samedi 27 mars 2010

sidactionnons la trouille


Où qu'ils sont les Bergépierre et autres Renauline que j'leur ristourne leur p'tite commission ?

Y a pas de raison qu'ils aient pas leur part eux aussi !...

Les sauveurs du sida, ceux qui sacrifient pour la cause, désintéressés, purs comme le lingot qui sort du coffre, capoteurs, préservateurs, trithérapeutes artistiques, altruistes mondains, copains copines, de la Grande Famille de la chanson, du théâtre, du sport, des livres, des arts, de la médecine, de la recherche... cochez la case ou plutôt laissez les toutes. Léchez les toutes !... Biroute !...

Car on est tous concernés par l'âÂâmpleur du problêÊême... ne pas baisser la garde, rester vigilant !!... Mais les vrais cons cernés les v'là... ceux qui raquent qui casquent pour la recherche pour la Côôôse, la grande, qu'elles puissent baiser niquer triquer par tous les bouts tous les trous, les starlettes du showbize chaudes baisées. S'exciter la pine oui le neurone ça non !... Le foutre oui, les catécholamines non !... A nous la nique, à vous la panique, les bœufs, les beaufs, ceux d'la redevance, d'l'espace de cerveau disponible !... Rien de tel que d'la bonne frousse !... Culpabilisez un peu quoi bordel !... De l'émotion à l'émission en direct, d'l'érection sans émotion en différé. La nôtre. Pas la vôtre. Pour nous la trique sans ch'touille pour vous la trouille sans chic !... Un bon direct !... y a qu'ça d'vrai ! Nous on bande, tranquille pépère. Pourvu qu'ça dure dur !... A vous la débande, honteux, tringlés, télé écran plat, coin carré, Full HD, TNT, TNiKé !... Pas plus !...

Compte tenu du service qu'ils me rendent, faire tourner ma petite entreprise sanitaire, faut bien que j' les congratule un peu, les rémunère, honoraire !... Puisqu'ils vous enculent et que j'en ai ma petite part, mon petit retour, mon petit rapport. La goutte en plus, qui reste au bord, hésite à couler, s'essuie au Kleenex, furtive, fugace, sans hésiter, mais me suffit bien à moi, moi à me repaître, petit reste façon larbin. La goutte collatérale, j'la récupère avec le sourire, merci mon bon maître comme le bossu, rue Quincampoix.

Ça s'élève à combien dites moi le pourcentage ? 5 pour cent la passe ? Allez va je vous la fais à 10, moins les charges faut pas rêver... Carmf Urssaf se sucrent aussi, se payent sur la bête.
L'un dans l'autre ça nous fera bien dans les 1 euro la tête de pipe à la Renault Bergé, option Grand Confort, GPS grand écran. La pipe !... Une image !... Avec le sida on rigole pas... C'est sérieux.

Si chaque toubib de France en a eu comme moi, ces jours ci, des effrayés, des traumatisés, paniqués pendant qu'eux niquent, quiets, et qu'on leur refile alors la petite pièce pour sévice médical commercial rendu, ça devrait l'aider la Bergère. A investir, faire construire les usines à tondre ses moutons, en douceur, insonorisées pour pas les entendre bêler.

Tiens rien que ce matin ils étaient trois là à venir la réclamer la prise de sang si des fois ça serait pas le sida. Vous comprenez avec tout ce qu'on entend à la télé docteur , on voit à la radio. Trois d'un coup. A la suite. Rien de mieux que les jetons pour se découvrir la maladie, la bonne, celle qu'on attrape en se soulageant... Ahhh !... putain ça fait du bien !...

Knock l'avait compris lui, et grâce à la télé on joue sur une autre échelle maintenant. Un autre niveau. Envergureux. P'tit bras Jules Romain. Il l'avait pas vu venir l'avenir. Communiquer comment niquer. l'Internet, la voisine, les copines, les docteurs, les spéciâlistes, ceux qui savent ! Faites nous confiance !... Vu à la télé !!...

"C'est un peu bête mais je vous le dis quand même hein... oui je sais c'est un peu bête... vous allez me trouver stupide... vous rigolez pas hein !... Une grande respiration et voilà... Hemmfff !... Il y a quelques mois, j'ai embrassé un garçon sur la bouche. Il venait de se faire faire un piercing sur la langue... C'est bête je vous l'avais dit.... Et puis après j'ai appris qu'il faisait des trucs, de la drogue, des trucs quoi. Alors vous comprenez c'est idiot j'aimerais bien savoir..."
me dit l'élève infirmière. Elle vient d'avoir le cours sur le sujet. "Mais vous comprenez, quand on l'entend à la télé c'est différent on se sent plus concerné. On réalise !... Quand c'est le cours, c'est pour les autres, les malades quoi !... mais la télé ça devient nous !... Pas pareil."

Suivant.

