consultante en communication, mais ça ne me satisfaisait pas. Comme j'ai toujours été passionnée d'écriture, j'ai créé mon blog perso, pour m'entraîner." En 2007, les responsables Internet du groupe Marie-Claire la repèrent et lui font une offre d'achat : "Comme je n'avais pas envie de vendre, nous avons conclu un accord. DeeDee-de-Paris restait indépendant, et je travaillais en parallèle pour leurs sites."

Aujourd'hui, Delphine est salariée de Marie-Claire, responsable éditoriale du site de Cosmopolitan France. Il lui reste ses soirées et ses week-ends pour redevenir DeeDee. Son blog est un terrain de jeux qui n'obéit pas aux règles journalistiques : "C'est amusant, mes lecteurs s'imaginent que tout ce que je raconte est véridique, alors que je romance beaucoup."

DeeDee a signé un contrat exclusif avec une régie publicitaire filiale d'un grand prestataire Internet, ce qui lui assure entre 800 et 1 800 euros par mois. Mais les relations se tendent : "Ils s'imaginent que si on tient un blog de mode, on est forcément une blonde décérébrée et ignare. Ils essaient de nous imposer des contrats improbables, de nous placer des billets sponsorisés sans rapport avec notre ligne éditoriale, et, quand on n'obéit pas, ils nous harcèlent." Si les choses ne s'améliorent pas, elle envisage de changer de régie, ce qui ne devrait pas être difficile : ce secteur est en plein essor, la chasse aux blogueuses influentes bat son plein.


Yves Eudes
Article paru dans l'édition du 11.11.08


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Un célèbre blogueur birman condamné à vingt ans de prison
LEMONDE.FR avec AFP | 11.11.08 | 08h47 • Mis à jour le 11.11.08 | 09h12

n célèbre blogueur birman, Nay Phone Latt, l'une des figures de la "rébellion safran" qui a opposé, fin septembre 2007, la junte birmane à un mouvement populaire mené par des moines bouddhistes, a été condamné à vingt ans de réclusion dans la prison d'Insein, a annoncé, mardi 11 novembre, un porte-parole de l'opposition.


Nyan Win, 28 ans, qui bloguait sous le pseudo Nay Phone Latt, est l'un des jeunes cracks birmans de l'informatique qui ont contribué à informer le monde, via Internet, lors des grandes manifestations contre la junte militaire. Il avait été arrêté dans un cybercafé de Rangoun le 29 janvier. Lié à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, il a été condamné à cette lourde peine, lundi, aux côtés de quatre membres de la LND.

POÈME CRYPTÉ

Nay Phone Latt avait été arrêté après avoir déjoué les contrôles sévères imposés par le régime militaire sur Internet. Son blog était écrit en langue birmane et dans le style d'une nouvelle. Il l'utilisait comme un forum de discussions sur les difficultés de la vie quotidienne en Birmanie, notamment les coupures d'électricité et la hausse des prix. Lors de la répression brutale de septembre 2007, il était parvenu avec d'autres blogueurs à diffuser des témoignages vivants et des photos chocs sur la contestation avant que le principal accès à Internet soit coupé.

Par ailleurs, le poète birman Saw Wai a été condamné par la même juge à deux ans de prison pour avoir publié un poème de la Saint-Valentin contenant un message codé critiquant le chef de la junte. Le poème intitulé "14 février" a été publié dans l'hebdomadaire populaire Achit Journal (Love Journal). Lus verticalement, les premiers mots de ce poème en birman forment la phrase "Le généralissime Than Shwe est fou de pouvoir". Connu pour ses poèmes romantiques, Saw Wai a été arrêté le 22 janvier 2008 par des militaires, au lendemain de la publication du poème.

2 000 PRISONNIERS POLITIQUES

L'organisation Reporters sans frontière et la Burma Media Association se sont déclarées "révoltées" par ce "verdict écœurant", "qui vise à effrayer tous les Birmans cherchant à échapper par le Web au contrôle ubuesque sur l'information imposé par la dictature". Les deux organisations ont appelé les blogueurs du monde entier à "témoigner de leur solidarité avec Nay Phone Latt, en affichant sur leurs blogs sa photo et en s'adressant aux ambassades de Birmanie à travers le monde pour demander sa libération".

La Birmanie compte plus de 2 000 prisonniers politiques, selon Amnesty International. En 1990, la LND d'Aung San Suu Kyi avait remporté une victoire écrasante à des élections pluralistes, mais les militaires avaient refusé de reconnaître les résultats et de céder le pouvoir, qu'ils détiennent depuis 1962.


vendredi 7 novembre 2008

PHARMAGUEDON



Le Pharmaguédon, la fin de la médecine, est pour bientôt !



Julianus Bezollus le Prophète vous aura prévenu.

Le temps s'écoule inexorablement jusqu'au moment final où la médecine sera plus nuisible que bénéfique à la santé.

Petit à petit les intérêts privés, commerciaux, financiers et industriels détruisent la médecine.

Médecins : vous croyez rendre service alors que vous nuisez à vos patients. Patients : vous pensez être soignés par la médecine alors qu'elle vous rend malade.

L'heure approche !!


