jeudi 24 mars 2011

La Complainte des Experts

Les experts sont pas contents. Parait qu'on les aime pas. Et ils le font savoir. Bien sûr pas les experts Miami, New York ou Las Vegas, ceux là ils savent bien qu'on les aime, les chouchoute, les dorlote.  Mesurent ça à l'Audimat eux.

Ceux qui geignent c'est les experts Afssaps... Y aurait scandale, injustice, opprobre. Après tout ce qu'ils ont fait pour nous. C'est pô juste.

Vous savez bien pourtant, les experts Afssaps...

On les voit pas à la télé eux mais putain qu'est ce qu'y bossent. Avec leurs petits microscopes, leurs loupes, leurs expériences, les appareils compliqués et tout ça. C'est sûrement même mieux qu'à la télé... Et la preuve c'est qu'on peut même pas comprendre...  eux experts, nous trop cons. Ils savent. Et ils savent qu'ils savent.

L'Expert Afssaps au secours de la Pharmacopée Française.  Extrait du tome 5 de la Rubrique à Brac de Gotlib (Ed. Dargaud)
Experts Afssaps bon sang !... ceux qui donnent leur avis sur les médicaments, les produits de santé, tout ça, qu'après grâce à eux on les retrouve sur nos ordonnances les médocs, dans notre bidoche, en toute sécurité bien sûr, puisque ça s'appelle l'Agence Française de SECURITE sanitaire des produits de santé et que c'est eux les experts.. Ils les décortiquent les médicaments, ils les analysent, les passent à la question, c'est pour nous qu'ils se donnent tant de mal, qu'y se décarcassent façon Ducrocq les Experts Afssaps. Pas pour les labos, beurk. Bien sûr que non.

Et y a même pas besoin de les payer pour ça... Ils font ça GRA-TOS !... pour le fun, par abnégation, sacrifiscience, garanti.

Donc grâce à eux, à leur excellence, leur expertise, leur compétence, leur bonne volonté, leur dévouement, pas de risque qu'on en ingurgite des cochonneries pharmaceutiques... Rien que du bon, du propre, du pur...

Tous ces produits n'ont jamais été mis sur le marché, ou alors dans un univers parallèle, celui des méchants, de l'anti-médecine, médecine fiction, film catastrophe : Mediator°, Vioxx°, Avandia°, Nexen°, Acomplia°, Di-Antalvic°, etc. etc.

Mieux : grâce aux experts Afssaps, sécurité sanitaire et tout le bordel, elles ont même jamais été découvertes ces merdes. Rien du tout.

Le gringo de chez l'Afssaps il a fait la moue écœurée en plongeant sa main dans le sac de poudre tout en reniflant la molécule de chez le sale labo : "Oh la ! Pas de ça chez nous señor Servier... On prend que du bon nous à l'Afssaps." - "Aïe ! caramba, vous êtes dour avec nous señor Afssaps... Et comment on va faire nous pour les engraisser nos actionnaires à nous ?" - "Pas mon problème don Servier..."

Eh oui, ça se passe comme ça chez les Experts Afssaps.

Alors il disent dans une "lettre ouverte" qu'on les aime pas, et que c'est pas gentil ça non. A qui qu'ils causent dans leur lettre ouverte ? on sait pas bien mais on imagine que c'est à nous sans doute, à ceux qui trouvent qu'ils ont pas fait du bon boulot, qu'osent les critiquer, dire qu'ils pouvaient mieux faire, à ceux qui bouffent les medocs dont ils nous garantissent la sécurité...

 Alors des fois qu'on comprenne mal, qu'ils soient mal entendus, ils en ont fait deux versions de leur lettre ouverte. Si. Autant de souffrance, ça mérite bien de le dire deux fois.

Une première, début février, qu'ils ont envoyé à la presse, mais l'ingrate, l'inconsciente, qu'elle en a pas parlé. Passée inaperçue. Par décence peut-être ?...  On peut rêver. Ils auraient dû la fourguer à Gérard Kouchner, Monsieur Frère du Quotidien qui fait pas dans la rubrique des Chiens Ecrasés. La rubrique experts salis, experts déconsidérés, mais experts debout, il la nourrit lui.

