mercredi 17 novembre 2010

Je n'ai jamais prescrit de Médiator (benfluorex)...

... ni d'Avandia® ou d'Avandamet® (rosiglitazone associée ou non), ni de Vioxx® (rocécoxib).
Je ne prescris plus de Di-Antalvic® (dextropropoxyphène associé) depuis au moins 10 ans. Je ne prescris plus de statines aux femmes qui ont du cholestérol mais qui n'ont jamais fait de problème cardiaque ou vasculaire. Je ne donne plus de sirop aux bébés depuis au moins 10 ans. Je ne propose pas le dosage du PSA chez les patients asymptomatiques sans antécédents familiaux de cancer de prostate (et encore !), je ne propose pas davantage la mammographie de dépistage chez les femmes sans antécédents familiaux de cancer du sein (et encore !).
Je prescris de l'Esidrex® (hydrochlotothiazide) en première intention chaque fois que possible chez un patient hypertendu. Je ne prescris jamais de sartan en première ni en deuxième intention chez un hypertendu, pas en tout cas d'avoir essayé un IEC.
Ma principale activité devant un nouveau patient consiste généralement à lui déprescrire un certain nombre de cochonneries qu'il prend.
etc. etc.

Je me vante ? Je me crois meilleur que les autres ? Je suis un génie ? J'ai prévu tout avant tout le monde ? je me la pète grave ? Je suis un menteur ?

Eh ben non ! Au contraire, je revendique altièrement le titre de petit généraliste de merde sans intérêt. Sans intérêts avec les vendeurs de médicaments et leurs représentants. Depuis maintenant près de 20 ans.

La seule compétence que je me reconnais et dont je suis fier, est celle de connaître mes incompétences, mes limites et mes faiblesses. C'est pour ça que j'ai pris les moyens d'essayer d'y de les (merci Malika) pallier, de me protéger et d'en protéger ceux qui me font confiance pour les soigner.

Pour ça j'ai choisi à partir du jour où j'ai pratiqué la médecine générale cette merde de me former à l'abri des influences commerciales. En lisant au départ la revue Prescrire, puis progressivement en me libérant, je dis libérer car c'est bien de cela qu'il s'agit : une libération, des pressions professionnelles et commerciales qui m'incitaient à prescrire et à soigner selon des données publicitaires et non pas scientifiques.

Tout ce qui fait la une des medias aujourd'hui sur le Médiator et autres saloperies est pour moi un non-événement. Tout cela je le savais, parce que j'ai accès à une information non commerciale, mais scientifique sur les médicaments. Tout cela j'en ai protégé et épargné mes patients. Un certain nombre d'entre eux sont partis voir ailleurs puisque je résistais, et comble de perversion de cette pourriture de système de soins, j'ai perdu du fric à vouloir leur éviter du mal.

Si je ne suis pas le seul à avoir su avant les autres, je sais que nous sommes encore extrêmement minoritaires, nous, soignants libérés, émancipés, des influences de ceux qui nous enchaînent, leaders d'opinions corrompus par les intérêts marchands, autorités sanitaires annexes des services marketing de l'industrie, politiques trempés, imprégnés, salis des intérêts industriels et privés, comme l'actuelle secrétaire d'état à la santé.
Libérés du mépris et de la honte.
Fiers de d'abord n'avoir pas nui, comme le prétend le fondement d'une déontologie, que le désOrdre des médecins s'applique consciencieusement à pervertir.

Au nom de la médecine je présente mes excuses à toute ses victimes, passées, présentes et à venir.
J'appelle les patients citoyens et usagers à exiger des soignants libres.
J'appelle les soignants mes frères à briser les chaînes qui les asservissent.

jeudi 11 novembre 2010

Les crachoirs de la république



Le président de la République vient de nommer quelques copains au Conseil Economique et Social (et Environnemental) pour services personnels rendus. Quelques medias s'en sont fait l'écho. Simple politique de reclassement des copinages dans une structure sans importance, mais qui garantirait 3000 euros par mois de jeton de présence.
C'est l'air du temps... Air pestilentiel d'un temps putride.
Dans le même esprit la nomination de l'ami de la Famille au Conseil d'Etat. Arno Klarsfeld, celui qui traverse le 12ème arrondissement en rollers. Rappelez-vous.
Ou celle du Prince Jean à l'EPAD. Etc.

Le Conseil Economique et Social (et Environnemental) passe encore, comme fourre-tout, poubelle, crachoir présidentiel, mais le Conseil d'Etat, faites excuse ma brave dame, mais là y aurait objection : les caves se rebiffent. Voir l'article dans Marianne. Le Conseil d'Etat c'est le reclassement l'Oréal, parce qu'on le vaut bien. Minimum décence. On n'est pas au CESE ici.

