dimanche 6 avril 2014

Gardasil : Bernardo Gui, le retour

Un grand professeur de chirurgie se lâche.

S'appuyant sur sa maîtrise du sujet fondée par la lecture des dossiers de presse reçus de la Sainte Firme, il croit bon d'appeler à la condamnation publique des professionnels de santé signataires d'une pétition réclamant une commission d'enquête parlementaire sur la façon dont un vaccin est promu et commercialisé.

De quoi de quoi ? Un vaccin au prix exorbitant, dont on n'a à ce jour aucune preuve de l'efficacité de ce qu'il prétend prévenir, alors qu'il existe des outils efficaces de prévention qui risquent d'être marginalisés du fait de ce vaccin, pour un problème de santé publique plutôt restreint dans les pays riches, promu à marche forcée par la publicité, les autorités sanitaires et leurs experts, leaders d'opinion de l'industrie... Ça devrait interpeller quelqu'un ?... Ça pourrait concerner la représentation nationale ?... Non, bien sûr puisque, l'assure notre ponte, Big Pharma veille sur nous.

Et d'appeler à sanctionner ces insolents.

Et pourquoi pas après tout ?

Sanctionnons largement !... et proportionnellement aux dégâts commis. Chiche.

S'il faut poursuivre ceux qui s'interrogent sur l'influence des conflits d'intérêts dans la commercialisation d'un produit de santé inefficace à ce jour, et en appellent aux instruments de la démocratie pour y voir plus clair, quelle sanction faudrait-il alors prévoir pour des professionnels de santé qui auraient, par exemple, amputé de par le monde des centaines de milliers voire des millions d'organes, sur la base de dosages biologiques inutiles et néfastes à des personnes qui ne se plaignaient de rien, leur faisant croire qu'ils leur sauvaient la vie, à l'encontre de toutes les données scientifiques et épidémiologiques ?

L'écartèlement en place publique ?...  Mmmm...
A moins que... le "berceau de Judas" peut-être ?... (vidéo à partir de 8 mn 4 s)

Je m'interroge...  Un avis d'expert, Bernardo ?







Lettre ouverte à Danielle MESSAGER, journaliste santé de France-Inter

 Madame,


J’ai écouté avec intérêt ce samedi 5 avril 2014 votre chronique “carnet de santé” concernant la campagne “Ne lui tournez pas dos”. 

Comme vous ne pouvez l'ignorer, il s’agit d’une campagne de la firme pharmaceutique AbbVie, pour promouvoir son médicament Humira°, un nième anti TNF alpha qui a besoin d'élargir son marché en Europe.

Le Dr Laure GOSSEC, médecin rhumatologue à la Salpêtrière, s’est exprimée durant cette chronique. Elle a été recrutée par AbbVie pour cautionner cette campagne. Elle n'est pour elle qu'un "leader d'opinion", instrument efficace de propagande. Elle s’exprime dans le dossier de presse de lancement de cette campagne. Elle a manifestement été très bien briefée. Du soft. Mais au fond toujours le même discours de disease mongering : maladie sous diagnostiquée, insuffisamment traitée, etc.




Selon la législation en vigueur (article L 4113-13 du code de la santé publique), elle aurait dû déclarer avant de s’exprimer durant votre émission qu’elle était liée à AbbVie, en plus des avantages qu'elle reçoit de nombreuses autres firmes comme l'indique le site du sunshine de l'ordre des médecins. Elle ne l’a pas fait, au mépris de la loi et de la déontologie. Je crains que vous ne l’ayez pas incitée à le faire. Pas plus d’ailleurs que vous n’avez informé vos auditeurs qu’il s’agissait d’une campagne publicitaire pour le médicament de cette firme, déguisée sous une pseudo-campagne de santé publique. Il est vrai que la transparence de l'information n'est d'aucune importance dans le journalisme, en particulier de santé.


Tout cela serait horriblement banal, tellement France-Inter a habitué ses auditeurs à entendre relayer sans discernement la propagande de l’industrie pharmaceutique et de ses leaders d'opinions. Un exemple parmi beaucoup d'autres : . Je ne reviens pas sur l'affaire Martin Winckler...


Mais là où ça devient indécent, c’est qu’il s’agit de la firme AbbVie. 

AbbVie refuse délibérément l’accès aux données des effets indésirables, potentiellement graves, concernant l’Humira°, médicament promu par cette campagne que vous relayez.

http://wp.rxisk.org/jeanne-darc-et-rxisk-org-a-lance-une-petition/

http://wp.rxisk.org/rxisk-drug-safety-petition-asks-abbvie-and-intermune-to-stop-blocking-access-to-drug-clinical-trial-data/

AbbVie porte plainte contre l’Agence européenne du médicament, parce que cette firme considère que les données concernant les effets indésirables des médicaments relèvent du secret industriel (sic !). C'est Neil Parker, directeur juridique d'AbbVie, qui l'explique lors d'un colloque organisé par le syndicat européen de l'industrie pharmaceutique à Bruxelles en août 2013. Voir la vidéo, ou ici la retranscription en anglais.



