Cher Monsieur et ancien patient client,
Votre
précédent médecin ne pouvait pas vous recevoir ce jour là, où je vous
ai vu pour la première fois. Vous aviez mal dans la poitrine du haut de
vos 85 ans. Le médecin des urgences où vous étiez passé deux jours
auparavant pour cette douleur avait diagnostiqué une pneumonie et vous
avait laissé sortir avec de l'Augmentin®.
Quand vous m'avez raconté vos douleurs et que deux semaines avant on vous avait posé un stent au coeur pour ces mêmes douleurs, j'ai aussitôt appelé le cardiologue à l'hôpital. Je lui ai dit devant vous que votre stent se bouchait, et le cardiologue vous a accueilli dans le quart d'heure dans son service de soins intensifs. Sans repasser par les urgences. Vous ne m'avez pas remercié.
Une fois sorti de l'hôpital, vous m'avez parlé de ces douleurs de jambes. Depuis des mois, des années. De plus en plus fortes, la marche devenait de plus en plus douloureuse, pénible, insupportable. A la marche, puis au repos, puis la nuit, vous ne dormiez plus, vous maigrissiez. J'ai dû vous revoir plusieurs fois le temps de faire les examens nécessaires, d'évaluer l'efficacité des traitements. A chaque fois vous me faisiez bien sentir que 22 puis 23 euros c'était bien cher, que je vous revoyais pour rien, sinon pour faire marcher mon petit commerce. Je n'ai jamais rien dit.
Au bout de quelques temps c'est la morphine qui vous a enfin soulagé, vous a redonné le sommeil, l'appétit, le moral. Bien sûr le temps d'équilibrer le traitement, de l'évaluer, puis de vous revoir chaque mois pour le renouveler, le surveiller, autant de consultations pour me faire sentir que j'exagérais, faire peser sur moi votre mépris.
Vous aviez partout de l'artérite des jambes et le canal lombaire rétréci par l'arthrose, de bas en haut. Je ne pouvais vous dire quelle était la cause exacte de la douleur. Compte tenu de votre âge, de vos maladies, j'essayais de vous expliquer qu'on ne pourrait rien faire de radical, et que l'important c'est que vous soyez soulagé. C'était le cas. Vous le reconnaissiez du bout des lèvres. Pourtant c'était évident. Vous repreniez du poids, du moral, du sommeil, vous marchiez de nouveau sans canne. Mais ça n'allait toujours pas.
Vous avez demandé à aller à la consultation anti douleur du CHU d'à coté : 80 km, 3 mois d'attente. Vous êtes sorti de cette officine de l'industrie pharmaceutique avec les saloperies habituelles, inefficaces et dangereuses. Le fin algologue industriel vous avait dit d'arrêter la morphine, je n'y connaissais rien. Vous étiez bien d'accord. Une semaine après vous geigniez de douleur. Il a fallu tout reprendre, mais là encore c'était pour arrondir mes fins de mois bien sûr. Vous êtes retourné à ses consultations, reconvoqué régulièrement, poisson amorcé. Au bout d'un an, vous avez fini par réaliser, vous et votre famille, que ça ne servait à rien. Seule la morphine vous soulageait, mais c'était prescrit par le petit généraliste de merde. Intolérable.
Alors vous avez voulu consulter le grand chirurgien du CHU plus loin. 210 km, 4 mois d'attente. Comme moi il était incapable de faire la part des choses entre les douleurs rhumatologiques et artérielles. Pour justifier sa consultation à 150 euros, il était prêt à vous faire une infiltration quelque part dans le dos. Quelque part... compte tenu du fait que c'était rétréci de partout, votre putain de canal lombaire, il pouvait taper qu'au hasard. Ca vous a permis de faire un nouvel aller retour, frais sécu, 2 fois 210 km, pour l'avoir l'infiltration. Vous l'avez eue. Après le voyage il a fallu que je vous vois "en urgence" pour augmenter la morphine, le prix du voyage sans doute.
