lundi 30 juin 2008

On n'arrête plus le progrès

Publicité lue dans le numéro de juillet 2008 de “Fécondité Magazine”, le magazine du Droit à l'enfant :

Votre droit imprescriptible à l'enfant est bafoué par une Nature inhumaine et sans âme. La stérilité menace votre équilibre et celui de votre couple. La vision de poussettes pleines des enfants des autres vous fait hurler de douleur et l'arrogant bonheur de leurs géniteurs vous agresse. Après avoir mené à bien une carrière dans la com qui vous a épanoui, impossible de continuer à vous réaliser dans l'enfant que vous aviez pourtant programmé. Qui va hériter de tout ce que vous avez à transmettre d'amour, de tendresse, de patrimoine ?

Il faut réagir.

Oui, mais le marché de l'adoption est en panne. Le Français pur DDASS est hors de prix et les délais sont inadmissibles. Le Roumain est rationné. Le rapport qualité-prix du Guatémaltèque baisse. Les derniers arrivages de Malgaches ou de Vietnamiens sont décevants, depuis que Johnny, Laetitia, Brad et Angelina assèchent le marché.
Quant à la PMA : trop lente, trop incertaine
, trop chiante. Dépassée quoi.

L'Etat, la Société, le monde, l'univers entier ! nient votre souffrance.

Alors n'hésitez plus ! Matrix Rental est fait pour vous.


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mardi 24 juin 2008

Ca commence par les pauvres


Bon. Fallait s'y attendre.
Quand le pouvoir médical dérive totalitaire, et que la sécu s'y colle (abhorre), ça arrache, évidemment.
La "lettre d'information aux médecins n° 29" de l'Assurance-Maladie de juin 2008 nous en donne un avant goût.
Bien sûr vous me direz que c'est un "point de détail", que c'est au détour d'une page d'un bulletin de propagande que la plupart des concernés lisent d'un derrière distrait, que c'est pas grand chose, et qu'on s'en était même pas aperçu d'ailleurs.
Mais l'enfer est dans le détail disent les angliches, et c'est dans les petites choses qu'on doit lire les grandes catastrophes, avant qu'elles arrivent. Dans le social et le politique ça existe aussi l'effet papillon. Y a pas que la météo.

Bref, quand on découvre l'idée que se font la sécu et le milieu médical des relations avec les malades, au détour de cette feuille, y a de quoi frémir. Bien sûr, ça concerne que les pauvres, pas encore les autres.

On les connaît bien les pauvres, toujours prêts à profiter, jamais propres, jamais éduqués, jamais dressés. La CMU, les allocs, le chomdu, le Hèrémi, tous ces golden parachute pour pauvres, qui les empêche quand même pas de s'écraser au sol, faut pas rêver, mais qui nous permettent de gérer notre bonne conscience, et surtout, et surtout, de pouvoir continuer à donner des leçons. C'est donc normal que les pauvres on cherche à les dresser un peu, n'est ce pas Marie-Chantâle quoi ?

Mais je cause, je cause et je vous ai même pas dit de quoi y retourne. Y s'emballe le Julien Bezolles. On sait bien qu'y grimpe aux rideaux facilement, mais faudrait qu'il nous en fasse profiter, quoi.

Bon, alors j'y vais :

Lettre d'information aux médecins n° 29 (juin 2008)
Info repère : couverture maladie complémentaire universelle, améliorer l'accès aux soins grâce à la conciliation

" Pour favoriser la compréhension réciproque des droits et devoirs de chacune des parties, les médecins qui s’estimeraient lésés par certains comportements abusifs (retards aux rendez-vous, traitements non suivis et/ou interrompus…) ou par des refus de remboursements par les caisses peuvent également saisir le conciliateur local."



Ils ont osé.

Près de la moitié des spécialistes refusent de soigner les "bénéficiaires" de la CMU dans le 94 et ailleurs sans doute, ils sont hors-la-loi, hors éthique, hors déontologie. Mais faut pas déconner quand même. Ils veulent bien respecter la loi, mais à condition que...

A condition que les pauvres fassent des efforts, à condition qu'ils le méritent, à condition qu'ils arrivent à l'heure, qu'ils s'essuient les pieds sur le paillasson avant de les traîner sur la moquette que Consuela elle a mis deux heures à la nettoyer la semaine dernière. A condition qu'ils mouchent leur nez, et qu'ils disent bonjour poliment à la dame. A condition qu'ils ôtent leur casquette crasseuse qui découvrira leurs cheveux poisseux et épars remplis de lentes, qu'ils la fassent tourner entre leurs doigts sales et calleux leur casquette et qu'ils baissent la tête pour remercier not'bon maître de bien vouloir les soigner, si c'était un effet de vot'bonté.