Même des acteurs de l'industrie considèrent qu’AbbVie dépasse les bornes :
Avez-vous la notion que vous travaillez pour des soins de santé qui concernent des êtres humains ?”,  s'étrangle un participant.

Vous connaissiez cette information ? Si oui, pourquoi faire complaisamment écho à l'action de cette firme ? Si non, quel journalisme pratiquez-vous ?

A coté d’AbbVie, Servier est petit joueur en terme de cynisme industriel, Madame Messager.  Mais vous relayez sa propagande. Sur un media de service public. A quoi a servi l’affaire du Mediator° et ses victimes ?

Madame Messager, à votre tour vous dépassez les bornes. Dire que je suis outré par votre attitude est largement en deçà de la réalité.  Avez-vous la notion que vous travaillez pour des informations de santé qui concernent des êtres humains ?” Je trouve cette présente chronique honteuse pour le journalisme, scandaleuse pour la qualité de l’information, inacceptable pour la santé des personnes.

On comprend mieux que l'émission la Tête au Carré de France Inter consacrée aux conflits d'intérêts ait eu lieu un 1er avril. Triste poisson. Irène Frachon en était l'invitée. Ou l'involontaire caution ? Vous allez lui dire quoi la prochaine fois que vous la rencontrerez, Madame Messager ? De qui êtes-vous réellement le messager Madame  ?

mardi 8 octobre 2013

De la (bonne ?) utilisation du placebo

Quand j'étais étudiant à la policlinique du CHU de Tourmens, où je participai aux consultations de médecine générale, je me souviens de cet  étudiant sortant hilare du box de consultations pour raconter aux autres étudiants non moins hilares comment il avait injecté une ampoule de sérum physiologique à ce malade, qui s'en était rapidement trouvé mieux.

Tout le monde, sauf moi, se gaussait de ce bon tour joué à ce pauvre vieux.

A cela il faut rajouter que l'apprenti placebothérapeute était issu d'un milieu très aisé, fils d'un haut fonctionnaire de la République, de ceux qui expliquaient à l'éphémère première ministre Edith Cresson, interloquée, que la France c'est eux, les 2000 qui s'en pensent l'élite. Et que le patient était un vieux monsieur maghrébin, probablement illettré.

Tu ne manipuleras pas et ne sera pas manipulé, tel est le principe éthique que j'ai voulu faire mien au long de ma pratique, et de ma vie, quitte à en payer plus d'une fois le prix fort.

Ainsi il m'apparaît que le placebo expose à une sorte d'aporie soignante, car d'un coté, ça marche. L'effet placebo est efficace, par définition. De l'autre coté, dans la mesure où le médecin est conscient d'utiliser le placebo, il manipule le patient, et s'inscrit dans une relation de manipulation, de soumission et de pouvoir, caricaturée dans l'histoire que je viens de narrer, par l'écart social entre le médecin et le patient.

A cette aporie se rajoute le paradoxe suivant : l'efficacité du placebo est renforcée par la propre conviction du médecin. C'est à dire que si le médecin est lui même manipulé de telle sorte qu'il pense que son médicament est efficace, alors la probabilité de l'efficacité de l'effet placebo augmente. L'exemple classique est celui de l'homéopathie.

En médecine générale, nombre de consultations, hélas, sont susceptibles de se conclure par la prescription d'un placebo, tant le nombre de patients entretenu dans la crainte qu'ils pourraient avoir quelque chose alors qu'ils n'ont rien, est grand. M'essayant régulièrement au refus de prescriptions pour des situations qui ne le méritent pas, acccompagné quand j'en ai encore le courage, de longues et fastidieuses explications sur l'évolution naturelle vers la guérison, une infirmière bien attentionnée fait courir le bruit dans le quartier que si je donne peu de médicaments, c'est parce que j'aurais travaillé pour la sécu et qu'elle continue à me soudoyer pour ne pas en donner. Une autre patiente est venue récupérer son dossier parce que je refusais de continuer à lui prescrire saloperies, inutilités et autre glitazone depuis retirée du marché. Quelle n'a pas été ma surprise de la retrouver dans un colloque local de bienpensants de gôche, stigmatisant les médecins qui prescrivent trop, le gaspillage des médicaments, etc.