Convertissez-vous ! Il n'est pas trop tard...

dimanche 2 novembre 2008

A Gilbert Debruyne, artiste peintre


15ème exercice - Tableau de Gilbert Debruyne
En le démontant pour le scanner, je redécouvre la dédicace : "A mon Docteur et ami que j'affectionne particuliereme"


Deux novembre. Jour des morts. Il pleut. Fait froid. Le décor est planté. Tout y est. Une brève à la radio : des gens à Lille se sont réunis au "carré des indigents" du cimetière pour se souvenir de ceux dont personne n'a gardé souvenir. Morts deux fois : dans leur corps et dans la mémoire des autres humains. Qui a dit que tout le monde était égal devant la mort ?

Alors je me suis rappelé Gilbert Debruyne. Mais il y avait aussi Noël Gambet, Jacques Aguerreber, Dominique Mangeterre, etc. Plus personne au monde ne pense à eux, ils n'ont jamais intéressé personne, même pas leur famille, même pas le jour de leur mort.

Gilbert Debruyne est mort. Je n'ai même pas su où, dans quel hôpital on l'avait transféré. Gilbert Debruyne était fou, malade, diabétique, aveugle. Et un jour il est mort. C'est le malade chez qui je suis rentré le plus souvent précédé par les pompiers, la police que j'appelais. A chaque fois qu'il n'ouvrait pas je me disais qu'il était mort. Mais non, il vivait encore, dans le coma, comme à chaque fois. On l'hospitalisait, il ressortait jusqu'à la suivante. Il lui restait deux relations non conflictuelles avec le monde : l'infirmier psy du secteur, Serge, et le docteur Bezolles.

Gilbert Debruyne peignait à l'époque où il voyait, vivait, avait une femme, fille, famille. Et puis il avait arrêté.

Ce matin de décembre, crachin, comme dans les films, l'entrée de l'immense cimetière de la ville, je suis là, je pèle de froid. Dix heures. Arrive le corbillard d'où descendent les deux croque-mort. C'est l'association tutélaire qui a payé les frais. Je les salue. Au bout de dix minutes, ils s'impatientent. "Bon qu'est ce qu'on fait docteur ?" - "Ben, je sais pas. Si vous êtes pressé, y a qu'à y aller... Donnez-moi cinq minutes, s'il vous plaît." J'ai compris qu'on serait seuls. Je cours jusqu'au fleuriste en face acheter pour dix euros de fleurs. Ca passera en frais professionnels. Ca fait drôle. Dans quelle rubrique je vais les faire passer. Et puis non, je les paye moi-même, colère, personne d'autre que moi paiera ces fleurs. Je reviens en courant avec les fleurs. "On peut y aller".

Le corbillard avance dans les allées, se perd jusqu'au carré des indigents, là où il y a des croix en bois, jamais plus vieilles que deux ans. Je suis derrière. C'est trop con. J'appelle Serge sur mon portable : "Serge ? C'est le docteur Bezolles. Je suis au cimetière pour l'enterrement de Gilbert Debruyne. Y a que moi ! Même la tutelle est pas venue." - "J'arrive", dit Serge.

Il arrivera trop tard. Il s'est trompé de porte d'entrée. Je le rejoins là-bas. Quelques larmes dissoutes dans la pluie, partagées avec lui à la sortie du cimetière, la colère, l'épuisement de la lutte pour que ce patient ne meurt pas tout à fait comme un chien; le sentiment quelque part d'avoir sauvé l'honneur du genre humain. On se serre la main lentement, longuement comme une étreinte. Il en restait une de larme.

samedi 1 novembre 2008

Médecine et dépendances


Le pire c'est qu'il n'est pas pire que les autres. Il serait même dans la bonne moyenne des généralistes. Il tient un dossier médical informatisé, son cabinet médical est propre, en bon état et fonctionnel, il y a de l'eau dans sa salle d'examen pour se laver les mains, les WC fonctionnent, les tarifs sont affichés, il prend les patients à l'heure avec son sourire. Signe de son souci de qualité : il a même des brassards de taille différente pour son tensiomètre qui est à mercure. Il reçoit environ 30 personnes par jour, ne fait quasiment pas de visite à domicile.

Tous les soirs il envoie par internet ses feuilles de soins électroniques à la sécu et les statistiques de son activité aux laboratoires pharmaceutiques (par l'intermédiaire d'IMS Health, activité pour laquelle il reçoit des bons d'achat). J'ai même eu la surprise de découvrir qu'il était abonné à Prescrire en voyant arriver le dernier numéro par la poste, entre des exemplaires de Pornorama du Médecin et Infect Médecine. Mais où sont les autres numéros de Prescrire ? Pas dans son cabinet en tout cas. Sans doute les conserve-t-il chez lui, là où sont les choses importantes... Il ne reçoit qu'un VM par jour sur rendez vous sauf le lundi, soit 45 X 4 = environ 180 par an, depuis 17 ans qu'il est installé, ce qui est en dessous de la moyenne nationale.

Pas pire que les autres, je vous dis.

17 ans de VM, ça vous marque un généraliste. Enfin quand je dis marque... Il faut faire le tour de son cabinet pour se rendre qu'elles sont là les marques. Et encore, j'ai pas ouvert les tiroirs, et manifestement, il doit faire le ménage régulièrement.