- Mais attention Germain, vous savez que je vous aime bien, mais faut prendre votre médicament cette fois-ci. Pas comme la dernière fois. C'est déjà bien beau que je vous prenne entre deux rendez-vous, entre la marquise de Bruni, et la comtesse de Carla, mais faut pas abuser non plus, hein Germain ?
- Oui, Monsieur le Docteur...
- Sinon, vous savez ce qui se passera Germain ?
- Euh, non, mon bon maît'e...
- Eh bien j'irais le dire à la Sécu, que vous faites pas ce qui faut, Germain. Voilà ce qu'il va se passer, Germain. Et vous savez ce qu'elle va faire la Sécu, hein Germain, vous savez ce qu'est ce qu'elle va faire ?
- Elle va me dire que c'est pas bien ?
- Voilàààà... Vous voyez quand vous voulez.
Parce que c'est une bonne mère la Sécu; comme moi, qui suis un peu comme un père pour vous; et tous les gens du Cercle de Bienfaisance aussi, qui vous ont encore donné des vêtements cet hiver, à vous, à Marcelle et aux 8 enfants.
Mais vous savez, Germain, une mère et un père, si leurs enfants comprennent pas il faut qu'il se fâchent parfois. Et vous savez ce qu'elle fera maman Sécu si vous persistez à ne pas prendre vos médicaments, et à arriver en retard ?
- Euh, elle va me punir, Majesté. Et je l'aura bien mérité, ça oui !
- Exactement, Germain. On vous arrêtera la CMU, et ce sera inscrit sur votre Carte Vitale 3 : "bénéficiaire non con-pliant" . C'est ça que vous voulez Germain ? Et vous aurez plus le droit que de vous soigner aux urgences nauséabondes de l'abominable Pelloux, ou pire : chez Bezolles. C'est ça que vous voulez ? Hein ?
- Oh, non, Seigneur, pitié, tout mais pas ça !
- Bien Germain. Montrez moi comment ça évolue votre plaie maintenant... Eh, mais vous savez que c'est pas mal du tout ça Germain...
- Merci papa doc.
- Ca va même beaucoup mieux. Je suis content de moi, surtout avec des gus comme vous, hein Germain, faut s'les farcir. Mais il faut continuer à vous laver, hein, Germain, sinon ça va recommencer.
- Oui, messire.
- Et puis vous prendrez ça. Mais attention à pas les gaspiller, hein Germain ! J'ai reçu ces médicaments directement du laboratoire suite à mon dernier congrès à Tampa (Floride). C'est pas encore remboursé, et ça coute la peau des fesses. "Vous en ferez profiter quelques CMU, qu'elle m'a dit la visiteuse médicale; c'est notre programme de Medicaments Ethiques, notre politique d'entreprise citoyenne et de responsabilité sociale". Bon. Signez-la, Germain, ou mettez votre croix c'est pareil. D'après le règlement de leur programme, si j'arrive à refourguer du Distabil° à 5 CMU, j'ai droit à des miles gratuits sur AirPharma. Allez dépêchez-vous Germain, on n'a pas que ça à foutre. Vous avez pas oublié de ramener les 10 euros cette fois j'espère ?

Vive la SS ! La Sécurité Sociale bien sûr.

vendredi 6 juin 2008

le Knock syndrome : de la démographie médicale et autres conneries

Médecins débordés, vieillissants, épuisés, plus de 30 000 généralistes vont partir dans les 10 ans à venir, désertification médicale dans les campagnes, non renouvellement des départs à la retraite, burn-out, les jeunes ne veulent plus travailler, plus faire de la médecine générale, plus s'installer...
On continue ?

De l'autre côté, le Docteur Konck, qui à la fin d'un repas arrosé de labo, au moment où les langues se délient, t'explique que, tous comptes faits, "sur les 7500 actes que je fais chaque année, la moitié sont des gens qui n'ont rien". Et toute la tablée médicale et non moins imprégnée opine gravement : "C'est bien vrai, ça" - "Ils n'ont à rien à faire là, ces irresponsables" - " Mais, c'est notre gagne-pain, Robert !" - "Surtout les vieux !" - " Et les CMU !, Marcel, t'oublies les CMU !..."