Je ne peux m'empêcher de laisser la colère monter en moi, quand j'entends la foutrerie d'hypocrisie sociale généralisée passer son temps à dire qu'on prescrit trop de médicaments, alors que la même population, stimulée par l'environnement marchand dans lequel nous nous enfangeons, passe son temps dans les cabinets à réclamer (et à obtenir car il faut bien vivre et le client est roi) de la pilule. Il y a là quelque chose d'un peu obscène. Non ?

La question se complique encore lorsqu'on sait qu'il n'existe pas de vrai placebo commercialisé (à part l'homéopathie bien sûr). A l'époque lointaine et bénie où les visiteuses médicales ras-la-touffe assaillaient mon cabinet et mon espace de cerveau encore disponible, je disposais de tout un tas de médicaments aussi efficaces qu'un placebo, mais malheureusement plus dangereux, ou en tout cas avec un risque d'effet indésirables supérieur au placebo. Les veinotoniques, le magnésium, la vitamine dans la chute de cheveu, les antiseptiques digestifs, etc. Mais de "vrai" placebo, non.

J'étais toutefois un placebothérapeute efficace et actif, croyant grâce à Dieu Pharma, à ses prophétesses et à leurs seins, à l'efficacité de ses produits, à leur absence de dangerosité, et rendais ainsi service sans me poser de questions à ces patients sans maladie, largement knockisés, chargés à l'insu plus ou moins de leur plein gré, de faire tourner le marché.


Mais maintenant que je suis aware, que faire ?

J'ai certes ouvert les yeux, mais les patients (et les soignants) dans le même état de conscientisation restent aussi rares qu'un neurone dans le cerveau de (mettez ici le nom de la dernière personne qui vous a fait chier), en tout cas pas assez pour nourrir un médecin, son conjoint qui passe ses journées à bouffer des cornflakes sur la moquette du salon devant la télé, ses amants dans le même état de déliquescence et les enfants des uns et des autres.

Pour mon plus grand malheur je sais ce que je prescris.

Bref. Merci de votre réponse.


samedi 29 juin 2013

Monsieur l'Abbé

Monsieur l'Abbé,

Hier j'ai enterré une amie comme on dit.

Enfin j'étais pas tout seul à l'enterrer, l'église était pleine.
Je sais pas par chez toi, mais chez moi c'est pas souvent qu'elle est pleine l'église. Et puis c'était pas que des vieux. Parce que par chez moi c'est que des vieux. Enfin j'imagine, parce que j'y vais plus à l'église, ça fait une paire. Mais quand j'y allais, y avait déjà plus que des vieux, des bourges et leurs enfants, et de moins en moins en plus : les vieux ça crève, les enfants ça finit un jour par comprendre, et les bourges ça met dehors les ceusses qui sont pas bourges. C'est pour ça que ça se vide les églises, monsieur l'Abbé, au cas où on t'aurait pas mis au parfum. Et c'est pas plus mal.

Et ce coup ci dans ton église, Monsieur l'Abbé, pour l'enterrement de mon amie, y avait pas que des vieux, y avait pas beaucoup de bourges, quant aux enfants, le minimum requis : les petits enfants de mon amie, mes enfants, et c'était plein l'église. T'as pas pu pas t'en rendre compte, Monsieur l'Abbé, que c'était pas comme d'habitude ton église. C'est pas possible que t'ai pas vu.

Enfin, quand je dis une amie... Depuis qu'elle a mouru, je me fatigue à éviter de laisser remonter les souvenirs pour pas être tout le temps à chialer. Plus de trente années, ça compte. Et surtout c'est rare, surtout pour moi, quand je vois le nombre de connards que j'ai laissé, ou qui m'ont laissé, sur la route de l'amitié, une fois aperçu ce qu'ils valaient vraiment. Avec le temps, les amis on sélectionne, on exige, on examine, on scrute, on devient difficile... vieux... con.

Donc celle-là elle comptait. Ca fait partie de ceux pour qui quand on cherche les mots, c'est du fade, du délavé, du déjà servi. Les mots, c'est comme ça, on les use, on les superlate, on les fatuite,  et quand on a besoin, vraiment besoin, pour redire l'amour, pour l'émotion, eh ben, voilà, c'est élimé, c'est gaspillé. On voudrait du neuf. On trouve pas, alors on garde ça au fond, pour soi tout seul, et on rumine, comme un vieux, comme un con.

A 20 ans d'âge je l'ai connue, mon amie et son époux, et 20 ans c'était pas le si bel âge quoi qu'on dit, tu vois Monsieur l'Abbé. Des fois ça chie à cet âge. Mon amie était là avec son époux, j'y passais les soirées, armagnac, tabac, et chat sur les genoux, à parler pour comprendre ce qui m'arrivait, ou plus simplement à rendre tout ça supportable, une pause avant le retour vers l'enfer. "Allez zou !, pas de chichis !, tu restes là ce soir, pas de discussion !...", avec son accent auscitain. Je restais alors, et je m'endormais, là, comme sous une aile. Ces soirs là, ça allait...