Moi qui ne fais pas de visite à domicile, quand vous m'avez appelé parce que vous aviez des vertiges et que vous ne teniez plus debout, je suis arrivé avant le Samu. J'avais amené tout le dossier médical, les radios, les ECG, tout le bordel. C'est grâce à ça que le Samu a pu vous laisser chez vous.
Suite à ça c'est la seule fois où vous m'avez dit merci, quand je vous ai revu pour reconduire la morphine. Et le train-train a repris. Tous les mois je réévaluais le traitement et le reconduisais en l'adaptant. Tous les mois j'y avais droit. "Vous êtes sûr que c'est efficace, vous êtes sûr que j'en ai besoin". "Est ce que je devrais pas aller voir unvrai médecin spécialiste ? Ma fille et ma femme se demandent..." Vous l'avez arrêtée, pour voir. Vous avez vu.
Chaque mois vous étiez obligé de me revoir, et je sais bien ce que ça vous coûtait de venir me voir... Le temps a passé, 88, 89, 90 ans... Jusqu'à ce jour où vous m'avez appelé pour me dire que vous aviez trouvé une place en maison de retraite, et si je voulais continuais à vous suivre. J'ai dit OK mais toujours à mon cabinet, question de qualité. Vous m'avez dit que la maison de retraite refusait. Mensonge. Je vous ai redit et expliqué que compte tenu des conditions de travail dans cette maison de retraite, je n'y allais plus. Vous m'avez dit : "C'est embêtant pour vous, je vais devoir changer de médecin".
Quand votre fille m'a téléphoné pour m'enjoindre de transmettre votre dossier au nouveau médecin traitant, je lui ai dit que les frais s'élevaient à 15 euros, il y avait plusieurs dizaines de photocopies à faire, plus le temps et les frais d'envoi... Trois mois après votre dossier attend toujours dans mon cabinet. Je voulais vous en informer.
Votre ex larbin.

Quand vous m'avez raconté vos douleurs et que deux semaines avant on vous avait posé un stent au coeur pour ces mêmes douleurs, j'ai aussitôt appelé le cardiologue à l'hôpital. Je lui ai dit devant vous que votre stent se bouchait, et le cardiologue vous a accueilli dans le quart d'heure dans son service de soins intensifs. Sans repasser par les urgences. Vous ne m'avez pas remercié.
Une fois sorti de l'hôpital, vous m'avez parlé de ces douleurs de jambes. Depuis des mois, des années. De plus en plus fortes, la marche devenait de plus en plus douloureuse, pénible, insupportable. A la marche, puis au repos, puis la nuit, vous ne dormiez plus, vous maigrissiez. J'ai dû vous revoir plusieurs fois le temps de faire les examens nécessaires, d'évaluer l'efficacité des traitements. A chaque fois vous me faisiez bien sentir que 22 puis 23 euros c'était bien cher, que je vous revoyais pour rien, sinon pour faire marcher mon petit commerce. Je n'ai jamais rien dit.
Au bout de quelques temps c'est la morphine qui vous a enfin soulagé, vous a redonné le sommeil, l'appétit, le moral. Bien sûr le temps d'équilibrer le traitement, de l'évaluer, puis de vous revoir chaque mois pour le renouveler, le surveiller, autant de consultations pour me faire sentir que j'exagérais, faire peser sur moi votre mépris.
Vous aviez partout de l'artérite des jambes et le canal lombaire rétréci par l'arthrose, de bas en haut. Je ne pouvais vous dire quelle était la cause exacte de la douleur. Compte tenu de votre âge, de vos maladies, j'essayais de vous expliquer qu'on ne pourrait rien faire de radical, et que l'important c'est que vous soyez soulagé. C'était le cas. Vous le reconnaissiez du bout des lèvres. Pourtant c'était évident. Vous repreniez du poids, du moral, du sommeil, vous marchiez de nouveau sans canne. Mais ça n'allait toujours pas.