Mais ils ont pas compris, pas compris au premier essai que le niveau d'indécence était explosé, catapulté, tsunamitisé. Mais un expert, un vrai, ça ferme pas sa gueule, ça publie, ça écrit ça récidive, ça s'entête, ça s'obstine, ça persiste, c'est même à ça qu'on le reconnaît. L'abnégation. le combat altruiste, jusqu'au sacrifice...

Alors ils nous en ont déféqué une deuxième lettre ouverte, un mois plus tard. La version 2.0. de la complainte de l'expert.

La même exactement... mais à un point de détail près...



La version 1 de février 2011

La version 2 de mars 2011
Les signataires de la version 2

C'est là que ça devient drôle...

Dans la première version celle du mois de février 2011, ils font rien qu'à se plaindre : on est gentils, désintéressés, compétents, dévoués, on déclare bien qu'on est des larbins labos (pisqu'on est obligé), et malgré tout ça on nous traite. Vilains... Si vous saviez comme on souffre.

Dans la deuxième version, y a nuance. Ils apportent la touche de compassion, la dimension humaine, celle du Dr Ventouse le bobologue de chez Brétécher qui impose-propose au patient la datte fourrée à la fin de la consultation médicale passée devant l'écran d'ordinateur.
C'est que sous l'expert y a un coeur qui bat tout de même. Humain mais oui madame. Alors on pense aux victimes... dans la deuxième version. C'était qu'un oubli. Vous comprenez le choc de se voir injurier, molester, vouer aux gémonies... On perd ses repères.Y a de quoi.

C'est-y cette touche d'émotion qui a vu augmenter le nombre des signataires ? Va savoir.

Moi je vais vous dire ce qui s'est passé entre les deux versions de cette saloperie puante, parce que j'en sais des choses moi, je suis au cœur de l'info moi, au fait des scoops le Bezolles !...  C'est qu'entre les deux versions de leur putridité, un journaliste leur a demandé (je sais qui c'est mais je vous dirais pas) : "vous avez imaginé un seul instant la lire devant les victimes du Mediator votre serpillère ?..." et y en a un, de ces foutrexperts, qu'a rétorqué : "Ah ben tiens non, on n'y avait pas pensé..."

Pour sûr qui zy avaient pas pensé aux victimes, ni maintenant, ni avant, ni après.

Mais étudions de près les différences.

Dans la première version de la déchirante complainte des zexperts les événements sanitaires de l'actualité étaient juste "préoccupants", dans la deuxième ils deviennent "bouleversants". En un mois nos experts sont passés du niveau "préoccupé" au stade "bouleversé". Pendant ce temps à Fukushima, on est passé du stade 4 au 5. Y a corrélation. Ça monte dans le niveau d'immondicité.

Sinon dans la suite du texte rien ne bouge; sauf qu'entre les deux versions, la Santé Publique, de majuscule devient minuscule, commune, simple santé publique. Ils ont raison. On n'a pas à appeler les filles publiques par leur nom, tout au plus par leur surnom : la Grosse Lulu, Frida-Cuisses-en-l-air, Lola-fais-moi-tout, Madame Germaine pour la mère maquerelle, plus respectable, mais pas trop. Faut pas déconner.

Rien ne change ?... Ah mais pardon mais non...  Scusez de l'oubli. Majeur pourtant...

Y a le nouveau paragraphe, celui qu'il leur a fallu plus d'un mois pour l'élaborer aux zexperts, réflexions en commission, amendements, modifications, vote à la majorité, expression des avis divergents... moins rapide qu'une AMM à attribuer à un me-too,  plus vite que le Mediator à retirer du marché.

Rapprochez-vous de votre degueularitorium, braves gens, augmentez la perfusion de métoclopramide, on y va...

C'est le troisième paragraphe, celui pour le lacrymatorium à chaumières :
"Les experts, soucieux avant tout des patients et de la santé publique, sont bouleversés par cette "affaire Médiator*" et ses conséquences pour les patients. Ils sont sensibles à la douleur des patients et aux inquiétudes des citoyens et souhaitent agir pour que de telles situations ne se reproduisent plus."
Ils l'ont dit, ils l'ont fait. Ils ont osé.