Grâce à mon amie, j'ai eu une mère, celle qui console, celle qui cajole.
Puis, grâce à mon amie, mon épouse a eu une belle-mère, celle qui s'intéresse, qui s'inquiète, qui s'interroge, qui explique, qui dédramatise.
Et grâce à mon amie, mes enfants ont eu une grand-mère, celle qui s'émerveille devant un premier pas, un premier mot dit puis lu, un premier émoi, qui encourage, dorlote, s'amuse et amuse. Des mots fades, je vous dis Monsieur l'Abbé.

Croyez pas que j'avais non plus l'exclusivité de son amour, monsieur l'Abbé, c'est ça qu'aurait dû vous faire comprendre votre église pleine d'autres choses que de bourges et de vieux. Des "zou, pas de chichis, tu restes...", elle en avait pour beaucoup. Les habitants de sa cité, les enfants de l'école primaire de ZEP où elle était instit puis directrice, pour sa famille, son mari, ses enfants, puis ses petits enfants, les vrais. Pour ceux qui choisissent de donner sans rationner, le stock d'amour ça s'épuise pas.  "Allez zou ! pas de chichis..."

Si bien que quand son époux m'a demandé de lire la prière universelle à ta messe monsieur l'Abbé, mon angoisse, c'était d'arriver à lire sans fondre en larmes. Je me demandais comment j'allais faire. Penser à des conneries... Pas ça qui manque. Pourtant c'est pas des grands discours, cette prière universelle; quand les chrétiens prient pour l'univers, c'est du préécrit prédigéré, y a qu'à ânoner, mettre le bon prénom, celui du défunt, à la place des tirets, et c'est du tout cuit. C'est pas le grand moment d'émotion, mais c'était déjà trop pour moi. Comment j'allais faire...

Et c'est là que t'es arrivé Monsieur l'Abbé, avec ton sermon, et ton col romain qui pointait sous l'étole. Pourtant tu la connaissais mon amie, et si c'était pas le cas, t'aurais dû, elle t'aurait donné le mode d'emploi de l'évangile, de la vie. Si tu l'avais connue, écoutée, elle aurait pu te donner les bons mots, ceux qui parlent, ceux qui engagent, ceux qui servent et qui s'usent pas.
Grâce à toi j'avais plus envie de pleurer Monsieur l'Abbé... je suis resté dans la douleur, ça c'est sûr, mais rarement passé aussi vite de la tristesse à la colère. Jamais entendu un baratin aussi désincarné,  froid, livide. Y avait plus de vie qui émanait du cercueil devant toi que de ta bouche, Monsieur l'Abbé. Tu disais que le bonheur c'était pas ce que nous avait donné mon amie. Que c'était ailleurs, au ciel...  T'y connais vraiment rien en bonheur, monsieur l'Abbé. Ah ça t'aurais dû l'écouter mon amie. Pourtant un jeune cureton, - y en a donc encore - je me suis dit, c'est pas encore tout à fait blazé, ça peut encore ressentir de l'émotion, ça a pas encore eu le temps de soigner sa solitude, son désespoir et son incroyance dans la vinasse ou les mondanités entre notables. Y a encore un peu d'espoir... Ben non.
A moins que tu l'aies fait exprès. C'est peut-être ça je me suis dit. Peut être que tu as voulu nous faire sortir de l'émotion pour nous remettre en face de la réalité du monde. La vie continue. Peut-être. Mais je crois pas que t'étais assez fin pour ça, monsieur l'Abbé. A la façon dont tu t'es défilé à la fin on comprenait que t'en avais juste rien à foutre. Simple fonctionnaire.

Mais grâce à toi j'ai pas bafouillé monsieur l'abbé, pas une larme, pas une goutte. J'ai ânoné sans trébucher, en mettant le ton, tout comme y faut, façon leader d'opinion qui récite les diapos du labo pendant un symposium du congrès de la médecine générale, juste à mettre le bon nom du médicament dans les tirets. Alors, merci Monsieur l'Abbé.