Je n'ai pas compté non plus les brochures, les CD rom et les livres médicaux sur les rayons de sa bibliothèque, celle où je n'ai pas vu les numéros de Prescrire qu'il reçoit. La majorité de ces publications sont des cadeaux des représentants de commerce des labos, ou contiennent des pubs de médicaments. J'y ai retrouvé par exemple l'excellente publication du pathétique collège national des généralistes enseignants, vous savez ceux qui prennent du plaisir à se faire trainer dans la boue (c'est une autre expression, plus crûment intérieure, qui m'est venue à l'esprit) par les hospitaliers-universitaires en espérant qu'un jour on leur accordera un strapontin universitaire pour pouvoir mettre professeur sur leurs ordonnances et leur plaque. Je parle de l'excelllent opuscule nommé "Décider pour traiter"... Une compilation commentée de quelques essais cliniques utiles soi-disant à la pratique médicale.
Vous connaissez pas l'histoire ? Je vous raconte l'espace d'une parenthèse, ça vaut son pesant de turpitude. Cette publication existait en deux versions : une version intégrale que vous pouviez acheter à un prix dissuasif pour un médecin normal à qui tout est gratuit grâce aux labos, et une version expurgée que vous offrait généreusement le VM du laboratoire qui la finançait. Cette version labo était oportunément censurée des essais cliniques qui mettaient à mal les médicaments que vendait cette firme (Sanofi, mais je n'en suis plus sûr). Mais le CNGE ne reculant devant aucune hypocrisie mettait à la disposition gratuite des enseignants généralistes (voir ce terme dans le Dictionnaire bête et méchant) un supplément contenant les articles censurés dans la version commerciale, accompagné d'un courrier pitoyable d'un responsable de cette structure tentant de minimiser la honte.

Notre médecin-pas-pire-que-les-autres, n'ayant pas le bonheur d'être enseignant généraliste et préservant ainsi ses hémorroïdes, ne détient donc dans ses rayonnages que la version pharmaceutiquement correcte de cet opuscule offert par le VM de service, ce qui lui permet donc d'avoir accès à une information sélectionnée au mieux des intérêts industriels. Mais qu'on se rassure, manifestement il n'a pas consulté régulièrement ce livre.

Fermons la parenthèse et revenons à nos marques.

Je me suis donc amusé, si on peut dire, à noter toutes les traces des labos visibles dans son cabinet. Je vous invite à ne pas lire la liste complète de ce qu'il faut bien appeler des défécations commerciales qui parsèment ce lieu de soins, surtout si vous maîtrisez un minimum d'informations sur les ravages sanitaires que provoquent la présence des firmes pharmaceutiques dans le soin. Vous risquez de vous faire du mal.

Contentez vous simplement de contempler la taille de la liste. Une bonne énumération vaut mieux qu'un long discours.

Dans un prochain post, je vous communiquerai quelques ordonnances de ce médecin, et alors vous n'aurez besoin que d'un esprit aussi tordu que le mien pour faire le lien entre ce qui encombre son cabinet et ce qui encombre les ordonnances de ses patients.

Vous êtes prêts ? C'est parti.

D'abord le support, ensuite le nom du labo, enfin le nom du médicament. L'ordre est celui de la visualisation.

On commence par ce qui est sur le bureau du médecin ou à sa proximité directe.

  • Stylo - Boehringer - Protection PLus
  • Tapis souris - Sanofi aventis - Ketek
  • Post-it - Astrazeneca - Zomigoro
  • Carnet - Pfizer Novartis - Exforge
  • porte-cartes de visites - MSD - Singulair
  • Tampon encreur - Altana - Eupantol
  • Boite plastique - ? - Tahor 10
  • Calendrier - Bristol Myers Squibb - Pravadual
  • Boite de mouchoirs - GSK - Infanrix Quinta
  • Carte de diabétique - Pfizer - Ozidia
  • Aiguilles dextro - Johnson et Johnson - Lifescan
  • Disque de grossesse - Bristol Myers Squibb - Fungizone
  • Règle créatininémie - GSK - Arixtra
  • Règle pour la sensibilité neurologique - Roche - Apranax
  • "Palette des saveurs" - Abbott - Ensure
  • fiche poso - Upsa - Skenan
  • Guide antibiotiques - RPR Spécia - Pyostacine
  • Atlas de surface corporelle - Léo - Daivobet
  • fiches poso - ?- Moscontin Sevredol
  • guide biologie - Upjohn
  • guide marqueurs tumoraux - Cis Bio International
  • Fiches hépatites - SOS hépatites
  • Fiches poso - Janssen Cilag - Durogésic
  • Fiches poso - BMS - Skénan LP
  • "Guide de l'insertion" - Sanofi - Tranxène
  • guide de prescription - aventis - Lovenox
  • guide insulinothérapie - Lilly - Humalog
  • guide du traitement du diabète - Lilly - Byetta
  • Laits maternisés - Milupa
  • Autocollants posologie - Léo - Innohep
  • porte-stylo - ? - Ciblor
Maintenant le reste du cabinet de consultation :

  • loupe - ? - Mizollen
  • horloge de bureau - ? - Tavanic
  • tableau anatomie - Ménarini
  • tableau migraine - Ménarini
  • 7 tableaux anatomie articulaire - Novartis
  • boite abaisse langue - Novartis - Loxen
  • METRE RUBAN SANS MARQUE !!!!!!
  • lampe - Procter et Gamble - Cacit D3
  • lampe - sanofi-winthrop - Maxilase
  • tableau grains de beauté - Schering
  • boite abaisse langue - Pharmadent - Paroex
  • boite compresses - Thérabel - Nexen
  • Spray sérum physiologique - Urgo - Urgotul Duo
  • lingettes - Solvay - Teveten
  • boites spéculum oreilles - Servier - Daflon
  • marteau réflexe - ? - Doliprane 1000
  • marteau réflexe - ? - Fortzaar
  • monofilament - logo de médicament non identifié
  • pied à coulisse pour mesure dermato - ? - Diprosone
  • lingettes - GSK - Naramig
  • Carte des zones de paludisme - GSK - vaccins maladies tropicales
  • porte sparadrap - sanofi aventis
  • fiche ostéoporose - Lilly
  • spéculum nasal - ? - Nasonex
Soit : 54 objets commerciaux exposés directement à la vue dans un cabinet de moins de 20 mètres carrés. Sans compter, je le redis, les publications papier ou électroniques.

