mercredi 30 avril 2008

négociation


Le téléphone sonne (aucun rapport avec l'émission de France-Inter)
- Bonjour, merci de me rappeler. Je vous avais laissé un message rapport à votre annonce publiée la semaine dernière où vous cherchez un successeur pour votre cabinet médical. Je suis intéressé. On se connaît déjà.
- Oui. Euh... cette annonce n'est malheureusement peut-être plus autant d'actualité, car je suis en discussion avec un jeune confrère qui serait intéressé. Et puis, j'ai eu, comment dire, l'impression lors de nos précédentes rencontres que vous étiez un peu trop "sérieux".
- Sérieux ?
- Vous comprenez ce que je veux dire. Je crains que vous ayez du mal à vous insérer dans le groupe. Vous savez, ça fait trente ans que j'avale des couleuvres avec mes associés. Je crains que les conditions d'exercice ne vous aillent pas.
- C'est-à-dire ?
- Par exemple, les sanitaires n'ont pas été rénovés depuis 35 ans, mon cabinet est tout petit et il faut monter au premier étage, ... Quand les jeunes médecins voient ça, ils ont plutôt envie de fuir.
- Oui, j'ai vu tout ça. Moi également, bien que n'étant plus tout jeune. Rassurez vous cher confrère, j'ai trop vu ce qu'il m'en a coûté de vouloir faire du travail de qualité. Maintenant j'ai compris. Je suis prêt maintenant à faire de la médecine de merde, et il me semble qu'effectivement votre cabinet est particulièrement adapté à ce type d'exercice.
- De toute façon je crains que vous ne trouviez pas mieux sur la région. N'avez vous pas songé à vous installer seul ?
- Vous voulez dire que je serai incapable de faire n'importe quoi, n'importe comment, même si je m'y appliquais ?
- Je vous le redis, je crains que vous ne soyez trop sérieux. Faire de la merde, ça ne s'improvise pas, il ne suffit pas de le décider. Cela procède d'une longue et constante absence de réflexion, d'une lâcheté méditée, d'une médiocrité assumée, voire revendiquée. C'est un vrai travail.
- Oui, j'entends bien, mais j'ai une famille à faire vivre. Je suis prêt à faire des efforts, à apprendre, à me former.
- Ecoutez, je vous l'ai dit, je suis en discussion avec un jeune confrère qui me semble présenter toutes les dispositions à me succéder. Si cela n'aboutit pas, je vous recontacterai.
- Je comprends que vous ne souhaitiez pas finir votre carrière sur un sentiment de honte. Mais sachez-le je resterai discret. Je reste disponible. Au revoir, cher confrère.
- Au revoir.

mardi 29 avril 2008

l'éducation nationale vue par mon fils de 11 ans, élève de sixième au collège Jean Jaurès à G...



- Papa, je vais te raconter ma journée de technologie avec Monsieur Archambault aujourd'hui au collège.
- une journée de technologie ?
- Oui, enfin je veux dire, l'heure de technologie, la dernière heure de la matinée.
Ce n'était qu'une heure mais c'était effectivement l'événement de la journée.
- Et pourquoi tu veux me raconter ça ?
- pour te dire comment ils ont fait pleurer le prof.
- ...
- Monsieur Archambault il a voulu faire un contrôle surprise. Alors les élèves n'étaient pas contents. Ils se sont levés, ils se sont mis devant lui avec la feuille du contrôle et ils l'ont déchiré devant lui, et ils lui ont balancé à la figure. Après, ils ont commencé à balancer des chaises et à l'insulter.
- Les élèves ? Tu veux dire tous les élèves !...
- Non, pas tous. Deux ou trois seulement.
- Et qu'est ce qu'ils ont dit comme insultes ?
- des insultes, mais je peux pas les répéter.
- Pour une fois tu peux.
- Connard, enculé
- Comme ça devant le prof ! Et qu'est ce qu'il dit le prof ?
- Rien. Il a dit qu'il allait leur mettre des heures de colle.
- Et alors ?
- Les élèves ils s'en fichent. Quand Monsieur Archambault dit qu'il va convoquer leurs parents, ils lui disent que ses parents vont venir pour lui "foutre une main".
- lui foutre une main ?
- Oui, lui casser la figure.
- Donc les trois élèves ont déchiré les sujets, balancé des chaises et insulté le prof. et après ?
- Après ils ont essayé de l'enfermer dans le cagibi.
- Quoi ?
- Oui, Monsieur Archambault était allé cherché quelque chose dans le cagibi, et ils ont essayé de l'enfermer dedans, mais il est sorti juste avant.
- Et qu'est ce que faisaient les autres élèves ?
- Ben, nous on essayait de faire le contrôle, mais on a pas réussi. Même Ania qui finit toujours avant les autres elle a pas eu le temps de tout faire.
- Et tu m'as dit que le prof avait pleuré.
- Oui, il s'est mis à pleurer. mais c'est pas la première fois.
- Mais que fait la principale ? Elle qui nous avait accueilli la bouche pleine de respect et d'autorité. Elle est au courant ?
- Mais tout le monde est au courant, intervient mon épouse. A la réunion des parents, quand on signalait les problèmes qu'il y avait en classe de technologie, le prof principal avait répondu : "Oui, bien sûr, mais avec Monsieur Archambault..."
- Attends. On est devant des gamins de sixième qui font pleurer un prof. Quel âge il a ce Monsieur Archambault ?
- Il est proche de la retraite. Il semble que c 'est sa dernière année.
- Et les parents d'élèves qu'est ce qu'ils disent ?
- Ils disent que quand ils étaient gamins, c'était déjà pareil avec lui.
- ...
- Attends, la semaine dernière dans le Monde, il y avait un article sur des collégiens du 9-3 qui écrivent à l'inspection d'académie pour dénoncer les violences et demander d'agir : " Réagissez vite s'il vous plaît Mr l'Inspecteur » , « Moi personnellement je ne peux plus travailler dans ces conditions et je vous informe que j'ai un avenir devant moi, que j'ai un brevet, un bac et un métier à obtenir » (article paru dans le Monde du 19 avril dernier). Et ici, il se passe quoi ?
- Ici il ne se passe rien.

Voilà ce qu'il s'est raconté hier soir à table en famille.
Hier soir, on était en train de se demander comment on allait écrire tout ça à la presse locale, à l'inspection académique, à la principale qui n'a que le mot respect à la bouche, mais qui se garde bien de l'appliquer, aux parents d'élèves qui reproduisent avec leurs enfants la maltraitance qu'ils ont eux-mêmes pratiqués à leur âge avec ce prof sans autorité qui attend sa retraite pour quitter l'enfer.

Hier soir on se demandait comment on allait révolutionner tout ce merdier.

Ce matin, dégrisés de nos velléités d'héroïsme, on a téléphoné pour prendre rendez-vous au collège privé du coin. On leur a donné leur chance, puisqu'on avait fait le choix récemment de passer du privé au public, par souci citoyen.

Pour être respecté, il faut être respectable. Faites passer le message...