vendredi 3 juillet 2009

La haine du pauvre




Les gens n'aiment pas les pauvres. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils le sont, pauvres, et qu'ils le restent. Parce que la société les détestent. Quand un pauvre devient aimable, un "bon" pauvre, alors c'est qu'il est sur le chemin de la rédemption, qu'il a appris comment se comporter pour attirer la condescendance des gens. Il est pas loin de « s’en sortir », comme on dit. Un bon pauvre est un pauvre suffisamment intelligent ou hypocrite ou les deux pour savoir ce qu'il faut faire pour ne plus le rester. Un bon pauvre a perdu suffisamment de sa dignité pour faire ce qu’on attend de lui. Un bon pauvre est un larbin.

Les vrais pauvres, ceux qui le restent, sont des mauvais pauvres, par définition. Un vrai pauvre sent mauvais, ne respecte pas les horaires du rendez vous, ne prend pas son traitement, ne s'exprime pas correctement, est ingrat, agressif, revendicatif, chiant et con. Le vrai pauvre vous dégueule sa honte et son humiliation perpétuelles. Un vrai pauvre sait que sa misère empêchera de toute façon que les choses se passent bien et alors il prend les devants pour que tout rate. C’est ça la dignité qui lui reste.

Le vrai pauvre sait qu'il restera dans la merde que la société prétende l'aider ou non, mais qu'après l'aide de la société, il aura l'humiliation en plus, car elle prétendra avoir des droits sur lui et lui reprochera de n'avoir pas fait ce qu'il fallait.

Le vrai pauvre n'est pas aimable. Non pas par choix ou par militance. Si le vrai pauvre est désagréable, ce n'est pas par une misanthropie délibérée face à une société injuste qui le rejette. Le mythe du pauvre façon Michel Simon dans "Boudu sauvé des eaux" est une imposture d'intello, un fantasme de bobo. Si le vrai pauvre est infréquentable, c'est simplement parce qu'il est pauvre, et que sa condition de réprouvé de la société, de génération en génération, en fait un étranger sur sa propre terre, exclu de tous les comportements et les règles sociales qui permettent de différencier ceux qui sont dans la société et ceux qui n'en sont pas.

Entendons nous bien, quand je parle de ces pauvres là, ceux dont personne ne veut, ni dans des écoles, ni dans des logements, et bien sûr pas davantage dans les cabinets médicaux et les hôpitaux, mais seulement dans les asiles et dans les prisons, je ne parle pas des pauvres provisoires, des pauvres de transition, ceux "tombés dans la misère", les "nouveaux pauvres" décrits par les sociologues de télévision. Non cette pauvreté là, et je parle pour en avoir tâté, est une pauvreté aimable, propre sur elle, bien de sa personne. Car cette pauvreté là, ma brave dame, on la connaît, on la touche du doigt, elle nous émeut même parfois, car on peut s'y identifier. Tout est là. Ca pourrait être nous, ou quelqu'un qu'on connaît. C'est celle de Jugnot dans "Une époque formidable".

Non, le pauvre haï, le vrai pauvre, c'est celui qui vit un vie tellement invivable qu’on ne peut pas s’y identifier. La vie du miséreux est inimaginable, repousse les limites du pensable. La vie de Selma, jouée par Björk dans le film Dancer in the Dark de Lars von Trier , où on se dit en sortant que là ça va vraiment trop loin, est largement en dessous de la réalité de la vie du miséreux. Alors, pour ne pas devenir fou soi-même, on n'a pas d'autre explication pour rendre supportable cette vision insupportable de la misère incarnée que de dire que c'est de sa faute, sa responsabilité : la paresse, l'alcoolisme, le manque de volonté de s'en sortir, le gaspillage de la générosité publique, etc. Le vrai pauvre a une grosse télé, un téléphone portable, continue à fumer, achète des bonbons pour ses enfants, profite et abuse, au lieu d'économiser, de chercher du travail, de suivre les conseils de l'assistante sociale, de la puéricultrice, de la dame d'oeuvre du Recours Catholique, du médecin.
Bref, tout est bon pour nous permettre d'oublier, de nier, que ceux qui sont dans la misère, ceux dont l'espérance de vie est celle du Mali alors qu'ils sont français de France au 21ème siècle, s'ils en sont là, on est nous, ceux de la société, directement et uniquement responsables, et que, prendre conscience de ça, c'est tout bonnement inacceptable pour tout être humain normalement constitué dont je me vante de faire partie. Le vrai pauvre, celui de la misère, celle qui dure, celle qui se transmet, celle qui s’aggrave, ne peut qu'en être l'acteur, le coupable, le responsable, le fautif. Le seul.

Dès que vous vous mettez à être ému par la situation sociale de quelqu'un, que par ce mouvement tellement égocentrique, tellement naturel, tellement humain, vous vous dites que ce qu'il vit, cet artiste, ce chômeur, ce précaire, ça pourrait être moi, ou un de mon milieu, un jour ou l'autre, alors vous pouvez vous dire que vous êtes devant un bon pauvre, un pauvre aimable, et que ce n'est pas le bon. Et vous allez pouvoir vous intéresser à lui, si vous avez un peu de temps bien sûr. Mais ce qui vous émeut, dans cette pauvreté à visage humain, ce n'est pas la souffrance de l'autre, c'est la votre propre, celle qui pourrait vous arriver un jour peut être et que toute ce que vous avez construit dans la vie, ce n'est pas pour vivre, c'est à dire prendre des risques, c'est pour se protéger, par peur de tout. C'est comme pour le Téléthon. C'est pas la souffrance de l'autre qui nous émeut et nous fait donner, c'est que ça pourrait être nous. Le Téléthon, c'est la lâcheté, l'égoïsme et l'individualisme érigés en valeurs humaines. Le véritable engagement c'est celui pour l'autre souffrant, quand sa souffrance est telle qu'elle lui a fait perdre toute figure humaine, qu'il n'y a plus aucune chance que nous nous identifions à lui, mais que malgré tout il reste un homme, intégralement. Hors de celui-là, tout engagement est pipé, biaisé, suspect.

