jeudi 24 septembre 2009

Securitate Sociale - Organiser la résistance

Plus de doute.

Depuis sa nouvelle gouvernance en 2004, la sécurité sociale a changé de bord.

Contrairement à La Poste ou à France Télecom, il n'y a pas eu besoin de changer de statut pour basculer du côté de l'économie de marché. C'est à dire l'univers où l'argent et le profit sont premiers et l'être humain devenu objet, variable d'ajustement comme disent les économistes.

Certains en doutent encore et ne veulent pas le croire. La souffrance est trop grande. Il ne s'agirait pas seulement d'un changement de bord, mais d'une trahison. Comment y croire ?

Pourtant les faits sont là. Petit à petit insidieusement, la culture du résultat, la priorité accordée aux chiffres avancent au détriment de l'intérêt des patients, de la santé publique...

Le dernier avatar de ce glissement dramatique est le CAPI, qui récompense médecins généralistes et médecins conseils en fonction de leur performance à prescrire selon des données non validée par la science, comme le dépistage du cancer du sein, ou à partir de référentiels dictés sous l'influence de l'industrie, comme l'a démontré le Formindep avec les recommandations sur le diabète.

Mais la dynamique totalitaire s'insinue subrepticement, comme un filet d'eau nauséabonde qui petit à petit élargit les failles dans le barrage de protection sanitaire que constituait la sécurité sociale, à l'époque où elle méritait son nom. Puis, un jour les fissures seront devenues trop grandes, et la construction va exploser, et le déferlement du système marchand sur les soins va pouvoir se faire.

Exemple de cette pourriture lente qui désagrège l'édifice, avec la complicité des médecins conseils de surcroît, cette lettre que vient de recevoir un ami généraliste (si, si, j'en ai encore !) de la part d'un de ces medcons.













La résistance, émouvante, que constitue sa réponse, suffira-t-elle ? Certes non, si une résistance globale et structurée ne s'organise, associant patients et les prolétaires de la médecine que sont devenus les généralistes. Mais cette résistance n'existe pas, les représentants syndicaux des prolétaires en question préférant continuer à lorgner du côté de ceux qui les maltraitent, dans l'espoir de ramasser les miettes qui tombent de la table ultra-libérale.

Au moins, ceux d'entre nous qui aurons résisté, pourrons nous dire, quand tout sera accompli, et que AXA, Sanofi et la Générale de santé auront fini de se partager le gâteau : "je n'en étais pas."

3 commentaires:

  1. AXA, Sanofi et la Générale de santé auront fini de se partager le gâteau, peut être aussi Médéric?

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  2. mon cher Julien que je lis toujours, les patients ne pensent pas en majorité que nous sommes devenus des "prolétaires de la médecine". S'ils l'avaient compris, eux aussi lâcheraient un peu la pression. Or celle ci vient de tous côtés,et nous on n'est pas sortis de l'auberge ... Me sors pas le coup du "faut savoir dire non", je dis non à longeur de journée et c'est ça aussi qui me fatigue. Allez ... il est samedi 13h15, je vais me coucher ;- ))
    tony

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  3. De quelle table ultra-libérale parlez-vous ?

    La Sécurité sociale est l'antithèse du libéralisme, il me semble. La lettre que votre confrère a reçue, et qui est effectivement scandaleuse, n'est qu'un symptôme tristement banal d'un monopole public inefficace, déficitaire, perclus de dettes, qui tente de compenser sa mauvaise gestion en se déchargeant de ses propres responsabilités sur autrui.

    Je vous suggère de consulter (pas médicalement...) des confrères suisses. Dans ce pays, le peuple s'est prononcé par référendum pour l'assurance-maladie privée, obligatoire, fournie par des assureurs privés mis en concurrence.

    Je ne connais pas tous les détails du système, mais, voyez-vous, cela m'étonnerait vraiment beaucoup que les médecins suisses reçoivent ce genre de lettre de la part d'un assureur privé... tout "marchand" qu'il soit... et précisément pour cette raison : un bon marchand fait bien son boulot, ou alors il disparaît au profit d'un concurrent mieux organisé.

    La Sécurité sociale ne risque pas de disparaître (jusqu'au jour inévitable où sa faillite ne pourra plus être retardée). C'est bien pourquoi elle se permet de traiter les médecins (et les patients) avec une telle arrogance.

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