Je vous disais que c'était un médecin-pas-pire-que-les-autres et au contraire. En effet :
  • Je n'ai rien vu dans la salle d'attente venant des firmes, sauf des brochures "voyages à l'étranger " signées du labo GSK.
  • Son stéthoscope, son tensiomètre ne portent pas d'autres marques que celles du fabricant.
  • Je n'ai pas vu de publicité sur ses ordonnanciers autres que celles du fabricant
  • Son logiciel médical n'a pas de publicité (à part le fait d'être branché sur le Vidal qui est un annuaire publicitaire).
Pour la bonne compréhension de ce post, il me semble utile de rappeler que :
  • selon l'article L 4113-6 du code de la santé publique, il est interdit aux médecins de recevoir des cadeaux et aux labos d'en donner. L'ordre des médecins tolère les cadeaux de valeur négligeable (moins de 30 euros) et utiles à la pratique.
  • la remise d'échantillons de médicaments est interdite.
  • aucune étude n'a jamais démontré que les cadeaux de petite taille sont moins efficaces que les gros pour influencer les récipiendaires. Au contraire, la psychologie sociale montre que les petits cadeaux endorment plus facilement la vigilance que les gros et inconsciemment influencent davantage. D'ailleurs si ce n'était pas le cas, pourquoi les labos parsèmeraient-ils les cabinets de tous ces gadgets ?
  • l'article 5 du code de déontologie médicale dit : (article R.4127-5 du code de la santé publique) Le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit.
  • les médecins et leurs responsables (voir par exemple les déclarations de Bernard Ortolan, président du conseil national de la formation médicale continue, qui se répand sur des sites de laboratoires pharmaceutiques) restent pour leur immense majorité persuadés, en vertu de la grâce sanctifiante du serment d'Hippocrate (voir ce terme dans le dictionnaire bête et méchant), qu'ils sont capables de "faire la part des choses" et ne sont pas influençables.
Le problème c'est pas l'aliénation de l'indépendance des médecins, c'est surtout les conséquences sur la santé et les soins de ceux qui leur font confiance.

Patients : ne tombez pas malades si vous voulez rester en bonne santé !

mardi 28 octobre 2008

La Voix de son Maître



Libre création inspirée ce matin par les propos sur un forum Internet d'un généraliste syndicaliste, responsable de formation médicale, vacataire à temps perdu de l'industrie pharmaceutique, qui se la joue leader d'opinion.

samedi 25 octobre 2008

DICTIONNAIRE MÉDICAL BÊTE ET MÉCHANT (comme son nom l'indique)

DEUXIEME PARTIE

Accéder à la première partie.



AFFECTION DE LONGUE DUREE (ALD) :

Une affection durable qui laisse de marbre

Maladie qui garantit le malade qui en est atteint et le généraliste qui tente de le soigner d'une affection durable de la part de la sécurité sociale. Cette affection sécuritaire et néanmoins sociale s’exprime sous les formes variées et non moins attentionnées de contrats, engagements, contrôles inopinés et tâtillons, recommandations variables selon la tendance du marché, entretiens confraternels, paperasses, menaces , etc..
Souffrir d'une ALD est une mauvaise nouvelle très souvent mal supportée.

ALZHEIMER (Aloïs) :
Médecin allemand (1864- 1915) inventeur à ses heures perdues du cerf-volant. Par extension et déformation, nom donné à une maladie qui provoque un ralentissement cérébral.

ANTIGENE :
Pratique hédoniste mise au point par les épicuriens qui pensaient que "là où il y a du gène y a pas de plaisir". L'utilisation d'antigène permettait de faire repartir des relations humaines refroidies. Plus tard les travaux d'Axel Kahn ont montré que si le gène n'était pas source de plaisir, il pouvait par contre être source de reconnaissance humaine et matérielle.

BETA BLOQUANT :
Personne stupide provoquant un état de sidération chez son interlocuteur.

BETA BLOQUE :
Personne dont la stupidité entraîne chez elle un état d’inhibition interne à l'origine de ralentissement du transit : "Il est con c'type, eh ! Il serait pas bêta bloqué ?"

CHOLEDOQUES :
Employé au pluriel, organismes de formation médicale continue auxquels un malade souhaite renvoyer son médecin quand il le soupçonne de l'avoir mal soigné : « Retourne à l’école, eh, doc ! »

CIRRHOSE :
1 - Réponse à la question de chimie organique du concours de première année de médecine : «Combien y a-t-il de roses dans un sac à roses ? »
2 – Selon le grand professeur Marcel Gotlib (R.A.B. tome 5) : machine servant à cirer les planchers. La meilleure marque étant la cireuse Dufoy.

La fameuse cireuse Dufoy


CLINIQUE (ta mère) :
Activité du médecin au lit d'un malade.
Variante : Clinique privée : activité tarifée du médecin au lit d'un malade.