Le vrai pauvre suscite la haine, l'incompréhension, le rejet, la peur. C'est celui là qui nous intéresse. Le vrai racisme, celui du quotidien, qui n'a pas besoin d'idéologie et de penseur, c'est celui de la classe sociale. Ce qui fait peur aux beaufs que nous sommes, ce n'est pas qu'il est noir, arabe, jaune, vert ou blanc, celui qui nous dérange, c'est surtout qu'il est pauvre. Vous avez déjà eu peur d'un fils d'ambassadeur africain du Vésinet vous ? Rama Yade, elle vous stresse ? Alors vous voyez bien que je suis pas raciste ma brave dame. Dès que Djamel Debbouze a eu sa première Porsche (gagnée honnêtement bien sûr et à la force de son talent) il est devenu tellement sympathique et surtout signe que la France (éternelle) remplit sa mission universelle d’intégratrion. Djamel Debbouze nous rassure. Mais si Mohamed est à la rue, avec Jean-Pierre, Kevin ou Farida, alors plus de distingo de race ou de couleur de peau : ce sont des fainéants et des parasites qui méritent pas tout ce qu'on fait pour eux.

Le vrai pauvre, le mauvais pauvre, suscite le rejet, le malaise. Il révèle en nous l'échec de notre système, de nos valeurs, de tout ce que nous portons et transmettons. Comment ? Il résiste à nos tentatives d'intégration, d'insertion, à notre bonté !! Mais c'est donc parce qu'il le veut bien ! Le vrai pauvre c’est celui qui nous met en échec, qui nous fait tout rater alors que nous pensons être bon. Le vrai pauvre rate tout, se plante tout le temps, et son échec infini éclabousse tout ceux qui sont en contact avec lui, quels qu’ils soient. La rencontre du vrai pauvre est insupportable, intolérable. Elle ne peut être qu’échec, et s’il y a échec c’est donc de sa faute puisque, moi, j’ai réussi.

Moi, médecin, pardon : docteur en médecine, savant par essence, j'ai passé tant d'années à apprendre à soigner tout le monde avec les outils de la meilleure médecine du monde. Comment peut on oser être en mauvaise santé ? Celui qui n'est pas en bonne santé, celui que je n'arrive pas à soigner, ce ne peut être parce que j'en suis incapable, parce que je suis incompétent. Ce ne peut être que parce qu'il ne veut pas se soigner bien sûr !! Salaud de pauvre... Sorti contre avis médical, absent au rendez-vous, ne prend pas son traitement, etc. ; et en plus réclame de ne pas payer sous prétexte de la CMU. Il ne prend pas mon traitement innovant suggéré par la visiteuse médicale en minijupe et en plus il ne me paye pas ! Qu'est ce que c'est que ce mec ?

Allez, dehors !

Enfin dehors, pas franchement, j'ai des principes quand même, je suis docteur, un peu d'éthique bordel. Oui, bien sûr je prends les CMU, bien que je sois libéral, confédéré, syndiqué et français, et qu'à ce titre je soigne qui je veux quand je veux parce que je le vaux bien.

Je les prends les CMU, oui, bien sûr, mais AAAttention ! exclusivement les CMU dressés, éduqués, propres sur eux, ceux qui mouchent leur nez, disent bonjour à la dame et s'excusent de demander pardon en faisant tourner dans leurs mains calleuses leur casquette poisseuse. Ceux-là je veux bien les soigner : le jeudi matin de 8 heures à 10 heures, parce qu'après y a pas trop de deux heures pour désinfecter la salle d'attente avant de recevoir mes secteurs 2 pour leurs injections de Botox, sur présentation de leur carte vitale ET de l'attestation papier à jour, avec une lettre du médecin traitant certifiée SS, datant de moins de deux mois. Parce que tu comprends Charles, pour ces personnes déstructurées qui ne font rien de leur journée, c'est es-sen-tiel de leur donner des repères stricts. Celui qui rentre dans le cabinet sans me saluer en disant "bonjour docteur", je me lève, je le regarde dans les yeux, et je lui dis en face : "Vous êtes sûr que vous n'avez rien oublié mon brave ?". Alors il commence à paniquer, tu verrais. "Non docteur... j'ai ma carte Vitale, mon attestation, ma lettre du médecin traitant..." J'attends alors cinq secondes sans le quitter des yeux et je lui dis : "Non, autre chose". "Je vois pas quoi", qu'il me répond de plus en plus flippé le mec. J'attends encore cinq secondes, et je lui dis : "Eh bien, mais la politesse cher monsieur ! Voilà quoi ! Vous êtes rentré dans mon cabinet sans me saluer !" Alors je te dis pas dans quel état il est le mec. Heureusement que je lui prends jamais la tension à ce moment là, dis donc !! Je peux te dire qu'il le refait pas deux fois ! Voilà, c'est ça qui compte Charles, leur donner des repères. Tu comprends ? Et s'il est pas content, il va voir ailleurs, c'est le libre choix du patient."

Alors tout ça pour dire quoi ?

Que le Fonds CMU s'est fendu d'un nouveau testing, qui a fait la une du Monde celui-là.
C'était pas comme le précédent, celui de mai 2006 que personne ou presque y avait fait attention, à part les médecins du CoMeGAS, puis le CISS, qui avaient saisi la Halde à cette occasion.

Le testing de 2006 disait que 40 % des spécialistes du Val-de-Marne refusaient de soigner les patients bénéficiaires de la CMU. Celui de 2009 montre que 25 % des médecins de Paris continuent à refuser les bénéficiaires de la CMU.

Vaste progrès ! C'est à dire aucun.

Pourtant il s'en est passé des choses entre les deux dates. Ca s’est agité dans le petit monde de la bienpensance. Après que la Halde a rendu son avis en septembre 2006 disant que c’était pas bien de pas soigner les pauvres, ils se sont réveillés les donneurs de leçons, les moralistes. J’ai encore le souvenir nauséeux du président d'un comité d’éthique de l’époque à qui Libé tendait sa tribune complaisante pour qu’il puisse déclarer qu’il avait honte d’être médecin. Moi, c’est d’être éthiquement représenté par un comité comme ça dont j’avais honte. Joyeux réveil, les hauts penseurs de l'éthique.
Quand c'étaient les peigne-culs de généralistes du CoMeGAS qui disaient depuis 2002 à qui voulait l’entendre, c’est à dire personne, que nombre de médecins refusaient de soigner les pauvres, tout le monde s’en foutait (à part Que Choisir en 2004), l’Ordre des médecins continuait à nier alors qu'il savait (voir l'article du Monde à l'époque), mais quand ça devient médiatique alors les éthiciens mondains sortent du bois.
Et puis le festival de la bonne conscience a continué : les ministres, les commissions, les déclarations, les machins et les trucs. Qui se rappelle de la conférence de presse de décembre 2006, où le ministre de l’époque, Xavier Bertrand, ceint du lobby caritatif français, jurait que ça avait assez duré, qu’on allait prendre les mesures et que si ça devait continuer il allait falloir que ça cesse. La sécu, les ministères, les ordres, tout le monde était révolté, indigné, et on allait voir ce qu’on allait voir.