A la sortie, t'étais déjà plus là, mais je peux te dire que tu faisais l'unanimité monsieur l'Abbé, ça marmonnait dans les groupes autour du corbillard. "Non mais quel con !" pleurait ma fille. C'est pas vrai, monsieur l'Abbé, avec un con, il y a des émotions, de la tendresse, de la douceur, de la chaleur. Toi t'es pas un con, monsieur l'Abbé, t'es juste un connard.




samedi 19 janvier 2013

Certifichiure

J'ai fait médecine et ça fait du bien
Je dédie ce post au vaste peuple des besogneux épiciers de la médecine qui, ayant du premier au dernier jour de leur carrière soigneusement évité tout effort de réflexion sur leur exercice, encouragés en cela par leurs maîtres, leurs syndicats, leurs confrères, leurs conjoint(e)s et l'avide poursuite du niveau de vie auquel ils pensent avoir droit compte tenu de leur niveau d'études et de responsabilité (alors qu'ils sont intellectuellement médiocres n'ayant "fait" médecine générale que parce qu'incapables d'être spécialiste, c'est à dire se remplir les poches avec moins d'efforts encore), ne voient aucune différence entre la médecine et le petit commerce, et donc érigent en compétence professionnelle l'art du baissage de froc devant leurs patients clients, les labos, la sécu, les leaders d'opinions, les autorités et surtout devant leur propre dignité, et ont ainsi rendu au fil des années et de leur pratique cette histoire possible, fréquente et reproductible, et contribuent de façon métenculeuse à l'humiliation de la médecine générale, à son mépris, et à sa fin.

Ce hier matin je vois madame et sa fifille, 11 ans. Elles ont le rhume, ou la grippe je m'en fous; ça se soigne pareil. Le médecin traitant habituel est aaaabsolument oveurbouqué, accaparé sans doute à renouveler les statines chez ses vioques et déboucher les nez à grandes giclées de pseudoéphédrine chez les autres. C'est donc moi qui m'y colle.

Le soir du même jour, madame m'appelle pour la fifille. Elle a compétition de gimastique ce dimanche et il lui faut un certificat médical, dixit l'entraineur, et qu'elle passera demain pour le prendre. Gloups... Ah bon ?...  Et avec ceci ?.. Ce sera tout ?...  Y-en-a-un-peu-plus-je-vous-le-mets-quand-même ?...  Et vous avez vu notre promotion sur la nouvelle pilule bio ?... Je vous en mets une pour l'essayer... Vous me direz.

Oui, la mère dit, parce que l'entraineur elle a dit que si elle est pas à la compétition le club doit payer l'amende.

J'essaye avec souffrance de me restreindre dans l'enclos d'une civilité que les restes d'une éducation bourgeoise fondée sur la soumission aux cons supérieurs peinent de plus en plus à maintenir debout, essayant de faire passer le message que c'est pas mon problème, que cette demande c'est n'importe quoi, et que je fais pas de certificat à la con, déjà les autres, c'est peine. Je raccroche, précisant ma désolation, pensant que c'est pas encore comme ça que je vais les fidéliser ceux-la.

Je reprends la consultation interrompue et le téléphone sonne au bout de deux minutes. La voix d'une vieille sure sûre d'elle même : "Je suis l'entraineur ET la prééésidente du club de gimastique, et il me FAUT un certificat sinon le club paye une amende de 160 euros si l'enfant est pas là."

"Et en quoi ça me concerne, ça concerne un médecin et la médecine ? C'est votre problème, mais ce que je peux vous proposer c'est de vous le faire à 200 euros ce certificat. Quelle idée, à la mesure sans doute de votre titre d'entraîneuse, vous faites vous de la médecine et des médecins, chère madame ?" - "Mais à 23 euros la ça passe habituellement, je ne comprends pas."


mardi 2 octobre 2012

Savoir dire non

 Quand je l’ai vue pour la première fois la vieille avec sa fille, qui venait exprès de Paris pour voir sa mère qui n’allait plus, elle vomissait la rage la vieille depuis des semaines, que son médecin lui rajoutait des antivomitifs à tire-larigot. Il était en vacances le bougre. J’ai vu sa liste de médicaments à la vieille et j’ai dit à sa fille : "arrêtez celui-là et revenez me voir si les vomissements continuent". Elle est revenue me voir un mois après pour me dire que les vomissements s’étaient arrêtés 24 h après l’arrêt du médicament et qu’elle voulait changer de médecin. Le Protélos c’était le médicament.