COCKROFT (formule de) :

Méthode de masturbation masculine associant le port d’un cockring et la contemplation d’une image de Lara Croft. Chez les personnes très âgées ou obèses, l’utilisation de la formule de Cock-Croft peut entraîner des résultats inattendus (éjaculation rétrograde).

COL :
Se frotte s'il est de l’utérus , se casse s'il est du fémur , se remplit s'il est à puce cardio-vasculaire, comble des rides s'il est à gène, se grimpe avec de l'EPO (voir ce terme) s'il est du Lautaret.

COMPLIANT :
Se dit d'un malade qui se soumet sans discuter aux prescriptions du médecin. Peut s'écrire en deux mots. Termes équivalents mais moins suggestifs : malade observant, malade éduqué à une bonne gestion de sa maladie, etc.
syn : bon malade (pour le médecin, la sécu, les firmes pharmaceutiques).
Parallèle historique : "Un bon indien est un indien mort" (improprement attribuée au Général Custer)

CONDRY (Victor Maximilien Antoine-Marie de Chatonnay, duc de) :
(1794-1858) Célèbre romantique affabulateur français du 19ème siècle. Victor de Condry, de son vrai nom Marcel Chombier, était cité par Charcot lors de ses célèbres conférences à la Salpêtrière comme l’exemple même de la mythomanie : « Il était mytho Condry », expliquait-il. Ce à quoi Freud, qui était présent, rajoutait facétieux : «Il ne manquait pas d’air !». Ces échanges de haut niveau scientifique sont restés pour désigner des organites prétentieux responsables de la respiration cellulaire qui se prennent parfois pour le noyau de la cellule.

COW-BOY (enculation de) :

Méthode diagnostique douloureuse, couramment usitée jusque dans les années 60 pour le diagnostic de la tuberculose. Examen encore pratiqué pour certaines maladies rares ou dont le diagnostic est incertain.
On encule beaucoup moins de cow-boys qu’avant, du fait du développement de tests sanguins plus efficaces, de l’épidémie de sida, et de la raréfaction des sujets volontaires.
Que ceux qui ont compris le jeu de mots m'écrivent, ils recevront toutes mes félicitations.

CMU : Couverture Maladie Universelle :
Tous les hivers le Samu social offre aux personnes à la rue une Couverture de survie. De la même façon la Couverture Maladie Universelle permet aux malades qui la reçoivent de rester plus au chaud dans la merde.
Pour certains médecins, généralement en secteur 2, acronyme leur permettant de trier dès le premier contact les vrais malades qui relèvent du rendez-vous dans leur cabinet feutré, des simulateurs qui sont à adresser directement aux urgences hospitalières de l’abominable Pelloux ou à renvoyer au cabinet nauséabond du pitoyable Bezolles d’où ils n’auraient jamais dû sortir. Lire également sur ce blog le post : "Ca commence par les pauvres".

DECHET MEDICAL :
1 – Produit de l’activité médicale nécessitant une élimination spécifique.
2 – Pour un confrère (voir ce terme) élu d'un ordre départemental des médecins (voir ce terme) à l’issue d’une soirée arrosée de labo : tout patient bénéficiaire de la CMU (voir ce terme) – hélas authentique.

DIEU :
Entité surnaturelle ne se prenant pas pour un médecin (voir ce terme).

DIVA MEDICALE :
Médecin des medias.

DIVAN MEDICAL :
Support d’examen clinique (voir ce terme).

DIVERS MEDICAL :
Médecin généraliste (voir ce terme).

DROME :
Ermite ayant vécu au 5ème siècle près de Valence sur les bords du Rhône qui était consulté par les malades pour la justesse de son diagnostic. Canonisé au 14ème siècle, saint Drôme est couramment invoqué par les médecins pour décrire les signes des maladies.

EMETIQUE :

Classique demande de fin de consultation de la part d’un patient qui vient de passer un week-end dans les forêts du Tyrol et qui a vu sur Internet un article sur la maladie de Lyme.

EPO :
Carburant sportif.

ERYSIPELE :

Au Moyen Age, certains hérétiques se mortifiaient sévèrement avec le silice (photo), ce qui avait pour effet d’irriter fortement leur peau. Ils pensaient ainsi arriver directement au paradis sans passer par le purgatoire. Lorsque deux hérétiques se rencontraient, ils se saluaient en exhibant leur peau irritée et désquamée par le port du silice, et en disant : «Frère, l’hérésie paye ! », ce à quoi l’autre répondait parfois avec humour : « Frère, l’hérésie pèle, surtout ! ». Ce qui explique de nos jours l‘orthographe incertaine de ce mot.

GENERALISTE (MEDECIN) :
Professionnel de santé, équivalent de la femme dans une entreprise.
Fait le sale boulot, n'arrive jamais aux postes de décision, est toujours moins bien payée à travail égal, le patron lui fait croire tous les ans qu'elle va être revalorisée et que son travail est indispensable à la réussite de l'entreprise, subit le harcèlement du DRH qui lui promet une augmentation si elle continue à se faire baiser en faisant croire qu'elle aime ça. Son syndicat à qui elle se plaint, lui dit que tout ça c'est des histoires de bonne femme, qu'elle n'a pas de preuve, et qu'il y a des choses plus importantes à s'occuper (par exemple gérer le comité d'entreprise et ses œuvres).