Le CESE... Quelques zacteurs de la société civile, syndicalistes, personnalités dites représentatives, etc. C'est vrai que ça vous a foutrement la gueule d'un n'importe quoi de la république ça.
Vous savez les ordures ménagères maintenant, j'ai dû libérer la chambre de ma fille pour ça  : y a le caisson aux bouteilles, celui aux papiers à recycler, la boîte à piles usagées, celle aux cartouches d'encre, les produits putrescibles, les emballages carton, les plastiques, et puis à la fin la poubelle pour ce qui n'a pas trouvé sa place ailleurs. Le CESE ça vous donne ce goût-là. Ce qui reste à jeter quand on a tout trié. Pour ce qui est de ma fille vous inquiétez pas. J'en ai tiré un bon prix sur le site d'E-Bay Kaboul.

Voilà les institutions de la république maintenant devenues : les poubelles de la Sarkozie...

Et pourtant. Et pourtant. j'ai le souvenir, lointain, qu'y en a qu'y ont cru au Conseil Economique et Social. Que ça faisait sens comme on dit chez France Cul.

Fin des années 70, Joseph Wrésinski était nommé au Conseil Economique et Social. Wrésinski Joseph, mais oui rappelez-vous. 1917 - 1988,  prêtre catho français, d'origine polonaise par son père, espagnole par sa mère, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde. C'est pas très difficile à comprendre ATD Quart Monde en théorie. En pratique c'est autre chose. (Re)donner aux pauvres leur dignité. Rien que ça... La dignité aux pauvres ? Quelle priorité ! alors que les restaus du coeur suffisent. Un des slogans d'ATD c'est la reprise d'une phrase de Joseph Wrésinski s'adressant aux pauvres de son bidonville (citation non garantie, parce que la légende est en construction) : "je vous ferai monter les marches de l'ONU, du Vatican, de l'Elysée". Rien que ça.
Une autre différence majeure d'ATD Quart Monde avec les autres organismes humanitaires, caritatifs, etc. c'est que son fondateur avait lui même connu la misère dans son enfance et sa vie, mais doté des outils intellectuels pour la comprendre et la combattre. Ca fait la différence. Contrairement à l'Abbé Pierre par exemple ou la Mère Térésa, Soeur Emmanuelle, etc., issus de la grande bourgeoisie, qui se sont avec commisération penché sur la misère, y ont parfois trempé les orteils, le mollet, le nombril, s'y sont baigné pour les plus téméraires, mais n'y ont jamais plongé jusqu'à s'en laisser submerger. Dernière particularité d'ATD Quart Monde, c'est que bien que créée par un religieux, ce n'est pas une structure confessionnelle, enfin pas complètement. Bref. Elle excite quand même pas mal un peu les bonnes cathos bobos. Le frisson de la misère quoi. Frrouu !

Toujours est il que lorsque Jojo Wrésinski fut nommé au CES sous Giscard il ne se sentit plus pisser notre abbé. Pour la première fois les pauvres, les vrais, ceux qui puent,  étaient représentés dans une instance officielle. Et c'est qu'il prit l'affaire au sérieux notre Jojo jusqu'à publier au nom du CES en 1987 un rapport sur la grande pauvreté qui a fait date, en France et dans le monde. Du moins pour ceux que ça intéresse, c'est à dire pas bezef. Dans ce rapport, la grande pauvreté était décrite comme un "cumul de précarités" et présentée comme une atteinte aux droits de l'homme. C'est sur la base de ce rapport qu'ont été institués par le suite le RMI, puis la CMU, etc. Pas tout à fait du gnangnan quand même. L'impression d'avoir été utile en quelque sorte. De la charité à la justice... Au moins le sentiment d'avoir essayé...  Oui, bon, on connaît le résultat... d'accord.

Depuis le décès de Jojo jusqu'à nos jours un siège reste dévolu à ATD Quart Monde au sein du CESE, repris à l'époque par Geneviève de Gaulle, puis transmis encore tout récemment. A noter que ces nominations restent toutefois le fait du prince et que rien n'est inscrit définitivement.

Alors c'est en pensant à ce qu'a représenté symboliquement et comme quantité de travail et d'engagement la présence d'ATD Quart Monde au sein de cette structure que me saisit la colère, la sainte indignation bezollienne, lorsque je saisis du haut de mes petits neurones ce que signifient ces nominations de copains et de coquins, à la lumière de l'humiliation énorme faite aux miséreux.

Le mépris immense, colossale, fantastique du président des riches (à lire) à l'égard de tout ce qui ne génère pas fric, profit, pouvoir et amitiés personnelles. Ce ne sont pas de "nominations" au CESE ou ailleurs qu'il s'agit, mais de mollards, de glaviots ayant formes humaines expectorés sur ceux pour qui ces lieux ont encore un sens, une valeur, un symbole. La Sarkoclique crache sur le peuple, éructe sur les pauvres, urine sur la démocratie et la république. Ses institutions n'en sont plus que ses crachoirs, ses latrines.