Ainsi il leur a fallu un mois pour devenir soucieux des patients ces petites choses là. Bouleversés maintenant, sensibles à la douleur... Avant ils s'en foutaient on le savait bien. Tout ce qui les préoccupait c'était le nombre de leurs publications, l'impact factor de la revue, leur indice de carrière, et le choix du prochain congrès dans un lieu exotique qu'il leur reste à découvrir : Hazebrouck ou Thionville ? Ils hésitent encore...

Mais maintenant c'est bon. Ils ont retrouvé les patients les experts. Et même que ça les bouleverse... C'est donc ça un patient ? Comme c'est bizarre... Venez voir celui-là les aminches, il bouge encore je vous dis. Moi qu'en avait vu qu'en compte-rendu... Y en a donc des vrais ? Rajoute lui donc 3 grammes de Mediator, voir jusqu'où il tient.

Maintenant la lettre est présentable, la plainte est audible, c'est bon tout y est, le mot pour les victimes.

Immonde.

On s'arrête là, le vase de nuit est plein ? ou je vous en macule encore de la fionterie expertale ?
"C'est le secteur de la santé qui est le plus en avance dans le domaine des déclarations d'intérêts."
Eh c'est sûr que c'est le plus avancé, eh banane ! Dans le sens puant dégoulinant, calendos grouillant de vers pharmaceutiques... Même Saint Martin d'Hirsch il en est revenu du secteur de la santé, qu'il déclare devant le Sénat, à la mission d'information sur le Mediator, que s'il devait réécrire son livre sur les conflits d'intérêts il ne prendrait plus l'exemple de la santé.
"L’opinion publique ne doit pas ignorer non plus que les experts continuent cependant à travailler, la démission n’étant pas acceptable pour des acteurs militants de la santé publique."
 Alors là moi je dis pardon mais y a contradiction, ils auraient dû se relire les militants. Au premier abord ils disent dans leur paragraphe compassionnel rajouté qu'ils "souhaitent agir pour que de telles situations ne se reproduisent plus", et au deuxième rabord expriment que leur démission n'est pas acceptable !... Voilà ce qui arrive quand on se force. Fallait pas le rajouter le paragraphe larmoyant, ça interfère avec le reste. Faut y croire un minimum sinon ça risque de se voir.

Mais foutre d'empaffés, c'est bien justement votre démission qui serait le seul geste utile pour éviter que ça se reproduise. Y en pas un qu'a réalisé ? Pas un seul qu'a gardé un peu de dignité, d'honneur, qu'a ouvert les yeux ?

Au Japon, la direction de TEPCO a pris la parole pour s'excuser publiquement des nuisances qu'ils avaient occasionné à la nation japonaise.

Je déclare un conflit d'intérêts : dans la liste des signataires de cette conchiure il y a le spécialiste universitaire qui est à l'origine du nom de ce blog, celui qui m'a appelé  petit généraliste de merde sans intérêt. Authentique ! A peine sorti de prison v'là qu'il récidive. Ah on n'est pas sorti de la merde moi je vous dis !













2 commentaires:

  1. Don Diego De La Vega24 mars 2011 à 20:45

    J'en connais une que Don Servier devait considérer comme une petite pneumologue de merde sans intérêt. Les petits finissent toujours par l'emporter. Les "Grands" tombent comme des mouches... suffit d'écouter une minute les infos. Alors courage frère, juste cause, juste combat... juste victoire pour la suite.

    RépondreSupprimer
  2. Précision :
    la première lettre a bien "été fourguée" chez Gérard Kouchner :
    "TRIBUNE LIBRE
    Toutes les accusations ne sont pas légitimes
    Tous les individus impliqués dans la sécurité sanitaire ne doivent pas « être considérés comme malhonnêtes », expliquent les experts externes de l’Agence française de sécurité sanitaire et des produits (…)
    Le Quotidien du Médecin du 11/02/2011 "

    La tribune du Quotidien du Médecin n'était donc pas suffisante ??

    RépondreSupprimer