De l'autre côté, le remplaçant, celui qui dit qu'il vient faire de la médecine chez moi et son beurre chez les autres m'explique : "Chez toi, c'est comme chez les autres, la différence c'est qu'ici ils sont malades." Ah bon ? Voilà peut être pourquoi j'ai 80 % d'ALD et que 3000 actes. Il me manque juste les 3000 qui n'ont rien. J'aurais peut-être pas dû leur dire d'aller voir ailleurs, alors ?

De l'autre côté, ce généraliste scandinave en stage dans un cabinet médical français, et qui s'étonne : "Je trouve que vous faites peu d'examens complémentaires et de prises de sang. Par exemple, pour ce malade qui a de la fièvre, pourquoi ne prescris-tu pas de CRP pour vérifier l'inflammation ?" Le médecin français : "Je vais pas lui faire une prise de sang pour un rhume quand même !" Le médecin scandinave : "Ah, oui, mais chez nous les gens ne voient pas le médecin pour un rhume. Ceux qui viennent dans nos cabinets avec de la fièvre sont vraiment malades !"

En France les généralistes payent leurs charges avec les malades, et font leur bénéfice avec ceux qui n'ont rien. Mettez hors des cabinets médicaux les patients qui ne devraient pas y être, et les médecins n'ont plus rien à faire, ne gagnent plus d'argent. Et la soi-disant chute de la démographie médicale s'en retourne à son état de fantasme, joyeusement mis en avant pour justifier les plus basses revendications corporatistes.

C'est qu'il faut l'entretenir le marché médical.

Par exemple, continuer à assurer une permanence des soins de nuit et de WE qui ne sert à rien sauf à soutenir le marché, et à épuiser les généralistes. Dans ma ville, pour soutenir le marché de la bobologie nocturne inutile, rien de moins que 4 structures qui se font confraternellement concurrence :
- les urgences de l'hôpital, bien sûr, à tout seigneur tout honneur;
- la maison médicale de garde, organe de communication politique locale pour faire venir les journalistes et se faire réélire;
- le tour de garde des libéraux, volontaires spontanés, histoire de continuer à s'épuiser anesthésiés par les injonctions déontologiques ordinales et les réquisitions préfectorales;
- et bien sûr la structure SOS médecins et ses livraisons à domicile. Porsche Cayenne garantie en 2 ans ou remboursée, pour le détenteur des parts de la société, pardon, pour l'associé.

Avec ça, pas de problème, les patients resteront des assistés irresponsables, et ceux qui organisent le marché pour en profiter, pourront continuer à l'affirmer avec toute l'arrogance qui sied à leurs mondaines soirées pharmaceutiques.

Alors évidemment, quand il fallait que le généraliste fasse des études de marché, dans les années 70 et 80, pour trouver un trou libre où s'installer encore, il a bien fallu créer la demande, organiser la revoyure régulière des patients qui n'ont rien, défendre bec et ongles ses PDM, parts de malades. La SARL Knock a tourné à fond. Fallait bien vivre, avec le paiement à l'acte, à la pièce, à la passe.

Faire croire aux gens qu'ils sont malades, ça va vite à les convaincre, surtout quand c'est pour faire tourner la boutique. Maintenant qu'il faut leur expliquer que pendant 30 ans on leur a menti, que tous comptes faits ils n'ont rien, que c'était juste pour se payer sur la bête l'espace d'une ou deux générations, mais que maintenant on voudrait bien souffler un peu, et que ce serait bien qu'ils respectent davantage les médecins surchargés dans leur tâche ingrate, c'est moins facile évidemment.

D'autant plus que, maintenant, les généralistes ils ont appris à soigner les gens qui n'ont rien à force de ne voir qu'eux, et même pour la plupart, ils ne savent plus soigner que ceux-là. Ajoutez que leurs maîtres Hauspitalôô-universitèères qui les ont formés ont mis un point d'honneur à ne pas leur apprendre leur métier et à leur garantir le niveau d'incompétence nécessaire pour préserver leur pouvoir, et les choses deviennent plus claires. Mettez les devant un vrai malade, les pôv' généralistes, et c'est la panique, la honte. Et pour soigner ça, rien de tel alors qu'un bon spécialiste imbibé par l'industrie, qui vous recopiera la dernière modernité que vous n'aurez qu'à recopier à votre tour...

Tous pourris ? Le problème justement c'est que non. Les ceuss qu'ont voulu faire médecine pour faire de la médecine et soigner des gens qui souffrent se font niquer jusqu'à l'os, ou, au pire, servent d'alibis et de bonnes consciences pour que les autres puissent continuer.

Y a p'têt un moment où faut arrêter les conneries, non ? Ras-le-bol, moi, ras-le-bol, j'vous l'dis.