Vous avez demandé à aller à la consultation anti douleur du CHU d'à coté : 80 km, 3 mois d'attente. Vous êtes sorti de cette officine de l'industrie pharmaceutique avec les saloperies habituelles, inefficaces et dangereuses. Le fin algologue industriel vous avait dit d'arrêter la morphine, je n'y connaissais rien. Vous étiez bien d'accord. Une semaine après vous geigniez de douleur. Il a fallu tout reprendre, mais là encore c'était pour arrondir mes fins de mois bien sûr. Vous êtes retourné à ses consultations, reconvoqué régulièrement, poisson amorcé. Au bout d'un an, vous avez fini par réaliser, vous et votre famille, que ça ne servait à rien. Seule la morphine vous soulageait, mais c'était prescrit par le petit généraliste de merde. Intolérable.
Alors vous avez voulu consulter le grand chirurgien du CHU plus loin. 210 km, 4 mois d'attente. Comme moi il était incapable de faire la part des choses entre les douleurs rhumatologiques et artérielles. Pour justifier sa consultation à 150 euros, il était prêt à vous faire une infiltration quelque part dans le dos. Quelque part... compte tenu du fait que c'était rétréci de partout, votre putain de canal lombaire, il pouvait taper qu'au hasard. Ca vous a permis de faire un nouvel aller retour, frais sécu, 2 fois 210 km, pour l'avoir l'infiltration. Vous l'avez eue. Après le voyage il a fallu que je vous vois "en urgence" pour augmenter la morphine, le prix du voyage sans doute.
Moi qui ne fais pas de visite à domicile, quand vous m'avez appelé parce que vous aviez des vertiges et que vous ne teniez plus debout, je suis arrivé avant le Samu. J'avais amené tout le dossier médical, les radios, les ECG, tout le bordel. C'est grâce à ça que le Samu a pu vous laisser chez vous.
Suite à ça c'est la seule fois où vous m'avez dit merci, quand je vous ai revu pour reconduire la morphine. Et le train-train a repris. Tous les mois je réévaluais le traitement et le reconduisais en l'adaptant. Tous les mois j'y avais droit. "Vous êtes sûr que c'est efficace, vous êtes sûr que j'en ai besoin". "Est ce que je devrais pas aller voir un
Chaque mois vous étiez obligé de me revoir, et je sais bien ce que ça vous coûtait de venir me voir... Le temps a passé, 88, 89, 90 ans... Jusqu'à ce jour où vous m'avez appelé pour me dire que vous aviez trouvé une place en maison de retraite, et si je voulais continuais à vous suivre. J'ai dit OK mais toujours à mon cabinet, question de qualité. Vous m'avez dit que la maison de retraite refusait. Mensonge. Je vous ai redit et expliqué que compte tenu des conditions de travail dans cette maison de retraite, je n'y allais plus. Vous m'avez dit : "C'est embêtant pour vous, je vais devoir changer de médecin".
Quand votre fille m'a téléphoné pour m'enjoindre de transmettre votre dossier au nouveau médecin traitant, je lui ai dit que les frais s'élevaient à 15 euros, il y avait plusieurs dizaines de photocopies à faire, plus le temps et les frais d'envoi... Trois mois après votre dossier attend toujours dans mon cabinet. Je voulais vous en informer.
Votre ex larbin.