Belle unanimité.

A peine relevait-on certains discours syndico-ordinaux dans de discrètes publications locales qui osaient continuer à dire tout haut ce que la plupart continuaient à penser tout bas : les pauvres nous font chier, et tous ce qui nous permettra de les foutre hors de nos cabinets sera le bienvenu. Merci donc à la sécu de perdre les dossiers des CMU, de rembourser avec retard, autant de prétextes pour qu’on puisse arguer de pseudo difficultés administratives pour cacher la vraie raison : celle de l’universelle haine des pauvres.

Et effectivement rien n’a changé, les gesticulations n’ont rien changé. Les plus malades restent en dehors des cabinets médicaux moquettés de la médecine, et ceux qui arrivent à y entrer, en sortent peut-être soignés et moins malades, mais le plus souvent plus humiliés.

Le Fonds CMU pourra redépenser son argent dans trois ans pour le prochain testing, disons dans les Yvelines, par exemple, ou dans les Alpes Maritimes, pour s’apercevoir que la population pourtant la plus souffrante reste toujours indésirable chez les soignants, comme ailleurs dans le reste de la société.

Non, décidément les gens n’aiment pas les pauvres, et les médecins pas plus que les autres, et ça arrange bien les gens de dissimuler leur haine des pauvres en en affligeant les médecins. Les médecins sont des êtres humains comme les autres. Je sais, quand je le dis, personne n’y croit. Mais pourtant.

jeudi 25 juin 2009

Je vous l'avais pourtant bien dit !


Di-Antalvic° c'est fini !
Et toutes les autres saloperies contenant du dextropropoxyphène !

L'Afssaps mange son chapeau dans un communiqué de presse et 6 pages de justification pathétique , et nous explique si que pour l'ensemble des pays du monde et d'Europe le Di-Antalvic° c'était de la merde, en France, selon le fameux principe de Tchernobyl, c'était différent bien sûr .

Si le ridicule tuait, les responsables de l'Afssaps n'en finiraient pas de mourir.

Est ce que les médecins français qui savaient, ceux qui lisent Prescrire en gros, et en prenant la peine d'en tourner les pages, recevront une lettre d'excuse de l'Afssaps pour l'énergie, le stress qu'ils ont dû dépenser, souvent en vain, à expliquer aux patients maltraités par le Di-Antalvic° et les médecins qui le prescrivent, à quel point c'était une merde, que ça marchait sans doute pas mieux que le paracétamol seul, que ça tuait plus, que ça créait des dépendances, etc. ?

Qui va nous dédommager du temps et de l'énergie perdus à expliquer pourquoi on ne voulait pas prescrire cette merde ?

Qui va s'excuser auprès de nous de l'humiliation trop souvent ressentie d'être obligé, la plume tremblante, l'ulcère gastrique creusant, de recopier ces mots sur l'ordonnance : dextropropxyphène-paracétamol,
parce que le patient en avait reçu de l'urgentiste de l'hôpital ou du médecin d'à coté, et que "vous comprenez docteur vraiment y a que ça qui me fait du bien et je peux pas m'en passer", et que dans le système de santé français du paiement à la passe le client est roi ?

Qui va nous indemniser de ces années de préjudice qui nourrissent le burn-out des médecins honnêtes jusqu'à en tuer certains ?
L'Afssaps, toujours en retard d'un combat sanitaire ? Le confrère d'en face, qui ne se forme qu'avec des représentants de commerce ? Le pharmacien du quartier pour qui le seul indicateur qualitatif est celui de son chiffre d'affaires ? La HAS ? Les organismes de formation médicales ? Les leaders d'opinion hospitalo-universitaire du haut de leur arrogance ?

Qui ? Oui, qui ?

Et s'il n'y avait que le Di-Antalvic° !!

La diacérhéine, les glitazones, les dernières statines ou sartans à la mode, les antitussifs à la bave d'escargot, le clopidrogrel pour les mains froides, le piroxicam, la smectite, les vasodilatateurs et autres antivertigineux, etc., etc.

Combien de temps faudra-t-il attendre encore pour être débarrasser de ces saloperies, qui empoisonnent les patient, qui pourrissent la relation médicale ? Combien de temps encore !!

Salut Di-Antalvic° ! Bon débarras ! Et honte aux autorités sanitaires françaises qui nuisent gravement à la santé !

En attendant le mal est fait, pour les patients naïfs et crédules, pour les soignants compétents.

mardi 9 juin 2009

Arrêts de travail et Novlangue de la Sécu - La honte !

Je vous l'avais bien dit que l'expérience que je vous racontais sur l'avis de travail défavorable du médecin conseil alors qu'il était d'accord, cachait une opération de communication et de propagande et de culpabilisation des assurés et des professionnels.

Aujourd'hui, le journal "La Tribune" est trop content de faire ses choux gras sur les soi-disant arrêts de travail de courte durée injustifiés révélés par une enquête de la sécu.

Le témoignage que j'ai rapporté sur ce patient victime de cette politique sociale sécuritaire montre à quel point les médecins conseil ont reçu ordre, avec des lettres type qu'ils ne pouvaient quasiment pas modifier, de fournir des données bidonnées pour que les responsables de sécu continuent à culpabiliser et à désinformer.

Ceux qui visionneront ce mardi 9 juin 2009 les Médicamenteurs sur France 5 à 20 h 35 ou sa rediffusion dimanche 21 juin à 21 h 30 sur la même chaîne comprendront où se trouve le vraie déficit de la sécu, et à quelle point elle a besoin de cacher ses turpitudes et ses complicités en faisant porter le poids de sa faute à ses victimes.

La sécu trahit la mission de santé publique reçue du peuple.
Honte à elle ! Honte à ses médecins qui se rendent complices de ses dérives et renient leur éthique ! Honte, honte, honte sur vous !



mercredi 13 mai 2009

J'avais les larmes aux yeux (Novlangue de la Sécu - suite)

A quand la fusion ?
C'est que je l'ai revu le patient victime de la Novlangue de la Securitate Sociale. Pas plus tard qu'hier figurez vous. Ce matin il avait conduit son car d'une seule main tellement il avait mal au bras. Même que son patron lui a dit : “ Mais Georges, il s'appelle Georges, faut pas conduire comme ça.” Et c'est un collègue qui l'a déposé au cabinet médical cet après-midi.

Alors je reprends son dossier, c'est jamais la deuxième fois que je le vois, et je redécouvre : tassements vertébraux en 1981. Suite à un accident de travail.