GENERALISTE ENSEIGNANT :

Médecin généraliste (voir ce mot) équivalent universitaire de la victime de violences conjugales.
Maltraité depuis le premier jour de sa présence par son seigneur et maître hospitalier, croit toujours ses promesses qu'il va changer et que tout va s’arranger, est chaque fois humilié davantage, et n’ose pas le quitter à cause des enfants qu'il a pourtant fait avec d'autres.

GLEACKEY :
Branche cadette de la famille irlandaise des O’Globeen (voir ce nom) qui aurait essaimé en Amérique du Nord au 18ème siècle et se serait spécialisée dans la fabrication de confiseries.
Jaime (prononcer à l’anglaise et non à l’espagnole) O’Globeen-Gleackey serait l’inventeur d’une méthode de titration du sucre dans les bonbons qui porte encore son nom. Le dosage de Jaime O’Globeen-Gleackey a été adapté par la suite à la surveillance des diabétiques.

HAUT-GINAUD (Château) :
Premier grand cul déclassé, élaboré selon une méthode originale de vendange, reposant sur une observation précise de la lune et de ses variations. La méthode Haut-Ginaud, maintenant dépassée, a fait l’objet de débats passionnés lors de repas de labos arrosés du même picrate.

HIPPOCRATE de COS :

Médecin nationaliste et raciste de l'antiquité grecque, ayant refusé de soigner le roi perse Artaxerxès sous le prétexte qu’il n’était pas grec, malgré les supplications et les cadeaux somptueux apportés par ses émissaires.
La déontologie médicale ayant heureusement évolué, les médecins modernes, après avoir prêté son serment (voir ce terme), acceptent maintenant les cadeaux mais continuent encore pour certains à refuser de soigner les étrangers.

HIPPOCRATE (serment d’) :
Formule magique prononcée par le nouveau médecin devant ses pairs lui conférant la Grâce médicale. On peut voir parfois au moment de la prestation du serment la Grâce descendre sur jeune impétrant sous la forme d'une accorte Vestale Médicale (alias VM).
Par le serment d’Hippocrate, le médecin accède au statut de demi-dieu, possède définitivement tout connaissance médicale, se trouve totalement protégé de toute tentation, influence ou corruption, acquiert la capacité de se dévouer corps et âme à ses malades, dans le plus pur altruisme débridé.
Un tel sens du sacrifice ne peut trouver sa récompense à travers les viles bassesses de la reconnaissance pécunière, certes non mon dieu quelle horreur, mais simplement à travers l'hommage ému que lui rendent les humains confits de reconnaissance après avoir été sauvés, à travers les très justement nommés honoraires.

HOMEOPATHIE :

A l’époque coloniale, les instituteurs d’Afrique Occidentale Française étaient en charge d’inculquer aux petits africains les fondements bienfaisants de la civilisation française et occidentale. C’est ainsi qu’au fin fond de l'ex-Dahomey, les enfants apprenaient que leurs ancêtres étaient les Gaulois.
Un soir, sous l’arbre à palabres, les enfants du village de Tokombéré s’amusaient à rejouer devant les anciens du village, les enseignements reçus l’après-midi de leur instituteur, Monsieur Charolas. Ce jour là, il leur avait raconté l'histoire mythique de Roméo et Juliette.
Au moment de la scène cruciale où Juliette s’effondre en pleurs tandis que Roméo s’éloigne pour aller rejoindre Mélisande qui l'attend au Mac Donald's, les enfants s’écriaient alors à l'unisson : « ‘Oméo pa’ti ! ‘Oméo pa’ti !» Et toute l'assistance éclatait de rire.
Le hasard fit qu'était présent ce soir là un certain Samuel Hahnemann, médecin allemand, qui parcourait l’Afrique à la recherche de techniques de médecine traditionnelle africaine, pour élargir son arsenal thérapeutique et avoir des raisons de pratiquer à son retour en Europe des dépassements d’honoraires avec tact et mesure.
Il fut ému par cette soirée simple passée sous les baobabs en fleurs et, chaque fois qu’il se repassait la video dans sa chambre d’hôtel, il ressentait comme un ineffable bien-être. De retour dans son pays, il mis au point une technique de relaxation à qui il donnera le nom d’oméopati en souvenir de cette paisible soirée africaine. Par la suite, certains de ses disciples, cuistres prétentieux, donneront une allure pseudo-scientifique à ce nom en lui rajoutant des h un peu partout, et en transformant cette méthode en une pratique charlatanesque propre à enrichir ceux qui en profitent.

HOSANNAH ! :
Avant la découverte des premiers antituberculeux, cri de satisfaction que poussaient les pneumo-phtysiologues lors du diagnostic d'une tuberculose chez un malade. Les tuberculeux étaient alors envoyés au sana.

HUS (Anne et Prolapse) :
Célèbre couple d'amoureux du Moyen-Age réputé avoir eu une activité sexuelle considérée à l’époque « contre nature », condamnés pour cette raison au supplice du pal en 1427 par la Sainte Inculation. Selon la légende, seule Anne aurait été suppliciée, Prolapse Hus ayant réussi à s’extérioriser au dernier moment dans des circonstances restées mystérieuses.

LIPOSUCCION :
Fellation pratiquée sur un hippopotame. L'animal se laisse d'autant plus faire qu'on lui fait croire que ça va lui faire perdre du poids. En réalité, engraisse surtout l'auteur de l'acte (voir : médecine esthétique).