Quand elle s’est retrouvée à l’hôpital la vieille parce qu’elle avait chuté chez elle toute seule, c’est vrai que la maladie de Parkinson ça rend instable, surtout toute seule, elle est sortie de l’hosto avec un RV en consultation de gériatrie. Quand j’ai reçu la lettre de l’alzheimerologue qui m’écrivait que compte tenu de son état de démence parkinsonienne elle voulait lui refourguer des patchs d’antialzheimer, j’ai pris mon plus beau clavier pour lui écrire que son médicament, pas pour ma vieille. Vexée qu’elle était l’alzheimerologue et qui a continué à vouloir lui refourguer sa merde. J’ai prévenu la vieille et sa fille que ça passerait pas par moi.
Quand la fille à ma vieille elle a fini  par se rendre compte que sa vieille elle pouvait plus rester à domicile, mais que ça l’emmerdait bien parce que “c’est mon héritage qui commence à filer si je la mets en maison de retraite” (sic), elle m’a envoyé de Paris deux certificats à remplir pour la coller en EHPAD la vieille. Des fois que je serai trop con pour comprendre elle avait même commencé à précocher les cases la fille. J’ai ravalé l’humiliation du certificat précoché par la bourge, et je les ai rempli ses papelards. Pas 24 h pour lui renvoyer les deux certifs consciencieusement remplis. Le problème c’est que j’y avais joint la facture, pour le travail demandé. 40 euros. Eh oui.
 

Alors la fille elle m’appelle ce jour pour me dire sa surrrrrrrprise, que j’aurais dû la prévenir que c’était payant. Parce qu’un autre larbin médecin de sa connaissance, il faisait pas payer lui. "C'est son problème, s'il estime que son boulot vaut pas un clou, chère médème" -  "Et comment il faut faire pour le remboursement ?" -  "Y a pas de remboursement, c'est pas prévu par la sécu." - Long silence - J'y laisse pas reprendre son souffle et j'y assène que je suis surpris qu’elle soit surprise que je demande à être payé pour mon travail, mais que ça m’étonne pas trop vu ce qu'elle m'avait fait comprendre d’elle, que normalement je demande 30 euros pour ce type de certif, c'est affiché, et que j’y avais fait un prix en plus, et que tout compte fait la facture elle pouvait se la rouler et se la carrer au fion et qu’elle devait, à compter de cette heure se dégoter un autre larbin médecin pour sa vieille.

Y avait des patients devant moi à c’t'heure où j’y réglé son compte à l’autre. Un petit couple gentil, façon CMU. Ils étaient sciés. Je me suis excusé, j’ai dit qu’il fallait pas me gonfler surtout avec des bourges pétés de thune, et j’ai fini la consultation.

Ah putain ça fait du bien, et 40 euros pour ce plaisir là, c'est pas cher payé j'te jure.
 

jeudi 2 août 2012

Comment le lobby du pétrole subventionne des medias français, et comment ils s'y engluent honteusement




paysage médiatique


Acte 1

"Comment le lobby du tabac a subventionnée des labos français" tel était le titre d'un dossier du Monde du 1er juin 2012.
Dossier qui révélait les liens passés des chercheurs sur le tabagisme en France avec les cigarettiers. C'est dans ce dossier que le Monde relevait l'inexactitude de la déclaration d'intérêts du professeur Molimard sur le site du Formindep. Sur le site du Formindep le Professeur Molimard s'en expliquait, et le Formindep en tirait les leçons : voir et là. On jugera de la dignité de la réaction de l'un et de l'autre.


Acte 2

Quelques jours plus tard, le 22 juin sur France Inter à l'émission la Tête au Carré, Stéphane Foucart, un des journalistes du Monde auteur de ce dossier, attaquait publiquement le Formindep en mettant en doute la crédibilité de ses informations à partir de cette affaire de la déclaration d'intérêts de Robert Molimard.

Acte 3

Le 26 juillet, le site Arrêt Sur Images publie une enquête  révélant que Jean-Michel Bezat, journaliste au Monde, qui avait publié la veille un reportage favorable à l'exploitation du gaz de schiste intitulé : "Bienvenue à Fort Worth, Texas, la capitale du gaz de schiste", avait bénéficié pour ce reportage d'un voyage de presse financé par Total. Sans compter l'éditorial du Monde du même jour intitulé : "n'enterrons pas le débat sur le gaz de schiste"...

Au Total (si j'ose dire) :

 - Je n'ai trouvé sur le site du Monde aucune déclaration de liens d'intérêts du journaliste Bezat auteur de la quasi publi-rédaction révélée par Arrêt sur Images. Aucune déclaration d'intérêts, même pas fausse,  inexacte, ou partielle. Aucune. Pas davantage d'ailleurs des autres journalistes du Monde, ni de la presse en général. Dans "des" medias français, comme en médecine, la confiance repose sur l'opacité.
Rappelons quand même que si les conflits d'intérêts de Robert Molimard avec les cigarettiers remontent à plus de 15 ans, ceux de Bezat avec les pétroliers datent de juillet 2012. 
Le Formindep publie les déclarations d'intérêts de ses auteurs et reconnaît ses erreurs. Le Monde lui cache les conflits d'intérêts de ses journalistes.