“C'est vrai que votre traitement il m'a fait du bien, même si ça me m'endort un peu (la codéine) mais de toute manière j'en avais besoin. J'ai repris mon travail comme prévu, mais sur les chapeaux de roue comme on dit.
Mais le médecin de la sécu, elle m'avait forcé la main, vous comprenez.
Elle m'a dit : "Alors vous allez pouvoir reprendre, hein ?" Elle insistait. J'ai pas osé dire non bien sûr, ça allait un peu mieux.
Ca fait bientôt 40 ans que je travaille vous comprenez, je voulais pas passer pour un tire-au-flanc. Je suis d'une génération (il est né en 55) où le travail ça compte. Mon père il me disait toujours : "T'es qu'un fainéant, faut travailler dans la vie". Alors ça m'a marqué.
Vous comprenez, je sais bien que je suis pas indispensable, personne il l'est indispensable, mais enfin, mon entreprise elle a besoin de moi. Si quelqu'un manque comme ça, ça met le bazar, on n'est pas très nombreux. Et puis je transporte des enfants quand même, ils vont à l'école, c'est important.
Alors quand j'ai dit à mon patron : "Je reprends le travail, le médecin de la sécu il m'a dit que je pouvais", il a souri et il a dit : "Bon, mais fais attention à toi, c'est qu'un médecin de la sécu quand même"...
Alors vous comprenez j'ai repris, mais sur les chapeaux de roue. Je me suis pas ménagé. Je voulais pas passer pour un tire-au-flanc vous comprenez.”

La sciatique elle a repris, et la névralgie cervico-brachiale est là maintenant aussi.

- Mais j'avais oublié vos tassements de vertèbres. C'étaient quelles vertèbres, vous vous souvenez ?
- Je peux pas vous dire. C'était par là... en désignant son dos. Quand j'ai divorcé il y a 4 ans, ma femme elle est partie avec tout, même mes radios. Je me suis retrouvé qu'avec les vêtements que j'avais sur moi. En encore.
- Et la perte de la force dans votre main là, c'est récent ?
Je découvre un déficit moteur du membre supérieur gauche important.
- Oui, c'est depuis mon accident en 81; on m'a dit que je pourrais pas récupérer. Mais là c'est la douleur vous comprenez.”

Il reparle de sa visite à la sécu.

“J'ai un peu honte de vous le dire, docteur, mais en sortant de là, j'avais les larmes aux yeux. Je peux vous dire que j'ai pas mangé ce soir là. Ca c'est sûr. J'étais devenu un tire-au-flanc, vous comprenez docteur. C'est ça que ça voulait dire, hein. Et ça c'est pas possible. C'est pas possible.”

Il l'a eu son nouvel arrêt de travail. Et les radios à faire avec.

vendredi 8 mai 2009

La Novlangue de la Securitate Sociale

Ceux qui ont lu "1984" de George Orwell savent comment l'utilisation du vocabulaire, et la manipulation du sens des mots permettent de diffuser l'oppression, de distiller le suc totalitaire afin de maintenir la terreur nécessaire à l'asservissement. Cela s'appelle dans le livre d'Orwell la Novlangue. Ainsi par le miracle de la Novlangue propagande se dit vérité, esclavage se dit liberté, chômage se dit travail, guerre se dit paix etc. "Arbeit macht frei", lisaient à l'entrée d'Auschwitz ceux qui n'allaient jamais en sortir. Novlangue.

Eh bien les aminches, j'ai pu découvrir que notre sécurité sociale s'essaye non sans quelque efficacité à la pratique de la Novlangue avec le relais complice de leurs agents de terrains, j'ai nommé les medcons (traduction novlangue de contrôleurs médicaux), où dans cet univers "désaccord" veut dire "accord".

Voilà l'histoire.

Par une belle journée de consultations banales s'il en est, je reçois en mon humble cabinet ce patient, que je ne connaissais précédemment ni des lèvres ni des dents, qui vient me faire part de sa souffrance, qualifiée de douleur.

Chauffeur de car de son état sur les routes départementales défoncées d'un département rural laissé à l'abandon par son Conseil Général préoccupé essentiellement de maintenir ses prébendes politico-syndicales, notre homme souffre de sciatique. Le diagnostic n'est pas compliqué, dans la mesure où l'intéressé lui-même avance le diagnostic, qu'il prétend avoir déjà ressenti dans sa chair à une date antérieure, à l'inverse de sa présente douleur ressentie comme postérieure, elle. L'examen clinique, appliqué comme vous l'imaginez, me permet d'écrire en une calligraphie médicale dans son dossier du même nom : Lasègue gauche : 30°, Lasègue droit : 40°. L'homme déguste donc.

Le traitement s'impose. Une vie est à sauver. Bardé des nécessaires antalgiques, ma longue expérience de la prise en charge globale me faisant intégrer, par un réflexe quasi pavlovien la dimension environnementale dans la décision médicale, m'amène proposer un arrêt de travail au douloureux impétrant. Une satisfaction béate se dessine alors sur son visage, puisqu'il m'expliquait souffrir depuis plusieurs jours le martyr sur le fauteuil défoncé du car déglingué que lui confie son employeur, qui roule en Porsche Cayenne lui.

C'est donc pénétré à mon tour de la non moins béate satisfaction d'avoir répondu de manière adaptée à la demande du patient, qu'après avoir trempé ma plume d'oie dans l'encrier, je remplis en tirant la langue le formulaire idoine et en trois exemplaires sensé lui accorder le strict repos nécessaire pour lui permettre de reprendre, rétabli, le volant de la mission véhiculaire dont il est investi auprès de citoyens voyageurs qui ressentent pour des raisons qui ne regardent qu'eux le besoin d'être déplacés.

Neuf jours d'arrêt, c'est pas du vol mon bon monsieur et si ça va pas mieux à la fin n'hésitez pas à me revoir. Si tout va bien vous reprendrez le 27 avril. La date a son importance, vous l'allez constater.

Je ne le revis point ce brave assujetti social. Mais j'eus de ces nouvelles par le truchement de ce courrier déposé avec empressement par le préposé des postes dans le casier ferré qui me tient lieu de boîte à lettres.

"Service Médical de la Meurthe-et-Garonne - confidentiel médical" s'affiche en entête de la présente enveloppe sur laquelle s'inscrit également en une calligraphie douteuse mais non moins administrative mon nom titré et l'adresse de mon cabinet. Pas de doute, c'est pour ma pomme.

