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négociation


Le téléphone sonne (aucun rapport avec l'émission de France-Inter)
- Bonjour, merci de me rappeler. Je vous avais laissé un message rapport à votre annonce publiée la semaine dernière où vous cherchez un successeur pour votre cabinet médical. Je suis intéressé. On se connaît déjà.
- Oui. Euh... cette annonce n'est malheureusement peut-être plus autant d'actualité, car je suis en discussion avec un jeune confrère qui serait intéressé. Et puis, j'ai eu, comment dire, l'impression lors de nos précédentes rencontres que vous étiez un peu trop "sérieux".
- Sérieux ?
- Vous comprenez ce que je veux dire. Je crains que vous ayez du mal à vous insérer dans le groupe. Vous savez, ça fait trente ans que j'avale des couleuvres avec mes associés. Je crains que les conditions d'exercice ne vous aillent pas.
- C'est-à-dire ?
- Par exemple, les sanitaires n'ont pas été rénovés depuis 35 ans, mon cabinet est tout petit et il faut monter au premier étage, ... Quand les jeunes médecins voient ça, ils ont plutôt envie de fuir.
- Oui, j'ai vu tout ça. Moi également, bien que n'étant plus tout jeune. Rassurez vous cher confrère, j'ai trop vu ce qu'il m'en a coûté de vouloir faire du travail de qualité. Maintenant j'ai compris. Je suis prêt maintenant à faire de la médecine de merde, et il me semble qu'effectivement votre cabinet est particulièrement adapté à ce type d'exercice.
- De toute façon je crains que vous ne trouviez pas mieux sur la région. N'avez vous pas songé à vous installer seul ?
- Vous voulez dire que je serai incapable de faire n'importe quoi, n'importe comment, même si je m'y appliquais ?
- Je vous le redis, je crains que vous ne soyez trop sérieux. Faire de la merde, ça ne s'improvise pas, il ne suffit pas de le décider. Cela procède d'une longue et constante absence de réflexion, d'une lâcheté méditée, d'une médiocrité assumée, voire revendiquée. C'est un vrai travail.
- Oui, j'entends bien, mais j'ai une famille à faire vivre. Je suis prêt à faire des efforts, à apprendre, à me former.
- Ecoutez, je vous l'ai dit, je suis en discussion avec un jeune confrère qui me semble présenter toutes les dispositions à me succéder. Si cela n'aboutit pas, je vous recontacterai.
- Je comprends que vous ne souhaitiez pas finir votre carrière sur un sentiment de honte. Mais sachez-le je resterai discret. Je reste disponible. Au revoir, cher confrère.
- Au revoir.

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