"Voilà j'avais pris rendez vous pour Sébastien docteur, mais il a pas voulu se lever, c'est comme ça les jeunes, et puis c'est sans doute qu'c'était pas grave . Alors je me suis dit plutôt que d'annuler je vais prendre sa place. Ca vous dérange pas hein ?... Ca vous arrange même, pas vrai. J'vous ai pas prévenu mais c'est pareil. C'est de la consultation quand même. Je vous la paye pareil."
Mais comment donc chère médêême.
"Vous allez trouver ça bête mais tant pis ça m'turlupine trop... Jeum suis dit il faut mieux qu'j'vous en cause. C'est dit...
Bon ben j'ai la gorge qui gratte.... Oh pas depuis longtemps une paire de jours... et pi c'est kle matin dans la journée ça passe... Je vous avais dit que j'étais divorcé de mon mari ça fait deux ans. Bon ben on se revoit quand même. A l'occasion. On est resté marié 40 ans. Ça compte !... J'ai encore de l'affection c'est comme ça. Quand on se voit on a encore des rapports... De temps en temps, pas chaque fois bien sûr mais quand même ça arrive.
Alors jeum demande vu qu'il est avec une jeunette maintenant si des fois... Elle doit aller voir ailleurs elle aussi avec son âge!... "
A soixante ans passés se dire qu'on tient encore la route, qu'on fait encore l'affaire, ça doit être une satisfaction face à la jeunesse. Pas encore bonne à jeter.
"Vous allez me dire c'est idiot mais bon j'préfère vous en parler. Ça commence par un syndrome grippal ils ont dit à la télé... C'est qu'ils nous font peur vous savez. Bon d'accord c'est la gorge qui gratte, mais on sait jamais."

Et puis.

"C'est là qu'on s'voit vieillir hein docteur !... Ça m'était jamais arrivé j'vous jure !... 51 ans toujours en forme !... Et pourtant j'en ai vu !... Faut un début à tout... Deux fois d'suite !... C'est bien qu'y a un problème hein docteur ?... Bon ça m'inquiétait pas trop quand même. On se dit c'est l'âge voilà tout. On a encore le désir, et puis au moment d'y aller voilà ça s'dégonfle. Je m'en faisais pas plus que ça. Et puis hier soir !... La télé !...
Je voulais vous demander comment on la fait la prise de sang. Faut qu'je passe par vous docteur ? Vous pouvez m'la marquer dites ? Y a pas de papier à remplir ? C'est qu'ils nous foutent la trouille ces cons !... Vous m'en voulez pas docteur que j'vous embête avec ça ?... Vous allez me dire c'est con hein ?..."

Allez merci pour tout et à l'année prochaine pour le Télécon. Ah non pas le Télécon !... Le Télécon c'est différent ! Ils abusent eux !...

Tu pourrais pas nous le faire toute l'année le sidaction M'sieur Bergé ? Ça la revaloriserait bien la médecine générale. Toute l'année. Y aurait qu'à changer de sujet régulièrement pour pas créer l'habitude, varier la trouille... trois mois la grippe, trois mois le sida, trois mois la myopathie, trois mois les Chinois, trois mois les Arabes, trois mois les banlieues, trois mois le climat, trois mois la crise, trois mois la prostate, trois mois le sein, trois mois le cholestérol, trois mois les génériques... Elle serait vite passée l'année. Sans se fatiguer. Rien qu'avec les gouttes qui tombent ça nous suffirait.

mardi 9 mars 2010

D'un mépris l'autre


J'l'ai sentie péteuse. Dès le début. Dès le coup de fil du rendez-vous. Genre plus haut qu'son cul. Des sensations comme ça on sait pas pourquoi mais dès le départ y a un problème. Ce je ne sais quoi de suffisance, l'arrière-goût d'arrogance qui vous allume le clignotant. Clic-clac clic-clac !... Mais on l'donne quand même le rendez-vous ! Faut bien vivre !

V'là l'heure. "Bonjour-entrez-asseyez-vous". Elle fait l'apprentie aide soignante, à 35 ans, l'ascenseur social quoi. De celles parties de rien pour arriver à pas grand chose, qui n'ont de merci à dire à personne. Je m'suis faite toute seule. En haut de l'affiche. Du Pierre Dac, de l'Aznavour.

Alors le généraliste comprenez c'est faute de mieux maintenant. Maintenant, elle va à l'hôpital ! Elle met la blouse blanche et hop !... la v'là de l'autre coté, celui de ceux qui savent ! La blouse blanche ça vous transporte, ça vous maquille, ça vous envole. Avant vous étiez du malade potentiel, de l'assujetti social, du mortel quoi. Avec, vous v'là rendu soignant, sauveur de vie, éternel pour un peu. Dieu il doit enfiler la blouse blanche les jours où il veut se prendre pour lui. Ca l'aide.

Et elle voit même les professeurs à l'hôpital !! Elle les croise juste seulement, faut pas croire qu'ils lui causent quand même. Un professeur ça cause pas ça non, pas au personnel. Mais y a pas besoin qu'y cause le professeur. Juste saisir quelques mots, sentir l'ambiance... ça lui suffit. C'est qu'elle est pas conne l'aide soignante. Ça suinte !... Ça émane !... Ça dégage !... Ça dégouline le mépris du généraliste là-dedans. L'incapable !... l'incompétent chronique !... qui examine pas, qui voit pas la complication, qui donne pas le dernier traitement, qu'a pas fait le bon de transport...