- Suite à la révélation d'arrêt sur Images, je n'ai trouvé de la part du Monde ou du journaliste gazéifié par Total, aucune déclaration pour s'expliquer, s'excuser, proposer sa démission, remettre en question la gestion des conflits d'intérêts, ou plutôt leur absence de gestion des conflits d'intérêts. Rien. Nib. Que dalle. Le Formindep lui tire les leçons.

- Stéphane Foucart, journaliste déjà nommé, ne s'est répandu dans aucun media, radio, télévision, Internet, pour remettre en question la crédibilité des infos du Monde. Pas plus lui d'ailleurs qu'aucun autre journaliste de la médiasphère. Pas plus de remise en question que de gaz de schiste au fond de mon slip après un copieux cassoulet.
Par contre le lendemain de la quasi publicité rédactionnelle de son confrère, il tentait lamentablement de ramer à contre-courant en publiant un article révélant (sans rire) les liens d'intérêts d'un rapport US favorable aux gaz de schiste : "aux Etats-Unis, un rapport douteux sur les gaz de schiste" s'intitulait l'article. Par contre, pas vu l'article intitulé : "au Monde, un reportage douteux sur les gaz de schiste". S'agirait pas de cracher dans la cuve à fuel quand même. Reste à savoir si l'éthique, la honte et le ridicule se dissolvent dans l'huile de goudron.

journaliste en plein conflits d'intérêts


Im(moralité)

Le Monde, mais pas que le Monde car en règle générale les journalistes français n'ont hélas rien à envier aux médecins en matière de soumission aux lobbies et de corruption, continue à utiliser avec brio les outils traditionnels de la presse française pour gérer ses conflits d'intérêts : opacité, copinage, hypocrisie, silence, tentatives d'enfumage, dénigrement public des rares acteurs de l'indépendance de l'information, etc. 
Rien de tel en effet que les bons vieux instruments de la manipulation de l'information ayant fait leur preuve et amoureusement peaufinés au fil du temps et de l'histoire. 
Ce vieux monde, celui du siècle dernier,  pue vraiment trop. Vivement le nouveau, celui d'une information transparente et humble.




PS : Mieux vaut lire en effet les infos scientifiques du Formindep que du Monde, en particulier l'extraordinaire lettre de Robert Molimard à la HAS, pour réclamer une expertise indépendante lors de la réévaluation de la reco sur l'aide à l'arrêt du tabagisme : Le mythe de l'addiction à la nicotine.
Un document de formation que tout prescripteur, vendeur et utilisateur de patch nicotinique devrait lire.



samedi 21 avril 2012

Chouette c'est pas toujours les mêmes qui morflent

 

L'ultra-milliardaire Warren Buffett, victime du lobby de la prostate. 

Gnarf, gnarf... On croit rêver.

Dépisté jusqu'à ce que mort s'en suive les potes...

Zyeutez donc moi ça :

What We Can Learn From Warren Buffett's Prostate Cancer  

Dans le même registre, j’ai rencontré récemment une journalisse parisienne branchée, de celles qui révèle les scandâles, prout-prout, fréquente les hauts sommets de la médecine -  ceux qui savent - .  

Elle se vantait la garce de se faire irradier le nibard avec conviction tous les ans... chez le meilleur bien sûr, l'amputologue à miches trois mamelles du Guide Miche-fin...  "On ne sait jamais Julien !" 

Elle avait pas eu le courage d'ouvrir le livre de Rachel Campergue que je lui avais pourtant refourgué, la journaleuse. La vérité, parfois dure à lire, c'est vrai. 

LE critère de la qualité des soins, c’est l’indépendance des prescriptions et pas le niveau des dépassements d’honoraires du notable avarié. 

L'indépendance de la prescription c'est d'abord et avant tout chez les petits généralistes de merde sans intérêts qu'on la trouve. 

Du moins ceux qui conpissent les foires aux labos. Comme l'incroyable congrès de la merdrecine générale de Nice, si courageusement promu par les collabolabos. La culture de congrès rien que ça !... Et puis quoi encore... C'est à ça qu'on les reconnaît, les cultivés du congrès. Quand le ridicule leur sert de carrière.

L'indépendance de la prescription, c'est quand les pauvres, au moins une fois dans leur putain de vie à la con, ont une chance de clamser après les riches.

L'indépendance de la prescription, c'est ça la vraie révolution !... ¡ Arriba !... 