Je ne sais pas pour vous, mais même après vingt ans de pratique médicale irréprochable fondée sur les données de la science et dans les normes d'une rigueur éthique que d'aucuns qualifient de rigide, l'intrusion dans votre boîte aux lettres d'une missive sécuritaire sociale non attendue et dont vous ne pouvez pas avoir immédiatement à sa présentation une idée précise du contenu, déclenche immédiatement ce petit battement cardiaque, que mes études médicales pourtant peu attentives sur cette question physiologique permettent de rapporter à une libération de catécholamines.

Bref. Y a stress.

"Kesskimmveulencorecékons ?" est la formule habituellement orale qui exprime le mieux ce stress chez moi, et qui s'ensuit assez rapidement de l'ouverture de la dite enveloppe et de l'extraction de la feuille qui s'y trouve enserrée, afin de procéder à la lecture du dit parchemin.

Je vous laisse en découvrir le contenu, dont j'ai bien évidemment fait disparaître tout signe permettant d'en identifier les acteurs.

Vous lisez bien : "Désaccord cencernant la prescription d'arrêt de travail pour votre patient(e)". Ma consoeure et néanmoins médecin conseil de la caisse primitive d'assurance maladie de Châtillon-sur-Prézeure, riante préfecture de Meurthe-et-Garonne, m'exprime donc son désaccord administratif et confraternel.

Ainsi donc j'aurais failli. Pour la première fois.

Se bousculent alors au milieu de mes neurones sidérés les échos des procès inquisitoriaux que rapportent des syndicats médicaux aussi corporatistes que mauvais français, voire anti-gouvernementaux si ça se trouve, qui prétendent défendre indument les intérêts de crapules qui se trouvent légitimement traînés devant les commissions sécuritaires sociales et arbitraires pour répondre de leurs ignominies. Serais je ravalé au rang de ces infamies de la médecine ?

Je lève les yeux et aperçois alors une des poutres qui étayent le plafond de mon cabinet et j'y imagine l'espace d'un fugace instant une corde terminée par un noeud coulant en train de s'y balancer mollement, tandis que je place à sa verticale le marche-pied de ma table d'examens que je repousserai ensuite brutalement après l'avoir gravi et passé autour de mon cou le noeud de la corde suscitée.

Mais non ! il y a peut être encore un espoir. On ne balaie pas ainsi 20 années d'intégrité médicale. Il faut se battre. Et je me lance, ma main gauche tentant vainement d'apaiser le tremblement de ma main droite qui tient la lettre d'infamie, dans la lecture de la missive.

"Suite à l'examen de votre patient(e) Monsieur XXX le 23/04/2009 dans le cadre d'une prescription d'arrêt de travail, je vous informe que j'ai émis un avis défavorable d'ordre médical à compter du 27/04/2009 pour la raison suivante :

Apte à reprendre une activité professionnelle.

La Caisse d'Assurance Maladie notifiera cette décision à votre patient(e), qui pourra en cas de désaccord, contester cet avis selon les voies de recours réglementaires qui lui seront indiquées.


Je reste à votre disposition et vous prie de croire, Cher Confrère, à l'assurance de mes meilleures salutations.


Docteur YYY

Praticien Conseil
"

Encore sous le choc, titubant, je me traîne jusqu'au fichier médical (mort aux dossiers électroniques !) pour y extraire la fiche du patient, et reprendre l'observation suspecte qui me vaut le désaccord de ma pourtant bienveillante tutelle. J'y découvre que le patient semblait souffrir etc., je vous refais pas le baratin du début, et que l'arrêt de travail incriminé s'arrête au 26 avril 2009 et que le patient devrait reprendre son labeur le 27 avril, date précise de rentrée en vigueur du confraternel désaccord sécuritaire.

Aaah, aaah !!, m'exclamé-je in petto, il y a donc matière à rentrer en dialogue confraternel pour comprendre les motifs de ce désaccord et, de nouveau, le petit battement de coeur qui signe la libération de catécholamines etc.

Y a stress. Encore. Mais surtout y a maintenant motif à faire chier les cons, et là le battement de coeur se complète généralement d'un léger afflux sanguin par les artères honteuses jusqu'à mon corps caverneux, tel celui de Cro-Magnon.

Je m'apprête donc à décrocher mon téléphone pour composer le numéro du contact SM indiquée en haut de la lettre. Contact SM. Eh oui ! Ils l'auraient fait exprès ils auraient pas fait mieux. Il doit s'agir d'un contact très particulier, une ligne hot, surtaxée. Ca promet d'être torride.

Auparavant, l'altruisme débridé dont vous savez maintenant que je suis affublé, m'aura instinctivement fait penser à ce pauvre assujetti social qui, tel Sam Lowry, le héros du film Brazil de Terry Gilliam, se voit chargé de la missive informant de la déviance sociale d'Archibald Tuttle chauffagiste. Lui et son médecin complice d'un jour plongés dans la même opprobre de la boue concupiscente d'une tentative de pwofitassion de l'argent public, pour gagner plus tout en travaillant moins. Crime de lèse-sarkozysme, s'il en est.

Non, cela ne peut pas être. Il faut réagir

Entretien avec le SM (service médical)
C'est donc moralement vécu de la panoplie de Zorro médical que je compose le numéro de téléphone du Contact SM suscité, tout en prenant soin de respecter les heures de disponibilité des agents : 10 h 30 - 11 h00 et 15 h 30 - 16 h 00 du mardi au vendredi sauf le mercredi toute la journée et le vendredi après -midi.
A l'issue des 15 sonneries règlementaires, la voix qui me répond semble assez peu correspondre à ce que j'imagine être une voix de contact SM au numéro surtaxé. Il s'agirait donc davantage de sévice médical que de sado-masochisme. Quoique.

- Le Dr Machin est en entretien confraternel justement avec un de vos confrères, me répond la voix. Je ne peux donc la déranger. Elle peut vous rappeler ?"

- Bien sûr, répondis-je, je suis à mon cabinet au moins jusqu'à 19 heures
, ajouté-je fielleusement.

Mais en même temps, intérieurement, je n'en menais pas large, car surgissait alors à mon esprit les images de l'entretien confraternel dont au sujet duquel l'agente de la SS faisait allusion. Le confrère en train d'être entretenu (s'agissait-il d'un entretien ordinaire avec simples brodequins et pesons testiculaires, ou d'un entretien extraordinaire, avec fer rouge et pal ? Je ne le saurai pas) l'était-il suite à une missive comme celle dont j'avais été le destinataire ? Avait-il, lui aussi, tout comme moi, été l'objet d'un désaccord sécuritaire et confraternel ? Je frémissais.

