mardi 20 novembre 2007

Ma bourgeoise


J'en ai pas beaucoup des bourgeoises, c'est pas Neuilly ici, mais fallait bien s'attendre à ce que la visite à domicile non remboursée les fasse sortir. Comme les escargots. Après la pluie.

Celle-là, de bourgeoise, elle a les relations qui vont avec, les neurochirurgiens, les chefs d'entreprise à 15 milles patates par mois, et toute cette sorte de choses.

Elle a aussi les maladies qui vont avec, ma bourgeoise. Faut bien qu'elle ait des raisons que je la soigne. La bonne maladie rare que même le spécialiste il en avait jamais vu, et que c'est moi qui l'ai vue le premier et que le spécialiste il voulait faire croire au super-spécialiste que c'était lui.

Et les bonnes complications qui vont avec. Suffisamment, des complications, pour que les enfants à ma bourgeoise, ils envoient des courriers recommandés à l'hôpital, parce-que-vous-comprenez-on-voudrait-quand-même-bien-savoir-
ce-qui-se-passe. Suffisamment pour que le petit-docteur-qu'est-si-dévoué-et-on-vous-remercie-encore-de-tout-
ce-que-vous-faites-pour-ma-mère, il se fasse chier comme un malade, avec sa bourgeoise.

Seulement voilà, y a un problème. C'est que ma bourgeoise, elle bouge encore. Entre deux opérations, deux complications, elle qui a pas encore ses 75 balais pour que le larbin il vienne à cent pour cent sans se faire payer comme avant, elle bouge encore la bourgeoise.

"Vous comprenez Docteur, hier soir j'étais encore au restôôrant, évidemment je mange moins qu'avant, c'est normal, avec tout ce qu'il m'est arrivé. Alors hier soir mes amies elle me disent : « Mais t'es sûre, Gisèle, (elle s'appelle Gisèle) que t'y as pas droit aux visites remboursées, avec tout ce qui t'arrive ? Demande quand même un peu à ton docteur. »
Alors voilà docteur, je voulais vous en parler, parce que vous comprenez, 10 euros, c'est pas que je peux pas les payer bien sûr, mais enfin s'il y a une possibilité... Et puis je me sens pas la force pour aller à pied jusque chez vous. Le Cluub, ça va encore, j'y retourne, mais c'est le maximum que je peux me permettre. Vous comprenez, docteur."

- "Je vous ai déjà expliqué Madame Vancouillevenboote, je sais que votre état est encore fragile, mais maintenant il y a des critères légaux et je dois m'y tenir. Je vous ai dit que j'acceptais encore de venir chez vous. Vous êtes la seule pour laquelle j'accepte de le faire, mais il y a 10 euros qui ne seront pas remboursés."

J'avais dit que la nouvelle visite à domicile inaugurait la médecine à trois vitesses :
Ceux qui n'ont pas les moyens de se déplacer. Ceux qui ont les moyens de se déplacer. Et maintenant ceux qui ont les moyens de ne pas se déplacer.

Gisèle Vancouillevenboote c'est la troisième vitesse de la médecine, et avec l'embrayage elle passerait même la quatrième si elle pouvait Gisèle. Gisèle Vancouillevenboote c'est celle qui permet de rester imparfait, celle qui aide à ne pas être en accord avec ses principes. L'exception qui humanise. Qui permet de rester un petit généraliste de Fourmiland...

Donc Gisèle Vancouillevenboote, elle en veut toujours de son docteur à domicile, mais toujours au même prix. C'est alors que me vint l'idée du siècle.

"Mais Madame Vancouillevenboote, il me vient une idée. Puisque vous êtes à 100% pourquoi ne demanderiez vous pas un VSL (véhicule sanitaire léger) pour venir jusqu'à mon cabinet
? Je pense qu'il faudrait que vous téléphoniez au contrôle médical à la sécu et que vous posiez la question..."

Sept jours plus tard. Entretemps je lui avais fait arrêter le Bactrim que lui avait donné l'hôpital parce que 2000 globules blancs ça lui faisait plus beaucoup.

"Ah, Docteur, j'ai fait ce que vous m'avez dit. J'ai appelé le médecin de la sécurité sociale. (Elle avait osé !) Je suis tombé sur une dame très gentille, c'était pas un médecin, un agent administratif, elle m'a dit. Elle m'a dit non, vous y avez pas droit au VSL, même les aveugles y ont pas droit au VSL. Par contre elle m'a bien expliqué que les 10 euros c'était pas pour la sécu, c'était pour vous docteur, et que vous étiez pas obligé de les demander."

C'est à ce moment-là que ça s'est passé.

Gisèle Vancouillevenboote est morte, égorgée à son domicile. Avec ses boyaux j'ai étranglé l'administratif du contrôle médical. Tout est accompli.

J'attends la police. Ce sont mes derniers mots. Je vous aime. Ne m'oubliez pas trop vite.

signé : Julien Barbardamu (2002)

2 commentaires:

  1. C'est génial! Je voulais dire, l'histoire de la bourgeoise, évidemment - la première histoire est tragique, mais malheureusement trop facile à croire...

    J'ai trouvé votre blog par Atoute - je compte y jeter un coup d'oeil de temps en temps dorénavant.

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