Elle qui grimpe l'échelle sociale par force de sueur et de volonté, la v'là obligée à se plaindre à celui du bas, la racaille. Du généraliste !... Merde alors !... Pas l'choix. Encore heureux que c'est un Français !... Manquerait plus que ça !

Elle en avait pas conscience jusqu'alors, mais les professeurs ça vous ouvre les yeux, ça vous décille, ça vous dépucèle... Dans la vie y a ceux qui se bougent et y a ceux qui restent. L'important c'est de grimper. Et il se trouve bien en bas le généraliste justement. Pourquoi il se fatiguerait !... Fils de bourge qu'a jamais eu besoin de se baisser pour la ramasser. Pété de thunes à rien foutre, seulement râler. Pas comme elle !... Elle elle monte elle !... Ecartez-vous !... Laissez passer l'alpiniste sociale !... Bernard Tapie me voilà !!

Voulez-vous que je vous dise ? Le généraliste il la mérite pas l'Herzog du brancard, la Destivelle de l'urinal, voilà c'est dit. Alors forcément on va pas lui donner de la bonne maladie. De la gnognotte oui !... de la petite pièce !.... Du fifrelin !... Roupie de sansonnet !... Du mal de gorge ! Pas plus... V'là bien tout ce qu'il mérite hein !

"Mais âÂÂâttention ! c'est qu'il est atroce hein quand même le mal de gorge ! J'm'en débarrasse pas ça fait bien 15 jours, votre confrère d'avant ça a rien fait ce qu'il m'a donné, même les antibiotiques, rien du tout j'vous dis." Faut pas que ça soye trop facile ! L'emmerder un peu quand même le con.

Putain j'avais bon ! J'avais tout compris ! J'l'avais cernée ! Dès le début ! La première impression la bonne. L'emmerdeuse la vraie la pure. De l'estampillée, garantie CON Code !
C'est bon, au moins j'vais pas m'éterniser : "C'est-rien-ça-va-passer-prenez-du-chaud", d'habitude je leur dis ça aux "mal de gorge". Le minimum. Histoire de causer, faire comprendre que ça mérite pas de voir un médecin tout ça, qu'ils se débrouillent tout seuls la prochaine fois, qu'ils arrêtent de m'emmerder avec leurs conneries. C'est sûr ça fait pas tourner la boutique. Mais c'est comme ça, j'aime le sérieux le rare le croustillant, le chaud. Du quand ça coule ça geint ça chiale, ça craque.

Même des fois j'en rajoute. Quand l'ambiance s'y prête, le malade attentif, relation fourrée à l'HHHempathie je cause. La goutte au nez, blanche, jaune, verte, à pois rouge, clignotante, la toux grasse, sèche, ti quanti, le pet de travers... Ca passe tout seul vous en faites pas. Mais oui !... de l'éducation thérapeutique rien que ça ma brave dame et sans dépassement s'il vous plaît !... Faste dans ces moments là, le Bezolles, je vous le dis.

Cette fois j'décloque que dalle, juré. J'm'en débarrasse d'un coup, vite fait. Pffuit !... Interrogatoire, lapin d'icite ou d'ailleurs, allergie, stérilet, tabac, examen... Hop !... "Bon ben vous prenez deux jours de corticoïdes et ce sera terminé restons en là. Oui c'est ça. Au revoir madame c'est 22 euros et n'oubliez pas la carte vitale." Abana !

L'heure qui passe. Téléphone.
- "Allôôô... ?"
- "Je suis venue tout à l'heure..."
- "Ouiiii ?..."
- "Vous m'avez bien donnée du célazone ?..."
- "P'têt ben..."
- "C'est bien un anti-inflammatoire le célazone ?..."
- "P'têt ben..."
- "Et mon stérilet alors !!"
- "Alors quoi votre stérilet ?..."
- "Mais c'est contre-indiqué !!..."

V'là bien tout ce qu'il me faut pour fondre les plombs, péter la durite, décoincer la soupape, évacuer l'abcès, grande giclée. Allez y voir messieurs-dames, c'est gratuit ! L'autre patient il y était lui aux premières loges ! Fallait le voir se ratatiner dans son fauteuil, en face de moi, façon camembert trop fait, liquide.

- "Mais c'est qui qui vous a dit ces conneries chère madame ?" Suave.
- "Mais c'est mon gynécologue, le PrôÔôfesseur Y !"
- "Mais faut lui dire d'apprendre son métier alors au PrôÔôfesseur Y ! Et tant qu'à faire faut pas vous contenter d'y montrer votre cul au PrôÔôfesseur Y, faites-lui faire la gorge avec."

Ratatiné qu'il était le patient je vous dis. Disparu. Evaporé. Fondu. De la raclette en fait.