Je vous épargne la façon dont se sont déroulées mes consultations de l'après-midi en attendant le rappel de la consoeur. J'expédiai de la façon la plus vive ceux qui se présentaient comme des malades, mais qui n'étaient en fait que des simulateurs, profiteurs, abuseurs irresponsables. Le gouvernement et l'UMP ont bien raison. C'est juste une question de regard. Vus avec les yeux des puissants tous les faibles deviennent coupables, naturellement.

Puis vient le coup de fil du medcon. 17 h 15. Plus de deux heures après mon appel ! L'entretien confraternel devait donc être du genre extraordinaire. Je faillis demander où je pouvais récupérer les restes du confrère entretenu. Mais blague à part.

- Bonjour, merci de me rappeler. Je vous ai contacté à propos du courrier de désaccord avec ma prescription d'arrêt de travail que j'ai reçu de votre part concernant Monsieur XXX. que j'avais vu à ma consultation pour une sciatique...

- Il ne s'agit pas d'un désaccord mais d'un avis défavorable.

- Il me semble que l'objet de votre lettre s'intitule : "désaccord". Je disais donc que le sujet de votre lettre m'a mis mal à l'aise, puisqu'en près de 20 ans d'exercice c'est la première fois que la sécu m'exprime son désaccord sur une de mes décisions médicales. Et que l'on entend tout de suite derrière ce mot de désaccord ou d'avis défavorable d'ordre médical le fait que l'on pourrait être soupçonné de la rédaction d'un arrêt de travail de complaisance.
Sans compter ce que ressent le patient qui reçoit ce courrier.
Je vous précise que ce patient avait un Lasègue bilatéral à 30 et à 40 ° lorsque je l'ai vu, il était absolument en incapacité de travailler d'autant plus qu'il est chauffeur de car.


- Ah oui, il était donc bien malade, s'étonne le medcon.
Je comprends bien ce que ce courrier peut avoir d'inquiétant dans sa formulation mais ce n'est pas cela du tout. j'ai reçu ce patient le 23 avril dernier, soit 6 jours après que vous l'ayez vu, il allait beaucoup mieux, il le reconnaissait lui-même et il se disait prêt à reprendre son travail le 27 avril comme prévu. j'ai donc émis un avis défavorable à ce que son arrêt de travail ne s'arrête pas le 26.


- Donc si je comprends bien, le patient était prêt pour reprendre le travail comme prévu. De mon coté, j'apprends que l'arrêt de travail lui a été bénéfique. Vous, de votre coté, vous constatez qu'il pourra reprendre son travail effectivement le 27, comme prévu. Bref, nous sommes tous d'accord, vous, le patient et moi, et cela s'exprime par un courrier négatif de désaccord de votre part laissant entendre que le patient et son médecin auraient abusé.
Est ce qu'il n'y a pas un problème là ?


- Oui, oui, je comprends bien, mais nous sommes tenus de faire ce courrier.

- Et qu'est ce qui vous empêche de le formuler positivement plutôt que de façon culpabilisante, dans la mesure où tous les acteurs sont d'accord pour faire le même constat, comme vous l'écrivez vous-même : "apte à reprendre une activité professionnelle" à la fin de son arrêt de travail ?

L'Ordinateur Central de la Sécu
- Mais ce sont des lettres types qui sont formatées de cette façon dans notre logiciel et que nous ne pouvons pas modifier. Seules les parties que vous voyez en gras sont modifiables de notre propre initiative.

Je laisse passer le silence consterné qui convient puis j'ose :

- Puis je vous poser la question qui me vient à l'esprit et que je résume sous la forme d'une caricature : cela signifie-t-il que vous auriez des quotas d'avis défavorable et de désaccord à rendre à vos supérieurs ? Comme la police qui doit réaliser un minimum de gardes à vue et de contraventions pour montrer qu'elle lutte contre la délinquance ?

- On ne peut pas dire ça comme ça...

- C'est bien pour cela que je parle de caricature.

- Mais nous avons des consignes pour contrôler les arrêts maladie de courte durée.

- Je l'avais compris.

- Et ces lettres types nous sont fournies directement dans le cadre de ces campagnes.

- Très bien. Et pour répondre à l'inquiétude du patient, qui n'aura lui sûrement pas la possibilité de vous poser ces questions et d'accéder à ces informations, que dois-je lui répondre si, par exemple, sa sciatique récidive, et qu'il doit bénéficier d'un nouvel arrêt pour la même raison. Aura-t-il le droit d'être de nouveau en arrêt pour ce motif ?

- Oui, bien sûr, évidemment.

- Merci pour lui. Vous comprenez que son inquiétude puisse être légitime en recevant de tels courriers et qu'il puisse être amené à s'interroger sur son droit à être de nouveau malade sur ce problème particulier.

- Oui, je comprends. Ca peut-être inquiétant, évidemment.

- Et vous en tant que médecin, vous n'avez pas la possibilité de faire remonter aux responsables rédacteurs de ce type de courrier le risque qu'il y a pour les relations entre prescripteurs, assurés sociaux et sécu d'être dans une communication négative et suspicieuse, alors que tout le monde est en fait d'accord ?

- Non, je ne peux rien faire. Nos logiciels sont programmés ainsi.

- Eh bien moi si vous le permettez je vais faire remonter cette information avec mes faibles moyens.

Vous allez encore me dire que j'exagère, chers lecteurs du carnet de Julien Bezolles, et que c'est peu de choses, mais franchement ça me fait froid dans le dos que les technocrates de la sécu élaborent délibérément, sans possibilité qui plus est d'y sursoir de la part de l'agent exécuteur qu'est le medcon, cette forme de communication permettant de maintenir l'oppression.

J'imagine, pour ma part aisément, la propagande dont saura se saisir la sécu, sa direction et son Miniver (le ministère de la Vérité de George Orwell ) pour expliquer, chiffres à l'appui, que lors de sa campagne de contrôle des arrêts de travail de courte durée, les échelons locaux auront émis 80 % de désaccords et d'avis défavorables. Ce qui démontrera à quels points les assurés et les médecins généralistes creusent le trou de la sécu de façon irresponsable, et permettre à l'industrie pharmaceutique de continuer à le faire vraiment, elle. Et de prévoir la mise en place de nouvelles sanctions ou mesures de responsabilisation : une franchise sur les arrêts de travail, pourquoi pas ?

Notification d'avis défavorable à un assujetti social
Ainsi je témoigne par le petit bout de la lorgnette du terrain de la mise en place des outils totalitaires par les bureaucrates d'une structure qui a été créée autrefois pour le service de la population. Et comme d'habitude, les relais complices et complaisants sont là pour dire : "Ah ben, moi, j'obéis aux ordres, hein, je fais ce qu'on me dit."

J'arrête là, parce qu'il y a tout d'un coup trop de colère qui me prend et il faut que j'aille souffler un peu.