Scène champêtre de l'hippo succion


MALADE :
Pour les médecins : support plaintif et pénible de pourtant si belles maladies. Syn. : ingrat.
Pour la sécu et ceux qui nous gouvernent : assujetti irresponsable.
Pour l'industrie pharmaceutique : marché.

MEDECIN :
Entité naturelle se prenant pour un dieu (voir ce terme).


Visite médicale dans un CHU (le malade est à gauche, le chef de service à droite entouré de son petit personnel)

MEGALOMANE :
Agamateur de mugasique. Syn.: professeur de CHU

MEMBRE FANTOME (syndrome du) :
Pratique de bizutage heureusement révolue qui consistait à recouvrir la verge d’un carabin d’un linge blanc tout en lui introduisant dans l'anus un objet contendant. Sous l’effet de la douleur l’étudiant s’écriait : « Hou ! hou ! », ce qui laissait croire qu’il s’agissait d’un membre fantôme.
Depuis la loi 98-468 du 17 juin 1998, le bizutage est un délit pouvant entraîner jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 15000 euros d’amende, auquel je rajoute tout le mépris dont je suis capable vis-à-vis des connards qui le pratiquent, des profs et des responsables éducatifs qui le tolèrent voire l’encouragent, des bizuts qui le reproduisent.
Sur la longue route de la négation de l’humanité qui mène aux exterminations massives, le bizutage n'est pas la plus petite étape.
http://contrelebizutage.free.fr/
http://www.sos-bizutage.com/

OBESE :
Question vulgaire posée par un chirurgien mal dégrossi à une visiteuse médicale un peu ronde à l’issue d’une soirée de labo bien arrosée sur les techniques de gastroplastie, en la raccompagnant chez elle pour un dernier verre : « Alors, obèse ? »

O’GLOBEEN :

Famille irlandaise ayant émigré dans les Carparthes lors des persécutions anglaises du 17ème siècle. Les O’Globeen ayant fait souche, une descendante de cette famille aurait été la maîtresse d'un certain Comte Dracula qui la poursuivait de son assiduité dans les couloirs lugubres de son château en lui disant : « Je t’aime O’Globeen ! ». Cette histoire d’amour semble s’être terminée dans le sang. Voir également : Gleackey.

PANCRACE :
Epreuve de lutte pratiquée durant les jeux olympiques de l’antiquité par des diabétiques. Le vainqueur du pancrace recevait l'organe du même nom prélevé sur des esclaves spartiates spécialement élevés à cette fin.
Le diabétique vainqueur de l'épreuve à qui était attribué le pancrace de l'ilote devait le dévorer frais et voyait inexplicablement sa vie prolongée jusqu'aux prochaines olympiades. Ce miracle était attribué au dieu Languêros, adjoint d'Æsklapios pour les pathologies métaboliques (voir ce terme), dont les prêtres ne manquaient pas de se sucrer au passage.
Les ilotes élevés pour leur pancrace étaient consacrés à ce dieu et appelés : "ilotes de Languêros".

Lutte entre diabétiques pour l'obtention du pancréas de l'ilote. Dans le cadre du rationnement des soins, cette lutte pourrait revenir en usage entre assurés sociaux. A gauche et à droite les deux arbitres : Sekusocialos et Bigpharmos.

PENICENTIERE (Médecine) :
Pratique de l’émasculation à urêtre conservé (voir ce mot).

PMI : Protection Maternelle et Infantile :
A l'origine, service hygiéniste d’éducation des pauvres. Actuellement police sanitaire en charge du darwinisme social (cf. loi du 5 mars 2007).
Accessoirement activité occupationnelle pour médecins conjointes de médecins libéraux leur permettant :
- de placer les enfants des pauvres et d'expliquer à leurs amies du Cercle à quels point leurs parents sont des fainéants, boivent, fument, vivent de l'assistance, ont de grosses télés, etc.
- d’aller chercher leur enfant à 16 heures en quatre-quatre (voir ce mot) à la sortie de l’Institut des Sœurs du Saint-Prépuce, une fois la journée terminée.
- d'avoir un revenu d'appoint, pour ne pas dépendre que de leur mari, tout de même quoi.

PORTEFEUILLE :
Organe vital dont les connaissances sur l'anatomie, la physiologie, les maladies et leurs traitements sont également maîtrisées par tous les spécialistes (voir ce terme) d'organe.

PRESCRIRE (La revue) : (Complément à la définition précédente)
Soucieuse de mettre à la disposition de ses abonnés, afin de faciliter leur exercice quotidien, les dernières avancées en matière de technologies de l'information, les numéros de la revue Prescrire sont maintenant disponibles sous deux supports :
- marbre gravé pour le cabinet médical, afin d’avoir à sa disposition des données solides.
- parchemin huilé, pour les visites à domicile.
La version typographiée sur papier est prévue pour 2025.
La version électronique pour le troisième millénaire.

La revue Prescrire - édition originale


QUATRE-QUATRE :

Avatar automobile de l’hémorroïde puisque selon la rumeur tous les trous du cul finissent par en avoir. Un simple examen clinique (voir ce mot) permet assez aisément de les différencier, le porteur de quatre-quatre ayant davantage tendance à l’extérioriser voire à l’exhiber que la banale hémorroïde.

Hémorroïde extériorisée


ROHIDES (Archipel des) :
Ensemble d’îles de l’océan Pacifique, situées entre les atolls de Bourra-Bourra et de Mono-Nikeki. C’est dans cet archipel que se déroule «l’Ile de la Tentation », émission bien connue de téléréalité. Pour inciter des trous du cul à y participer, les producteurs leur font croire que le séjour dans ces îles favorise les relations sexuelles car, selon eux, on s'aime aux Rohides.