Allez voter !

vendredi 12 août 2011

Peu de bruit pour si peu

Histoire banale.
Dans une cité comme une autre des jeunes tiennent les murs chaque soir au bas des blocs. Bruits, cris, agitations tard la nuit, insultes sur ceux qui leur demandent de se taire. La police ne vient pas bien sûr, il ne faut pas provoquer. Zone de non droit, etc. Exaspéré, un soir, un vieux qui vote sans doute Front National, prend sa carabine et en shoote un, du septième ce soir là. Un jeune meurt. Drame des banlieues titre la presse, l'appart du vieux est saccagé. Une marche silencieuse est organisée en mémoire de la victime. Comité de soutien au tireur : il n'en pouvait plus, il avait appelé la police 17 fois. Le procès a lieu. Le vieux est condamné, circonstances atténuantes ou pas. La justice a passé. On ne fait pas sa loi soi-même. Histoire banale. Je vous l'avais dit.



Le lac des Ibis au Vésinet
Chez les riches c'est plus simple. Mariage maghrébin en banlieue. Youyous, coups de klaxons, drapeaux algériens aux portières des voitures, dérapages sur la place devant la mairie. Et belles photos des mariés. A Roubaix on va au Parc Barbieux. A Nanterre on va sur les pelouses du Vésinet. Bruits, cris et agitations. Fête et belles photos. On ne fait que passer sur les pelouses. On ne s'incruste pas. Mais c'est déjà insupportable pour ce vésigondin-là. Et quand le vésigondin sonne la police arrive. Vite fait puisqu'elle est déjà sur place la police. La tranquillité des riches en Sarkozie ou ailleurs. Alors les choses redeviennent banales. Course poursuite d'un jeune en scooter. Un jeune meurt. Les versions seront toujours différentes bien sûr entre la police et la famille. Force reste à la loi. Pas de titres dans la presse ou si peu, pourtant des journalistes au Vésinet il y en a. Pas de procès, pas de condamnation, pas de bruit. Juste la souffrance d'une famille et la tranquillité du Vésinet, infinies toutes les deux. Ici pas besoin d'arme à feu, c'est simple comme un coup de fil.








mardi 14 juin 2011

Demande de retrait de photographie de mademoiselle Zahia Dehar

J'ai reçu ce courriel d'une officine qui se préoccupe de la réputation électronique de Mlle Zahia Dehar qui avait défrayé la chronique footballistique dans des temps heureusement révolus. Evidemment j'ai tout anonymisé pour éviter tout problème.


Bonjour M. Bezolles,
 
Je me permets de vous contacter pour le compte de Mademoiselle Zahia Dehar qui a délégué à notre société XXXXXXXXXX la gestion de son image et de ses droits sur internet.
 
Vous avez publié une photographie de notre cliente sur votre site internet à la page suivante :
 
http://julienbezolles.blogspot.com/2010/05/bon-de-transport.html

Pourtant, Mademoiselle Dehar n’a jamais donné son autorisation préalable pour que cette photographie soit reproduite et publiée sur votre site internet. Cette autorisation est pourtant nécessaire. En effet, chaque individu, quelle que soit sa notoriété dispose  sur son image et l’utilisation qui en est faite, d’un droit exclusif qui lui permet de s’opposer à sa diffusion sans son autorisation. Ainsi, cette diffusion porte atteinte au droit à l’image de notre cliente au sens de l’article 9 du Code civil. De plus, j’attire votre attention sur le fait que Mlle Dehar était mineure lorsque cette photographie a été prise.
 
En outre, la diffusion de cette photographie est très préjudiciable pour Mlle Dehar dans la mesure où elle ne reflète plus sa personnalité et ses perspectives actuelles.
 
Ainsi et compte tenu du préjudice important que subit notre cliente, je fais appel à votre compréhension et vous demande de bien vouloir retirer la photographie que vous avez publiée.
 Bien cordialement,
--
AlXXXXXXXX
Juriste

Tel. direct:
Blog: http://www.XXXXXXXXXX
Twitter: @rXXXXXXXXX
 Facebook: facebook.com/XXXXXXXXXX
 

Effectivement, y a outrage. Et j'en présente très sincèrement toutes mes excuses à la victime. J'ai donc totalement modifié la photo de façon à la rendre absolument impossible à identifier, et suite à une relance de cette entreprise de purification électronique, je l'ai même supprimée.  Jugez par vous même sur la page concernée : http://julienbezolles.blogspot.com/2010/05/bon-de-transport.html 
Pour montrer toute ma bonne volonté et réparer ainsi mon erreur je vous invite donc tous à vous rendre sur le site officiel de Melle Zahia Dehar afin que vous réalisiez à quel point son site actuel ne reflète plus sa personnalité et ses activités passées. Encore toutes mes excuses, et que ceux qui hébergeraient encore sur leur blog, de façon tout à fait involontaire comme moi, des photos de la Zahia Dehar d'avant s'empressent de les occulter. Merci.