Du vécu. Bravo. J'ai adoré "ma femme/ma fille qui est infirmière au CHU voudrait que je consulte un spécialiste", j'y ai droit régulièrement bien sûr pour les patients équilibrés au millimètre qui n'en ont pas besoin, ceux qui ne font aucun des examens prescrits et qui reviennent au bout de 3 mois et demi "je suis à court depuis 15 jours, je croyais que je n'en avais plus besoin puisque ça allait bien la dernière fois, mais j'ai mal à la tête" et je trouve 22/11, classique...tout comme la prochaine fois il viendra au bout de 3 mois et une semaine, avec 19/10 et impossible de le voir UNE fois sous traitement...n'ont pas envie de voir le spécialiste. Le pépé bien équilibré qui ne bouge pas du canapé que la famille pousse à aller voir le chir vasculaire et qui décède des suites, le diabète qui s'équilibre à l'hopital (rien à manger de bon) puis tout est à changer dès le retour à la maison etc etc. je pense qu'il ne faut rien attendre du patient, ni qu'il comprenne le travail fait, ni qu'il l'apprécie, comme ça on n'est pas déçu. Bonne continuation. Radéchan.
RépondreSupprimerBravo pour votre abnégation, mais à 58 ans je n'ai plus votre patience.
RépondreSupprimerToutes les couleuvres que j'ai avalées pendant 20 ans c'est fini.
La pression financiere ayant baissé avec le départ des enfants, je ne me gène plus pour dire aux gens de changer de médecin si la relation commence à me déplaire fortement, la dernière en date est un mamie de 93 ans que je suivais depuis 25 ans avec "bisétout," mais la vraiment ses plaintes immuables et récurrentes étaient devenues insupportables, tous les traitements de la terre y compris ceux des autres pensionnaires de la maison de retraite n'y ont rien fait,
Elle a été vraiment surprise de m'entendre dire qu'il fallait qu'elle change de médecin.
La santé du doc c'est important aussi non ?
Même anonyme de 58 ans que supra
RépondreSupprimerVous pointez du doigt le "merci" qui est dit ou non en fin de consultation
j'y fait moi même trés attention, mais j'en suis arrivé à la conclusion
qu'il n'avait aucune valeur predictive positive forte pour la suite de la relation
Mais ce petit mot reste quant même magique!
du vecu
RépondreSupprimerun peu de reconnaissance ca aide a forger l'amitié
sinon pourquoi aider ces gens
moi aussi je fatigue
je subi trop la pression de cette societe de consommation deshumanisée
le medecin n'a meme plus le poids des media ou internet
la ss pas seulement en cause
vivement la retraite
ps suis le specialiste a 210 km
Waouah! Je ne sais pas comment vous avez tenu. Moi, je suis MG en centre de santé dans le 93 et bien qu'il y ait des patients géniaux avec qui je bosse bien, il y en a aussi qui me gâchent ma journée de consultations comme votre patient. La plupart du temps, je serre les dents et je ne dis rien, mais la passion de bien soigner n'y est plus. J'espère ne pas faire de bourde avec eux mais je sais qu'un jour, je vais gueuler...alors quid de l'alliance thérapeutique et qui va soigner ces vieux casse-pieds poly-pathologiques?
RépondreSupprimerBah les vieux casse-pieds obtiendront le même résultat avec leurs médecins qu'avec leurs enfants : quand on est pénible +++, les gens ne se précipitent pas pour s'occuper de vous, rémunérés ou non, héritage ou non ...
Supprimerje trouve le ton legrement vore extremmement pretentieux..vous le connaissez le medecin de la douleur qui probablement est comme vous il a du ecrire un blog sur ces connards de generalistes qui reçoivent des délégués de labos pour avoir un chinois gratos à midi et qui prescrivent du ketek à des rhumes?
RépondreSupprimerça suinte le mepris et l'arrogance tout ça..
je vous dis ça je dis rien moi pov petit généraliste de banlieue parisienne..
Bonjour
RépondreSupprimerVotre patient polypathologique peut également souffrir d'une mise à mal de son narcissisme par le vieillissement ce qui entraîne une rigidification, un mépris pour l'entourage, un enfermement dans la contemplation douloureuse de soi, des exigences "tout m'est du"..Difficile pour l'entourage et les soignants mais la souffrance est réelle.Il faut à mon avis considérer son mépris comme un symptôme. Bon courage