A bientôt.

dimanche 3 mai 2009

Pandémie : Sarkozy-Aventis sauve le monde.

A ce niveau là, c'est plus de l'anticipation, c'est de la voyance.
Ces gens-là sont des dieux.
Alleluia !






samedi 25 avril 2009

Salopards


Je lis dans le Monde daté du dimanche 26 avril 2009 des extraits des techniques d'interrogatoire, comment disent-ils ?, "accentué", pour obtenir aveux et coopération d'être humains, détenus par les Etats-Unis d'Amérique, dans leur lutte salvifique contre le terrorisme islamique.

A moins que vous ne soyez amateur pervers de bondage et de sado-masochisme, vous risquez d'être à votre tour terrorisés par ce que vous lirez, à la fois sur l'immonde fond et sur la forme administrative, froide, descriptive, clinique comme un certificat médical : "vous nous avez informés oralement..." expliquent les auteurs de ces notes.

Mais ce qui est déchirant pour un soignant comme j'ai la prétention de l'être c'est de lire quasiment à chaque ligne, que tout ça ne pourrait être rendu possible, sans la présence, la coopération, la collaboration de médecins, psychologues, qui vérifient à chaque étape et certifient que la victime est apte à être torturée.

Ce n'est pas nouveau, vous me direz, que des médecins collaborent à la déchéance de l'homme. Oui, mais là on le lit, c'est écrit, ça se passe aujourd'hui, ça concerne ce qui se prétend être une démocratie occidentale, comme nous. Le sentiment d'écœurement est renforcée par l'immense hypocrisie où l'on veut donner l'impression et se donner l'impression qu'on respecte des règles, des limites, qu'il y a des bornes au delà desquelles ce ne serait plus acceptable. Et ce sont des médecins qui régulent et déterminent tout ça au bout du compte.

Lisez jusqu'au bout, et vous verrez que l'OMS, oui l'OMS !, l'Organisation Mondiale de la Santé a été consultée et a donné son avis. Ainsi la santé mondiale est devenue complice de ces pratiques. Le directeur de l'OMS devrait démissionner sur l'heure.

Salopards. Salopards. Salopards.

A l'opposé de la pitoyable dérive ségoléniste, je demande au nom de la médecine que je pratique, et des soignants dont je suis, pardon à ces frères humains et à l'humanité entière, que des soignants comme moi, mes frères, aient cautionné et autorisé votre souffrance, votre humiliation.

J'en chiale.

D'abord ne pas nuire et n'agir que dans le seul intérêt des humains.

Evidemment penseront certains, cela est exceptionnel, tu as raison, mais le risque est faible d'y participer. Il suffit de s'en tenir écarté. C'est tellement loin de notre pratique, de notre vie, de notre monde. Il ne s'agit que de quelques uns.

En êtes vous si sûrs ?

Ceux qui ont accepté de prescrire du Vioxx jusqu'en 2004, promu par les leaders d'opinions collaborateurs de l'industrie, sont ils dans une autre logique ? Le fait de ne pas savoir est il une circonstance atténuante ou agravante quand il s'agit d'un responsable professionnel de santé ? Les amputeurs de cancers qui n'en sont pas, de prostate ou du sein, et autres promoteurs de THS, sont ils dans une autre logique, quand ils bidouillent l'info pour s'y autoriser ?
Ceux qui prescrivent le lendemain d'un repas de labo trop arrosé la dernière glitazone de merde sont ils dans une autre logique ?
Celui qui vient de prescrire 6 antihypertenseurs différents à cette patiente de 89 ans, et qui dans sa lettre rajoute que ses chiffres justifieraient un traitement par statine, est-il dans une autre logique ?
Celui qui va participer aux futurs CAPI de la sécu, contrats d'amélioration des pratiques individuelles, va augmenter ses revenus en augmentant le dépistage du cancer du sein, alors que les bases scientifiques sur lesquelles repose ce dépistage sont loin d'être validées, et au contraire. S'agit-il vraiment d'une autre logique ?

Oh là !, mais c'est qu'il y va fort le Bezolles, assimiler les prescriptions et les soins sous influences à des pratiques de torture, il faut pas charrier quand même.

Evidemment, c'est moins visible, plus insidieux, plus dilué, moins choquant.

Mais je prétends que partout où un soignant agit pour d'autres intérêts que celui de l'intérêt de la personne humaine en face de lui, alors il se renie et se dévoie en prenant le risque de gravir le sentier qui mène aux pratiques de la CIA.

Ce n'est ensuite qu'une question d'étape et d'échelon, mais la route est ouverte.

dimanche 5 avril 2009

La prétention à l'éducation pour la santé


Bon d'accord, le CIANE (collectif interassociatif autour de la naissance) a rejeté la paternité de ce poisson d'avril. On ne peut pas se fâcher avec tout le monde.

Bon d'accord, l'INPES, Institut National de Prévention (et non pas de Prétention, comme l'ont insinué ces odieux plaisantins) et d'Education à la Santé, dont "on" a utilisé le logo de sa publication "Equilibres" en a fait un caca nerveux, et a demandé que soit retiré ce poisson d'avril immédiatement. Il faut pas déconner quoi, non mais quand même.

Mais n'empêche.

Il est quand même absolument excellent ce poisson.

Et avant que l'INPES me demande à mon tour de le retirer, le Julien Bezolles, dans un acte désespéré de résistance loufoque, comme l'aurait aimé le regretté Pierre Dac, soumet à votre contemplation amusée ce document transgressif, donc par définition apte à faire vraiment réfléchir.

En conclusion de ce texte, je pourrais dire que les patients éduqueront les soignants le jour où les zéducateurs sanitaires finiront de se prendre au sérieux. C'est pas demain.

Rappelons que le précédent directeur de l'INPES, Philippe LAMOUREUX, est devenu Directeur général du LEEM en septembre dernier. Ce pantouflage n'a évidemment aucun rapport avec le sujet de la prétention à l'éducation dont au sujet duquel je vous entretiens présentement, petits vicieux.

Le voili, le voilà ce poisson subversif. Inutile de rajouter du citron.
+++ Lettre de l'INPES, Equilibres N°48, 1er avril +++

+++ Journée nationale de l'éducation des professionnels de santé +++


L'INPES édite des documents destinés aux patients qui, dans leur vie, ont souvent affaire aux professionnels de santé. Comment leur parler ? Comment tenir compte de ce qu'il sont pour arriver à se faire soigner ? L'enjeu est de taille pour les patients qui, dans le contexte actuel, devront de toute façon consulter moins pour consulter mieux.
Décryptage.