Casting de l'Ile de la tentation, un candidat peaufine son book


SDF (sans définition fixe) :
Caractérise une maladie ou un syndrome variable selon l'état du marché du médicament .
Exemples : le syndrome métabolique, le diabète, l’hypertension artérielle, la dysfonction érectile, le trouble bipolaire (voir ce terme), le trouble anxieux généralisé, le syndrome des jambes sans repos, etc.
La maladie SDF s’inscrit dans la grande famille du disease-mongering, alias façonnage des maladies, alias Knock Syndrome (définitions à venir).

SPECIALISTE :
Médecin soignant les maladies d’un organe ou d’une fonction du corps humain. Par exemple, le cœur est soigné par le cardiologue, les nerfs par le neurologue, les rhumes par le rhumatologue, l’estomac par le stomatologue, les intestins par l’interniste, les radios et autres appareils électroménagers par le radiologue, les bobos du 16ème par le bobologue, etc.
Les visiteuses médicales (voir ce nom) et le portefeuille (voir ce nom) sont pris en charge par l’ensemble des spécialistes, sans différenciation.

TRAVAIL (médecin du) :
En Corse, spécialiste de cette maladie.

TROUBLE BIPOLAIRE :
Nom commercial de l’ancienne psychose maniaco-dépressive.
Pour l’industrie pharmaceutique et ses psychiatres dealers d’opinion (voir ce terme) le terme de psychose est trop chargé négativement pour être porteur en terme de marché, et celui de maladie trop réducteur.
Le « trouble », lui, peut atteindre l’ensemble des humains et s’appliquer aux situations courantes de la vie quotidienne. Qui ne se sent en effet troublé ou ne ressent alternativement tristesse et gaieté au cours d'une même journée ? Ainsi le trouble bipolaire est progressivement étendu aux colériques, soupe-au-lait, émotifs, etc., au fur et à mesure des actualisations du DSM, manuel de psychiatrie de l'American Psychiatry Association qui fait autorité dans le monde. La prochaine édition, prévue en 2012, permettra ainsi de faire maléficier la population la plus large des derniers neuroleptiques « atypiques » commercialisés.

URETRE (verbe auxiliaire) :
« Urêtre ou pas urêtre ? » : question existentielle posée par le maître châtreur au postulant eunuque avant son entrée au Grand Gynécée.

VIOXX° :

Nuages du Vioxx et de Tchernobyl. Ou l'inverse.

Tchernobyl de la médecine.
Le 30 septembre 2004, un rapport de la FDA révélait que près de 30000 décès d’origine cardiovasculaires étaient attribuables au rofecoxib commercialisé en 1999 dans le monde entier sous le nom de Vioxx° par le laboratoire Merck. Le même jour, le laboratoire, retirait son produit du marché, arguant de la défense de la santé publique, en réalité de celle de ses actionnaires.
Dès sa mise sur le marché, les risques cardiovasculaires de cet antiinflammatoire de la classe des coxibs étaient suspectés, puis confirmés. Dès 2000 en France les lecteurs de la revue Prescrire (voir ce terme) étaient informés de l’absence d’intérêt de ce produit par rapport aux autres antiinflammatoires existants et de son risque cardiovasculaire augmenté. Ceux qui se sont abstenus de prescrire ce médicament sur la base de ces informations ont protégé leurs patients, voire épargné des vies. Durant sa commercialisation, le fabricant du Vioxx° n’a eu de cesse, relayé par les médecins leaders d’opinion dont il s'était assuré les services, y compris en France, de taire, dissimuler, et falsifier les informations sur la dangerosité de ce produit. Les preuves ont été apportées lors des nombreuses plaintes déposées par les victimes du Vioxx°. Pour éteindre les quelques 26000 plaintes en cours aux USA, Merck a versé en 2008 près de 5 milliards de dollars d’indemnités aux victimes.
Le scandale du Vioxx° restera dans l’histoire de la médecine l’exemple tragique que la désinformation médicale et l’incapacité des professionnels de santé à s’en protéger, voire leur propension à la propager, peuvent tuer.
En France, exactement comme pour le nuage de Tchernobyl, les informations concernant les dégâts provoqués par ce médicament largement promu et prescrit à l’époque n’ont pas été rendues publiques, et l’étude qui devait les mettre en évidence n’a jamais été achevée .
La morale de l’affaire du Vioxx° devrait être retenue par cœur et récitée chaque jour dans toutes les écoles de santé du monde :
« Tout contact d’un professionnel de santé préalablement non immunisé avec une firme pharmaceutique à travers ses représentants et ses outils de propagande (représentants commerciaux, leaders d'opinion, congrès et séances de formation, presse médicale, sites internet, etc.) est susceptible de nuire gravement à la santé des patients qu’il a en charge. »
Sources : revue Prescrire et site du Formindep.

WEISMAN-NETTER ET STUHL (maladie de) :
Evidemment, il s'agit d'une toxo-pachy-ostéose diaphysaire tibiopéronière. A ne pas confondre toutefois avec le syndrome malin de Glucksmann-Klakenberg-Fancosi qui est, comme chacun sait la forme fulminante de la maladie d’Arthus-Debré-Tognazzi.
NB : Un de ces noms existe vraiment.

A suivre ?

Accéder à la première partie