Patients, les 7 commandements à retenir pour contribuer à l'éducation de votre professionnel de santé.


1. Dites bonjour à votre professionnel de santé et présentez-vous, lors d'une consultation aussi bien que lors d'une hospitalisation. Les soignants peuvent ressentir de la gêne, voire des traumatismes de degrés variés, lorsqu'ils se rendent compte qu'ils se trompent de personne dans des situations d'examen, de suivi ou d'intervention.

2. En contrepartie, exigez toujours du professionnel de santé qu'il se présente et dise bonjour, même dans le cadre d'une hospitalisation. Certains soignants le prennent mal. Soyez poli, mais ferme. Le maintien d'une courtoisie élémentaire est de votre responsabilité.

3. Informez toujours votre professionnel de santé des raisons de votre visite, des questions et demandes que vous souhaitez partager avec lui. Cela doit se faire dans une idée de dialogue : incitez-le, par des questions simples et bienveillantes, à reformuler ce qu'il comprend de la situation et à exprimer son ressenti. Il est essentiel que le professionnel de santé se sente écouté, informé et respecté.


4. Tout en préservant la liberté de pensée de votre médecin et en veillant à le faire participer à la décision, vous devez mettre une grande conviction à le convaincre que vous êtes la personne concernée en premier lieu par le choix du traitement, que vous avez la capacité de réfléchir et de prendre les décisions qui vous concernent à partir des informations qu'il partage avec vous. Il est recommandé d'obtenir une compréhension et l'adhésion du médecin par une information adaptée et transmise avec tact et humanité.


5. Votre professionnel de santé n'est pas tenu de rester au courant des dernières avancées en matière de diagnostic et de traitement. Il ne connaît pas forcément les recommandations des organismes nationaux tels que l'INPES, l'HAS, l'AFSSAPS, et a très rarement accès aux publications non francophones. Lorsqu'il vous propose une conduite thérapeutique ou des examens complémentaires, demandez-lui toujours s'il dispose de recommandations nationales ou internationales à ce sujet, et de quelle année elles datent. S'il ne connaît pas l'existence d'organismes susceptibles d'émettre des recommandations, changez de sujet. S'il vous répond que les experts qui rédigent les recommandations sont tous des vendus, approuvez par des grognements.

6. Précipitez-vous sur Internet pour vérifier si la conduite que votre professionnel de santé vous propose est cohérente avec les recommandations des organismes nationaux et internationaux. Si elle ne l'est pas, dites-vous que les experts de ces organismes sont tous des vendus. Imprimez néanmoins les résumés des recommandations et allez nuitamment les glisser sous les essuie-glaces du véhicule de fonction de votre professionnel de santé. Ne les envoyez surtout pas à son cabinet : il ne les lirait jamais.


7. Vous devez prêter attention aux signes de conduites addictives ou aux troubles obsessionnels compulsifs (TOC) de votre professionnel de santé. Un signe d'appel à connaître est la rédaction effrénée d'ordonnances, parfois sans rapport avec les attentes d'écoute et de compréhension que vous, patient, tentez d'exprimer.


Patients, l'accompagnement de vos professionnels de santé est une mission de santé publique qui fait partie de vos responsabilités. Prenez-la au sérieux !




PS : d'autres sites ou blogs relaient cette info :

-
Atoute.org : Le médecin, le malade et l’éducation thérapeutique
- Winckler's webzine : Soignez votre médecin : ça lui fera du bien (et à vous aussi)
- Un air neuf : INPES : La lettre de la prétention de l'Éducation pour la santé (canular)

mercredi 1 avril 2009

Je suis volontaire pour soigner les grévistes de la faim de la HAS


Les membres du Collège de la HAS s'apprêtent à se lancer dans une grève de la faim illimitée pour demander à la ministre de la santé les moyens de l'indépendance de la HAS. Désemparé, le Leem rappelle en urgence dans ses locaux la ministre pour "consultation".

Voilà l'incroyable nouvelle que le Formindep annonce ce premier avril.
Devant cette situation, le Formindep s'engage à fournir un suivi médical indépendant de l'industrie pharmaceutique aux futurs grévistes.

Par la présente, j'informe le Formindep que je suis volontaire pour assurer le suivi médical de Madame Rochaix et de Messieurs Degos, Bouvenot, Briet, Caniard, Guérin, et Dubernard, membres du Collège de la HAS.

Il manque dans cette énumération un membre : Claude Maffioli.

Concernant Monsieur Maffioli, il s'avère en effet qu'un suivi médical indépendant de l'industrie risquerait de provoquer chez lui une intolérance massive pouvant mettre sa vie en danger, compte tenu de ses antécédents. En cas d'urgence, je l'invite donc à se retourner vers ses collègues de la CSMF ou de n'importe quelle société savante de médecine générale (voir le post précédent) ou autre.

Si vous êtes généraliste libéré des firmes pharmaceutiques, et volontaire pour assurer le suivi de ces futurs grévistes, laissez-moi un message en commentaire ! Je ferai suivre.

Merci pour eux !

mercredi 25 mars 2009

C'est pas l'autre, c'est moi !


Rions un peu (jaune) avec le communiqué ci-joint du cartel des "sociétés savantes" de médecine générale, qui nous explique que la médecine générale, c'est pas le Médec, c'est eux.

Attendons le communiqué du Leem qui les départagera et pourra confirmer que, Médec ou Congrès de médecine générale de Nice, ces deux réunions restent avant tout les congrès de rabattage des médecins pour l'industrie pharmaceutique.




En terme d'image et de crédibilité pour l'industrie, le congrès de médecine générale est même sans doute plus efficace. Ci-contre les partenaires "principaux" du Vrai Congrès de Médecine Générale. Effectivement le Médec va devoir faire attention... Il ne leur manque que Nestlé, Coca-Cola, Lesieur et Mac Do pour faire aussi bien.












Laissons enfin couler une larme de colère sur la participation de la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste (SFTG) à cette mascarade qui, pour maintenir ses parts de marché dans la formation des généralistes, s'assoit copieusement sur son éthique. (voir ci-joint l'extrait de la charte éthique de la SFTG, consultable sur leur site).


Pour conclure, une devinette :
A quoi reconnait-on en France un formateur (masculin) de médecine générale qui a conservé un peu de souci éthique ?

Réponse :

Au fait qu'il a le visage tailladé.
Parce que comme ils n'ose plus se regarder dans la glace, il se coupe en se rasant le matin.
Sauf les barbus... Bien entendu !

PS : Ceux qui sont glabres et sans cicatrices sont probablement professeurs de médecine générale.